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    Idées

    L’accès aux médicaments et aux soins de santé n’est pas équitable

    27 juillet 2017 | Robert Campeau et Émilie Laurin-Dansereau - Association coopérative d’économie familiale (ACEF) du nord de Montréal | Santé
    «Aurait-on besoin d'une étude sur les conséquences de ne pas prendre ses médicaments pour agir ?» demandent les auteurs.
    Photo: Michaël Monnier Le Devoir «Aurait-on besoin d'une étude sur les conséquences de ne pas prendre ses médicaments pour agir ?» demandent les auteurs.

    Un article du Devoir nous apprenait le 11 juillet dernier que « les patients dont les opérations urgentes se voient repoussées, faute de ressources, présentent un risque plus élevé de mourir (sic !) ». Toujours en juillet, le ministre Barrette négociait avec les compagnies pharmaceutiques le prix des médicaments génériques. Malgré ce que le ministre dit avoir obtenu, nous considérons que les prix des médicaments au Québec demeurent exagérés et qu’ils viennent alourdir les frais de santé de toutes sortes qui émergent malgré notre système public.

     

    Aurait-on besoin d’une étude sur les conséquences de ne pas prendre ses médicaments pour agir ? Depuis la parution de ces annonces, déjà deux personnes nous ont sollicités afin d’obtenir de l’aide financière pour des soins de santé.

     

    Julie (nom fictif) est une personne à l’aide sociale aux prises avec une contrainte sévère à l’emploi, dont la vie a littéralement basculé à la suite d’un diagnostic de sclérose en plaques en 2000. Elle a reçu, après une période d’attente de trois ans chez un dermatologue (!), une ordonnance de chirurgie plastique à l’hôpital pour des tumeurs anormales, et possiblement cancéreuses, au nez et à la jambe. Après plusieurs mois d’attente, elle a finalement contacté l’établissement de santé, qui lui a suggéré, afin d’accélérer le processus, de consulter un chirurgien au privé, ce qui lui coûterait 500 $. Ne disposant pas de ce montant, elle a finalement décidé de prendre son mal en patience. Pendant ce temps, ses tumeurs continuent de grossir et d’accentuer son anxiété. De plus, elle doit prendre, sur recommandation de son médecin, du magnésium et plusieurs suppléments alimentaires, de même que trois boissons nutritives par jour, qui ne sont évidemment pas remboursées et qu’elle doit limiter, faute d’argent.

     

    Autre cas

     

    De son côté, Francis (nom fictif) est bénéficiaire de la Régie des rentes d’invalidité. Il souffre d’asthme et de dépression chronique. N’ayant pas les moyens de payer ses médicaments, il a décidé d’arrêter ses antidépresseurs et son médecin lui a gracieusement offert des échantillons pour une période de quatre mois afin de traiter son asthme.

     

    La question qui tue : comment se fait-il que ces situations soient devenues normales, docteur ? Ce ne sont là que deux cas récents, et nous pourrions facilement allonger cette liste tant ce genre de demandes nous est familier. Déjà, en 2005, un sondage réalisé par l’Union des consommateurs (qui regroupe plusieurs ACEF, dont la nôtre) révélait que 74 % des personnes nous ayant contactés pour une consultation budgétaire s’étaient endettées pour se procurer un médicament prescrit pour elles-mêmes ou pour un membre de leur famille. Douze ans plus tard, la situation s’est-elle améliorée ? Poser la question, c’est bien sûr y répondre…

     

    L’accès aux médicaments et aux soins de santé n’est tout simplement pas équitable pour tous. Et le constat que nous faisons sur le terrain, c’est que de plus en plus de gens doivent carrément choisir entre se nourrir ou se soigner. Cette situation est d’autant plus dramatique que l’on sait combien les visites à l’urgence et les hospitalisations augmentent significativement pour les personnes qui sont dans l’incapacité d’observer la prescription médicamenteuse nécessaire à leur condition.

     

    À l’instar de l’Union des consommateurs, nous croyons qu’il faut en faire beaucoup plus pour réduire le coût des médicaments au Québec et maintenir un système de santé public et accessible pour tous. Il n’y a pas lieu de se vanter d’une diminution du prix des médicaments génériques consentie par l’industrie pharmaceutique elle-même. On pourrait obtenir beaucoup plus !

     

    L’explosion des coûts des médicaments au Québec et au Canada (où nous payons au moins 30 % de plus que la moyenne des pays de l’OCDE) appelle impérativement à un régime universel d’assurance médicaments. Il en va de notre santé en tant que société. Nous avons l’intime conviction qu’en 2017, aucun Québécois ne devrait se demander s’il a les moyens de se faire soigner…













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