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    Idées

    Lorsque les politiques de santé tuent

    7 août 2017 | Nazila Bettache et Samir Shaheen-Hussain* - respectivement médecin interniste au Centre hospitalier de l’Université de Montréal et pédiatre urgentiste au Centre universitaire de santé McGill | Santé
    La responsabilité ultime incombe au ministère de la Santé et des Services sociaux, qui détermine annuellement, à travers un processus opaque, les coûts pour le système de santé public — sans compter les honoraires des médecins — d’une visite à l’externe ou d’une hospitalisation pour chaque institution.
    Photo: iStock La responsabilité ultime incombe au ministère de la Santé et des Services sociaux, qui détermine annuellement, à travers un processus opaque, les coûts pour le système de santé public — sans compter les honoraires des médecins — d’une visite à l’externe ou d’une hospitalisation pour chaque institution.

    La semaine dernière, les projecteurs étaient de nouveau braqués sur le Centre universitaire de santé de McGill (CUSM). Le rapport récent du coroner Jacques Ramsay révélait qu’on a demandé à Kimberly Gloade, une Micmaque, de payer des frais (de plus de 1000 dollars) pour une visite à l’urgence en février 2016 parce qu’elle n’avait pas sa carte d’assurance maladie.

     

    Incapable de payer, Mme Gloade est partie, condamnée à souffrir pendant des semaines jusqu’à sa mort d’une cirrhose du foie à la maison, deux jours avant une consultation prévue au Projet Montréal de l’ONG Médecins du monde.

     

    Le CUSM porte certainement la responsabilité de la façon horrible dont Mme Gloade a été traitée. Cependant, ceci n’est pas un événement isolé. Nous savons que, sur une base régulière, des personnes sont renvoyées chez elles par des établissements de santé à Montréal, parce qu’elles n’ont pas d’assurance maladie.

     

    Processus opaque

     

    La responsabilité ultime incombe au ministère de la Santé et des Services sociaux, qui détermine annuellement, à travers un processus opaque, les coûts pour le système de santé public — sans compter les honoraires des médecins — d’une visite à l’externe ou d’une hospitalisation pour chaque institution.

     

    Le Ministère ajoute ensuite un supplément exorbitant de 200 % que les établissements de santé doivent réclamer aux personnes sans carte d’assurance maladie valide ! Par exemple, une hospitalisation aux soins intensifs coûte au système 4000 dollars par jour, mais un « non-résident » du Québec sans couverture d’assurance maladie se verra facturer plus de 12 000 dollars.

     

    En conséquence, lorsque les établissements de soins de santé soumettent leurs budgets au Ministère à la fin de chaque exercice financier, leur déficit est gonflé artificiellement en raison des frais imposés aux personnes sans assurance, dont la plupart ne sont pas en mesure de payer. Compte tenu de la pression pour équilibrer les budgets des hôpitaux, les institutions adoptent des politiques agressives exigeant que les soins soient payés à l’avance, traitant ainsi en boucs émissaires les groupes les plus marginalisés de la société.

     

    Victimes

     

    Les personnes migrantes qui n’ont pas de couverture médicale en raison de leur statut précaire d’immigration semblent être les cibles visées par ces politiques. En effet, au fil des années, le gouvernement québécois a érigé de nombreux obstacles pour empêcher certains migrants (et leurs enfants) d’accéder aux soins de santé.

     

    Par exemple, contrairement aux bébés nés d’un parent ou de parents sans un statut d’immigration reconnu en Ontario, qui reçoivent une couverture médicale provinciale à la naissance, ces bébés ne sont pas couverts par la RAMQ quand elles et ils sont nés au Québec à cause d’un flou législatif.

     

    De même, les immigrants reçus doivent attendre trois mois après leur arrivée au Québec, et ce, malgré leur statut de résident permanent, pour obtenir une couverture de la RAMQ.

     

    Le gouvernement québécois a institué cette politique, appelée « délai de carence », en 2001, prétendument pour prévenir les abus interprovinciaux de services de santé. Toutefois, un rapport de 2013 de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse a dénoncé sans équivoque le délai de carence, révélant que les immigrants représentaient la grande majorité des victimes de cette politique.

     

    Enfin, les personnes ayant un statut d’immigration précaire n’ont pas de couverture de soins de santé publique. À toutes ces personnes — bébés, enfants ou adultes — seront facturés des frais majorés pour accéder aux soins de santé, même si beaucoup d’entre elles travaillent ou vont à l’école, et qu’elles font toutes partie intégrante de nos communautés au même titre que n’importe qui d’autre vivant ici.

