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    Le surdiagnostic, une maladie du système de santé

    Examens et traitements superflus nuisent à la santé des patients, démontrent plusieurs études

    18 août 2017 |Pauline Gravel | Santé
    Les médecins prescrivent trop de tests, ce qui nuit non seulement à ceux qui doivent subir des examens et des traitements superflus, mais également aux malades qui auraient besoin de soins que le système de santé n’a pas les moyens de leur offrir en raison notamment du surdiagnostic.
    Photo: iStock Les médecins prescrivent trop de tests, ce qui nuit non seulement à ceux qui doivent subir des examens et des traitements superflus, mais également aux malades qui auraient besoin de soins que le système de santé n’a pas les moyens de leur offrir en raison notamment du surdiagnostic.

    Des études scientifiques de plus en plus nombreuses démontrent qu’on prescrit plus souvent qu’il n’est nécessaire des tests diagnostiques, pour dépister des cancers par exemple. Ces études indiquent qu’environ 18 % de ces tests sont non seulement superflus, mais qu’ils peuvent compromettre la qualité de vie, voire la santé des personnes qui les subissent. Hier, 17 août, débutait à Québec une conférence internationale sur la prévention du surdiagnostic, une pratique présente dans tous les pays industrialisés et qui menace la survie de nos systèmes de soins de santé.

     

    L’Institut canadien d’information sur la santé a publié en avril dernier un rapport indiquant que 30 % des examens, traitements ou interventions effectués au pays pourraient ne pas être nécessaires et ne pas améliorer la santé, a rappelé en entrevue téléphonique le Dr Hugo Viens, président de l’Association médicale du Québec (AMQ), qui organise cette conférence en collaboration avec la faculté de médecine de l’Université Laval et l’Association médicale du Canada.

     

    Le surdiagnostic, qui fait référence à tous ces tests sanguins ou d’imagerie médicale qui, « au final, n’auront pas d’effet positif sur la santé du patient, mais qui occasionneront des désagréments, voire des effets potentiellement délétères et qui entraîneront des dépenses inutiles pour le système de santé »,est un problème qui fait l’objet d’un nombre croissant de publications depuis 2012, affirme le Dr Viens.

     

    Dépistage du cancer du col de l’utérus

     

    Il y a quelques années, la communauté médicale a réalisé qu’il n’était pas nécessaire d’inciter toutes les femmes à passer un test PAP, car ce dernier est inutile pour les femmes de plus de 70 ans et de moins de 21 ans. « Si on détecte des cellules précancéreuses chez une femme de plus de 70 ans, on peut s’attendre à ce que ces cellules ne se transforment jamais en cancer avant que la patiente ne décède. Et même si on dépiste un cancer, il ne vaut souvent pas la peine de faire subir à la patiente les désagréments et les complications que peuvent induire les procédures de diagnostic et les traitements, car celle-ci mourra de toute façon probablement d’autre chose. De plus, ces interventions entraînent une perte d’énergie et d’investissement pour le système de santé qui pourrait servir à donner des soins à d’autres patients », donne en exemple le Dr Viens.

     

    Le dépistage systématique du cancer de la prostate chez tous les hommes adultes à l’aide du test de l’antigène prostatique spécifique (APS) a finalement été abandonné pour des raisons comparables. « Les biopsies révélant un petit cancer en émergence aboutissaient fréquemment à une ablation de la prostate qui entraîne souvent une incontinence ou une dysfonction érectile. Or, on s’est rendu compte que si on ne dépistait pas ces cancers et qu’on n’intervenait pas, les patients vivaient sereinement — avec un cancer latent qui se développe lentement — et surtout qu’ils étaient exemptés de toutes ces complications. Et si on découvre un cancer au stade métastatique, on leur administre une hormonothérapie qui garde le cancer dormant pour le reste de la vie du patient. Dépister tôt ce cancer n’a peu ou pas de bénéfices pour le patient, et des coûts énormes pour la société », explique le clinicien.

     

    La pratique de la mastectomie du sein controlatéral à celui atteint d’un cancer fait actuellement l’objet d’un débat, tout comme la pertinence de soumettre toutes les femmes de 50 à 69 ans à une mammographie bisannuelle pour dépister le cancer du sein. L’échographie de routine du troisième trimestre de grossesse est aussi remise en question. Le Dr Mark Rhainds du Centre de recherche du CHU de Québec présente à ce sujet les résultats de son étude suggérant que cette échographie est somme toute inutile.

     

    « Quand on prodigue à un patient des soins qui sont peu pertinents et peu profitables pour sa santé, on prive un autre patient des soins dont il aurait vraiment besoin », souligne le Dr Viens avant de préciser que les soins accordés par les systèmes de santé dans le monde ne contribueraient qu’à 10 % du niveau de santé de la population.

     

    Les études menées par la Dre France Légaré, directrice de la recherche de l’Unité de soutien SRAP du Québec, ont montré que l’on pourrait réduire le surdiagnostic et la surmédication en fournissant aux patients davantage d’informations susceptibles de leur permettre de faire un choix éclairé et en les impliquant plus activement dans les prises de décision. « Les patients sont ainsi moins enclins à avoir recours à des tests de dépistage, comme l’APS pour le cancer de la prostate par exemple, qui n’ont pas de réelle valeur ajoutée. Ils ont aussi moins tendance à opter pour des plans de traitement qui comportent plus d’effets secondaires que de gains réels, affirme la chercheuse. Mais malheureusement, les gens comprennent souvent qu’on veut leur enlever des services parce que le système de santé n’en a plus les moyens. Ce n’est pourtant pas le cas. C’est plutôt que la science nous informe qu’on prescrit trop de tests et de traitements et qu’il y a des dangers et des effets délétères à trop en faire, et qu’il nous faut essayer d’être plus judicieux. »













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