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    Essai

    La réforme de 1971, ou la belle utopie

    20 mai 2017 | Claude Lafleur - Collaboration spéciale | Santé
    On l’a oublié aujourd’hui, mais avant la réforme de 1971, on devait payer chaque visite chez le médecin.
    Photo: iStock On l’a oublié aujourd’hui, mais avant la réforme de 1971, on devait payer chaque visite chez le médecin.
    Ce texte fait partie d’un cahier spécial.

    Pour comprendre pourquoi notre système de santé fonctionne si mal, il importe de revenir à la grande réforme de 1971 qui lui a donné naissance. Voilà ce que préconise André Lemelin, auteur de l’essai L’impossible réforme. Pourquoi notre système de santé est-il toujours en crise ?, publié aux Éditions Boréal.

     

    À ses yeux, il s’agissait d’une réforme « extraordinairement ambitieuse », puisqu’elle visait non seulement à répandre la santé globale à toute la population, mais également à assurer l’épanouissement de tous. « Cette réforme présupposait une réforme complète de la société », résume-t-il. Rien de moins !

     

    Changeons donc la société !

     

    Rappelons que la réforme de 1971, qui vaut à présent aux Québécois l’accès gratuit aux soins de santé, se fonde sur les travaux d’une commission d’enquête sur la santé et le bien-être social réalisée entre 1967 et 1969.

     

    Cette commission faisait valoir l’importance d’une meilleure répartition de la richesse à travers la société puisqu’on se rendait déjà compte à l’époque que ce sont les personnes défavorisées qui risquent de coûter plus cher à l’État. Comme l’a si bien résumé Yvon Deschamps : « Il vaut mieux être riche et en santé que pauvre et malade ! »

     

    Cette commission a par conséquent donné le mandat à un comité dirigé par le sociologue Gérald Fortin de réfléchir au type de société dont devrait se doter le Québec pour amener tous ses citoyens à être globalement en santé, explique André Lemelin.

    Photo: Bruno Lemelin André Lemelin, auteur de l’essai «L’impossible réforme. Pourquoi notre système de santé est-il toujours en crise?»

    Le texte produit par ce comité s’intitulait La société de demain, ses impératifs, son organisation. « Il s’agit d’une véritable utopie », lance M. Lemelin.

     

    En effet, ce rapport proposait que le Québec devienne une société de planification et de décentralisation avec la participation de tous les citoyens. « On y préconisait même une réforme où les politiciens auraient moins de pouvoir que les technocrates », rapporte André Lemelin. Et cette société aurait été un système où tous les éléments auraient fonctionné en harmonie afin de la maintenir en équilibre.

     

    De surcroît, ce rapport préconisait une véritable réforme du système de santé qui serait axée sur le préventif plutôt que sur le curatif — « ce qu’on n’a jamais cessé d’envisager depuis », fait remarquer André Lemelin.

     

    « Lorsque j’ai découvert ce rapport, j’ai été absolument stupéfait, dit-il. La lecture de La société de demain m’a laissé pantois. »

     

    Cette «société de demain» présupposait donc une réforme en profondeur de la société, et c’est ainsi que les membres de la commission ont pris position en faveur d’un « développement global » et d’une meilleure répartition de la richesse.

     

    Condamné au dysfonctionnement

     

    Hélas, notre médecine ne sera ni globale, ni préventive, ni fonctionnarisée, et le système mis en place semblait condamné au dysfonctionnement, constate M. Lemelin. Dès 1974, les urgences des hôpitaux ont commencé à déborder.

     

    On l’a oublié aujourd’hui mais, avant la réforme de 1971, on devait payer chaque visite chez le médecin. L’accès aux soins gratuits a fait que le problème des urgences est apparu… pour ne plus jamais s’estomper. Pourtant, les réformateurs de l’époque avaient prévu le coup en préconisant la mise en place d’un réseau de première ligne : les centres locaux de services communautaires (CLSC).

     

    « À la suite de la réforme de 1971, on a créé des structures, mais on ne les a jamais fait fonctionner correctement, constate André Lemelin. Ainsi, les CLSC devaient constituer la première ligne, mais on ne leur a jamais donné la chance de se développer. »

     

    En pratique, explique l’auteur de L’impossible réforme, notre système de santé repose sur les hôpitaux, puisqu’on a demandé aux omnipraticiens d’oeuvrer dans leurs urgences. Pourquoi ce choix ?

     

    André Lemelin propose une piste de réponse: « Il faut savoir que les subventions fédérales, qui sont très importantes pour le financement du système de santé, sont basées sur ce qui se fait dans les hôpitaux. »

     

    On peut donc se demander si, en cas de développement des CLSC, le gouvernement du Québec aurait été pénalisé. « Moi, je me contente de rapporter les faits », déclare l’auteur en riant.

     

    « Je me suis passionné pour cette histoire, dans laquelle une utopie joue un rôle capital, dit-il. J’ai essayé de la raconter le plus fidèlement possible, d’en faire ressortir les éléments essentiels à une meilleure compréhension de l’évolution du système de santé et de services sociaux jusqu’à nos jours. Là s’arrête ma contribution, dont j’espère seulement qu’elle sera utile. »

     

    La « société de demain » alors préconisée présupposait une réforme en profondeur de la société.













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