     

    Couches de discrimination

     

    Les souffrances évitables de Mme Gloade, et ultimement sa mort, constituent un exemple inquiétant des impacts désastreux que les politiques anti-migrants ont sur d’autres groupes marginalisés, comme les personnes vivant dans la rue et les autochtones. Dans ce dernier cas, ces impacts sont exacerbés par les couches de discrimination systémique découlant d’une histoire de génocide et d’un colonialisme toujours en cours.

     

    Ces politiques draconiennes empêchent systématiquement les personnes qui en ont souvent le plus besoin d’avoir accès à des soins décents. Trop de gens ont payé ce prix par leur santé et, dans les cas les plus dramatiques, par leur vie.

     

    La volonté politique de centrer notre système de santé sur la compassion et la solidarité permettrait d’assurer que des cas comme celui de Mme Gloade ne se reproduisent plus jamais. D’ici là, nous portons toutes et tous la responsabilité de laisser se poursuivre ce statu quo révoltant.

     

    Les établissements de santé devraient traiter tout le monde en fonction de leurs besoins, et non de leur capacité de payer. La motion opportuniste de ville-sanctuaire, récemment adoptée par la ville de Montréal, est malheureusement dépourvue de toute substance. Construire une vraie « ville solidaire » demande un travail acharné, mais nous permettrait de proposer des soins de santé pour toutes et tous. Une première étape, bien modeste, est d’exiger la fin de ces politiques inhumaines.

     
    *Anne-Marie Gallant et Dror Warschawski ont contribué à ce texte
     

    *Andrea Figueroa, étudiante en soins infirmiers, Montréal
    Anne-Marie Gallant, intervenante en santé mentale, Montréal
    Anne-Sara Briand, étudiante en médecine et conseillère de MQRP, Montréal
    Annie Li, médecin de famille, Montréal
    Ariane Blais Ouellette, sage-femme, Montréal
    Arnold Aberman, médecin de famille, Beauharnois
    Baijayanta Mukhopadhyay, médecin de famille, Montréal
    Bronwen Agnew, sage-femme, Montréal
    Camille Gérin, médecin de famille, Montréal
    Camille Laflamme, résidente en médecine interne, Montréal
    Carole Levaque, psychothérapeute, Montréal 
    Catherine Gagnon, infirmière praticienne spécialisée (première ligne), St-Paul d'Abbotsford
    Catherine Jarvis, médecin de famille, Montréal
    Chip Phi, pédiatre, Montréal
    Colin Chalk, neurologue-en-chef, Hôpital général de Montréal
    Claudette Bardin, pédiatre, Montréal
    David Barbeau, médecin de famille, Montréal
    David Béchard, médecin interniste, Montréal
    Ellen Rosenberg, médecin de famille, Montréal
    Eric Jarvis, psychiatre et directeur du service de consultation culturelle de l'Hôpital général juif, Montréal
    Esli Osmanlliu, résident en médecine d'urgence pédiatrique, Montréal
    Ève Guillotte, médecin de famille, Montréal
    Faiz Ahmed Khan, médecin pneumologue, Montréal
    Fernando Alvarez, pédiatre gastroentérologue et conseiller de MQRP, Montréal
    François-Samuel Lahaie, résident en psychiatrie et conseiller MQRP, Montréal
    Franziska Baltzer, pédiatre en médecine de l'adolescence, Montréal
    Giuseppina Di Meglio, pédiatre en médecine de l'adolescence, Montréal
    Helen Hudson, MSc(A) en sciences infirmières, Montréal
    Iryna Nishchemenko, infirmière, Montréal
    Isabelle Leblanc, médecin de famille et présidente de MQRP, Montréal
    Jackson Hagner, travailleur, social, Montréal
    Jaclyn Mills, infirmière clinicienne, Montréal
    Jennifer Turnbull, urgentoloque pédiatrique, Montréal
    Juan Carlos Chirgwin, médecin de famille, Montréal
    Lavanya Narasiah, médecin de famille, Montréal
    Marie-Claude Goulet, médecin de famille, Montréal
    Natalie Mathews, résidente en pédiatrie, Montréal
    Nicolas Demers, médecin de famille et conseiller de MQRP, Montréal
    Nikki Rink, pédiatre, Montréal
    Olivier Sabella, médecin de famille, Montréal
    Pascal Oung, infirmier clinicien, Montréal
    Patricia Li, pédiatre, Montréal
    Paul v Nguyen, médecin interniste, Montréal
    Robert Mahood, médecin de famille, Montréal
    Runye Gan, médecin interniste, Montréal
    Saideh Khadir, médecin de famille et conseillère de MQRP, Montréal
    Samuel Harper, médecin de famille (inactif), Kamouraska
    Sarah Simmons, infirmière clinicienne spécialisée, Montréal
    Scott Weinstein, infirmier, Montréal
    Sophie Schoen, infirmière, Montréal













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