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    Financement

    Un réseau rationné

    20 mai 2017 | Claude Lafleur - Collaboration spéciale | Santé
    Pierre Moreau, Carlos Leitão et Gaétan Barrette lors de la présentation du budget 2017-2018
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Pierre Moreau, Carlos Leitão et Gaétan Barrette lors de la présentation du budget 2017-2018
    Ce texte fait partie d’un cahier spécial.

    « Nos soins de santé sont rationnés, il faut le dire ! » Voilà le cri du coeur que lance Jean-Pierre Aubry, économiste associé au CIRANO, le Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations.

     

    M. Aubry s’emploie à évaluer l’état de notre système de santé en terme de gestion et de gouvernance. Il constate notamment que la gestion du réseau est de plus en plus centralisée. « On a maintenant de grandes structures territoriales — les CISSS et les CIUSS —, mais dans les faits, c’est le ministère de la Santé qui dirige tout depuis Québec, et surtout le ministre lui-même », observe-t-il.

     

    Entré à la Banque du Canada en 1972, Jean-Pierre Aubry a pris sa retraite après plus de trente ans de service. À présent, en plus de sa participation aux travaux de CIRANO, il se consacre à diffuser « de la bonne information économique » dans les médias. « J’ai toujours trouvé que les questions économiques sont intéressantes, dit-il, mais pas faciles à comprendre. Je tente donc de les expliquer. »

     

    Ce que dévoile le budget Leitão

     

    En examinant le dernier budget du ministre des Finances, Carlos Leitão, rendu public en mars dernier, Jean-Pierre Aubry a ainsi repéré un « double discours » au coeur même de cet énoncé budgétaire.

     

    « C’est très habile la façon selon laquelle le budget nous a été présenté, souligne-t-il. On nous dit que la croissance du budget de la Santé sera de 4 %, la prochaine année, mais de 2 % les années suivantes. »

     

    Puis, ailleurs dans le budget, le gouvernement indique que les transferts fédéraux nécessaires pour répondre aux besoins du système de santé devraient croître de 5,2 % par année.

     

    « Je pense que le gouvernement a raison de dire, surtout compte tenu du vieillissement de la population, qu’on aura besoin d’augmenter les dépenses en santé d’environ 5,2 % par année », déclare l’économiste. Par contre, à partir des données budgétaires, il calcule que ces budgets auront plutôt augmenté de 3 % en moyenne entre 2014 et 2022. L’écart entre les sommes nécessaires et ce que le gouvernement verse est donc d’au moins 2 % par année.

     

    La santé à l’heure du rationnement

     

    Comme le fait valoir justement Jean-Pierre Aubry, les dépenses en santé ont ceci de particulier qu’elles ne sont pas « compressibles », c’est-à-dire que toute personne qui se présente à l’hôpital ou en clinique doit être soignée, eu égard au budget. « On n’a pas affaire ici à des besoins de luxe, on répond à des besoins essentiels, tranche-t-il. On a affaire à des personnes réellement malades. »

    La santé, ce n’est pas une dépense de luxe dans laquelle on peut couper. On doit répondre à toutes les demandes de soin.
    Jean-Pierre Aubry, économiste associé au CIRANO

    Mais qu’arrive-t-il si on doit coûte que coûte respecter un budget ? « On passe alors au rationnement, répond l’économiste. Et c’est exactement ce qui se passe un peu partout dans le réseau. »

     

    Et si chaque année, au lieu d’avoir une croissance budgétaire avoisinant les 5 %, on frôle plutôt le 3 %, l’écart entre les besoins et les ressources s’agrandit de plus en plus. « Cela signifie que le réseau fonctionne sur le mode du rationnement, dit-il, de sorte que, dans les établissements, c’est la course chaque jour et là, ça devient difficile et démotivant pour le personnel. »

     

    Jean-Pierre Aubry fait en outre valoir que, le système ayant été centralisé à Québec, les directions d’établissement n’ont plus la liberté de s’organiser à leur façon pour faire face aux besoins.

     

    Priorité : la dette

     

    Il ne faut surtout pas passer sous silence la conséquence de ces restrictions, déclare Jean-Pierre Aubry : « il faut le dire aux Québécois : nous sommes rationnés. Il faut bien expliquer la situation aux citoyens, c’est une question de transparence et d’éthique ».

     

    Selon l’économiste, le gouvernement considère qu’il est plus important de réduire le poids de sa dette que de réduire le rationnement des soins de santé. Québec indique en effet qu’il est primordial de miser sur le désendettement, car la dette met en péril la situation financière de la province et, à plus long terme, les services offerts.

     

    « Il faut le dire clairement à tous les Québécois », souligne M. Aubry, d’autant plus que le rationnement des soins de santé aura davantage de conséquences à l’avenir compte tenu du vieillissement de la population.













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