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    Un gène défectueux corrigé dans un embryon humain

    Des spécialistes canadiens de l’éthique clinique demandent à Ottawa de permettre de telles expériences

    3 août 2017 |Paul Ricard - Agence France-Presse, Améli Pineda | Santé
    L’équipe de chercheurs a utilisé cet outil révolutionnaire pour corriger, dans des embryons humains, le gène porteur de la cardiomyopathie hypertrophique.
    Photo: iStock L’équipe de chercheurs a utilisé cet outil révolutionnaire pour corriger, dans des embryons humains, le gène porteur de la cardiomyopathie hypertrophique.

    Tandis qu’aux États-Unis des chercheurs viennent de corriger pour la première fois un gène défectueux dans un embryon humain, des spécialistes canadiens de l’éthique clinique demandent à Ottawa de revoir sa loi pour permettre de telles expériences au pays.

     

    Mercredi, une étude publiée dans la revue scientifique Nature révélait que des gènes porteurs d’une maladie cardiaque héréditaire ont été modifiés dans des embryons humains avec succès grâce à une technique révolutionnaire d’édition génétique.

     

    « Il y a plusieurs maladies très graves qui sont causées par une mutation dans l’ADN. Des chercheurs ont développé la technique CRISPR-Cas9 qui permet de corriger un “mauvais” gène, un peu comme si on utilisait un logiciel de traitement de texte. On coupe une série de lettres qui créeraient une faute d’orthographe et on la remplace par les bonnes lettres », explique Vardit Ravitsky, éthicienne et professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal (UdeM).

     

    La recherche sur les embryons humains est strictement encadrée, et il n’était pas question d’implanter ceux de l’étude dans l’utérus d’une femme pour entamer une grossesse. C’est pourquoi les scientifiques ne les ont pas laissés se développer plus de quelques jours.

     

    Ces travaux ouvrent potentiellement la voie à de grands progrès dans le traitement des maladies génétiques.

     

    Mais pas au Canada, puisque la loi sur la procréation assistée interdit la modification du génome d’une cellule d’un être humain ou d’un embryon in vitro « de manière à rendre la modification transmissible aux descendants ».

     

    « Le cadre légal ne permet pas ce type d’expérience, et ce, même dans une optique médicale », explique Me Julie Cousineau, avocate et coordonnatrice du Bureau de l’éthique clinique de l’UdeM. « Cela étant dit, on ne peut pas écarter que la loi soit révisée et, si c’est le cas, on risque de faire face à plusieurs enjeux. Si par exemple on le permet pour des raisons médicales, est-ce qu’on doit aussi tenir compte d’un scénario futuriste où on pourrait vouloir choisir la couleur des yeux de l’embryon ? »

     

    Un groupe d’expert, dont Mme Ravitsky fait partie, demande depuis janvier dernier à Ottawa d’ouvrir le débat sur les modifications génétiques.

     

    « C’est une technique extrêmement prometteuse. Si elle s’avère efficace, ce sera la médecine de l’avenir. On pourra prévenir des maladies graves. Selon nous, ce n’est pas raisonnable de bloquer ce type de recherche », indique Mme Ravitsky.

    La question qui sera la plus débattue est de savoir si le principe même de modifier les gènes d’un embryon in vitro est acceptable
    Le professeur Darren Griffin, de l’Université de Kent

    La professeure estime que la population doit se prononcer sur cet enjeu qui soulève plusieurs questions d’éthique. « Il faut aussi éduquer les gens et leur expliquer qu’actuellement il n’est pas question de designer des bébés sur mesure, mais de déterminer si on peut en faire un usage responsable. »

     

    En 2015, une expérience similaire avait été menée, mais avec des résultats mitigés. Le phénomène de « mosaïcisme » (présence simultanée de gènes sains et défectueux dans l’embryon) n’avait pas pu être évité, ce que les chercheurs de la nouvelle étude ont réussi à faire.

     

    À l’époque, la question de l’acceptabilité avait aussi été évoquée par le professeur Darren Griffin, de l’Université de Kent, cité par le Science Media Centre. Il se demandait s’il serait « moralement juste de ne pas agir si nous avons la technologie pour prévenir ces maladies mortelles ».

     

    En décembre 2015, un groupe international de scientifiques réunis par l’Académie américaine des sciences (NAS) à Washington avait estimé qu’il serait « irresponsable » d’utiliser la technologie CRISPR pour modifier l’embryon à des fins thérapeutiques tant que des problèmes de sûreté et d’efficacité n’auraient pas été résolus.

     

    Mais en mars, la NAS et l’Académie américaine de médecine ont estimé que les avancées dans ce domaine « ouvraient des possibilités réalistes qui méritaient de sérieuses considérations ». En France, un rapport parlementaire a exprimé une position similaire.













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