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    Aide à mourir

    Acte médical ou «mort à la carte»?

    Le Collège des médecins affiche ses réticences devant l’élargissement de l’aide à mourir

    16 mai 2017 |Isabelle Paré | Santé
    La société québécoise estime qu’il peut être moral et légal pour une personne condamnée de demander l’aide à mourir de façon anticipée.
    Photo: iStock La société québécoise estime qu’il peut être moral et légal pour une personne condamnée de demander l’aide à mourir de façon anticipée.

    Avant même que le débat prévu sur l’élargissement de l’aide médicale à mourir (AMM) s’engage au Québec, le Collège des médecins du Québec voit d’un bien mauvais oeil la possibilité que ce soin de fin de vie soit accordé à des personnes inaptes, à la suite de directives médicales anticipées (DMA). Dans ce cas, des médecins pourraient se retrouver à administrer « la mort à la carte », une situation qui ne relèverait plus de l’« acte médical ».

     

    Dans un billet publié sur le site Web du Collège des médecins, intitulé « Vers la mort à la carte ? », le secrétaire du Collège, le Dr Yves Robert ne cache pas ses craintes quant à l’impact que pourrait avoir un accès élargi à l’aide à mourir, notammentconcernant les personnes inaptes qui auraient couché sur papier leurs volontés au préalable.

     

    « Depuis l’entrée en vigueur de la loi, […] certaines personnes évoquent “un nouveau droit constitutionnel”: celui d’obtenir l’AMM sur demande, et même de le réclamer “de façon préventive”. Pour plusieurs, il s’agit d’avoir le contrôle sur leur mort. […] Alors que l’AMM était réservée au patient souffrant, on observe l’émergence d’un discours réclamant une forme de mort à la carte. Mais est-ce vraiment ce que souhaite notre société ? » soulève le secrétaire du Collège.

     

    Interrogé sur cette sortie publique, le Dr Robert estime que d’administrer l’aide à mourir à des personnes inaptes par l’intermédiaire de directives médicales anticipées (DMA) serait hautement problématique. D’abord sur le plan juridique, puisque les lois actuelles font de l’aptitude une condition essentielle à l’obtention de ce soin, mais aussi sur le plan médical.

     

    « Si on donne la mort à une personne qui n’est pas en état de souffrance ou de déchéance physique, on est en dehors de la loi, et ça, ça s’appelle un meurtre », a tranché le Dr Robert, appelé à étayer sa position en entrevue au Devoir.

     

    « Si on parle d’aide et non plus de médecine, pourquoi les médecins devraient-ils intervenir ? » ajoute ce dernier.

     

    « À partir du moment où les personnes ne sont plus conscientes de leur état, dit-il, elles ne souffrent plus. C’est davantage l’entourage qui souffre. » Il ne s’agirait donc plus d’un soin médical, ajoute le représentant du Collège. Et ce, même si la société québécoise estime qu’il peut être moral et légal pour une personne condamnée de demander l’aide à mourir de façon anticipée.

    Si la volonté populaire se limite à respecter la volonté exprimée par la personne, la société devra considérer lucidement d’autres options que celles qui nécessitent la participation du médecin
    Le Dr Yves Robert, secrétaire du Collège des médecins
     

    « Le Collège des médecins n’endosse pas cette vision, qui valorise la mort à la carte pour respecter les choix de chacun », dit-il, d’avis que plusieurs observateurs prônent une vision de l’aide à mourir qui fait prévaloir le droit sur la médecine.

     

    Un enjeu complexe

     

    Du point de vue du Dr Robert, il est clair que si le gouvernement va dans cette direction, il faudra se demander si les médecins sont toujours les mieux placés pour répondre aux besoins des patients.

     

    « Si la volonté populaire se limite à respecter la volonté exprimée par la personne, la société devra considérer lucidement d’autres options que celles qui nécessitent la participation du médecin », écrit le secrétaire du CMQ dans son billet. Le médecin pense que les personnes qui dérogent aux critères de la loi et qui souhaitent malgré tout mourir par suicide assisté pourraient se tourner vers des sociétés privées, comme c’est le cas en Suisse, où des organismes comme Exit et Dignitas aident des malades à mettre fin à leurs jours.

     

    « Mais est-ce vraiment dans cette direction que la société québécoise souhaite aller ? »

      

    Un débat hautement délicat

     

    Après l’émoi causé par le meurtre présumé d’une femme atteinte de la maladie d’Alzheimer par son conjoint et les grèves de la faim entreprises par d’autres malades condamnés, mais exclus de la loi, le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a annoncé en mars dernier la création d’un comité pour réfléchir à l’élargissement possible de la loi sur l’aide à mourir.

     

    Le comité doit notamment se pencher sur l’enjeu des directives médicales anticipées. Selon nos informations, la composition de ce comité d’experts n’a pas encore été arrêtée.

     

    Si jamais la voie des DMA était envisagée pour les personnes inaptes, le représentant du Collège des médecins estime que la force légale de celles-ci devrait être d’un tout autre ordre que les directives déjà existantes de refus de traitement. « Le Collège va être très prudent et voir à ce qu’elles puissent être réfutées devant un juge ou d’autres manières. Si on va vers cela, il faudra qu’il y ait des raisons médicales », a-t-il insisté.

     

    Rappelant que la Belgique et les Pays-Bas ont récemment ouvert cette porte, le Dr Robert se demande si le Québec « doit aller là ». « Ce n’est plus de la médecine ! dit-il. Prenons le temps de réfléchir avant d’aller plus loin, il n’y a pas urgence à mourir », conclut-il dans son billet.

    Portrait de l’aide à mourir dans divers pays Québec : aide à mourir (administrée par le médecin)

    Pays-Bas : suicide assisté (le patient pose le geste)

    Belgique : euthanasie active (administrée par les médecins)

    Suisse : suicide assisté (avec l’aide d’organismes privés)

    Oregon, Washington, Montana, Vermont, Californie : suicide assisté (le patient pose le geste)












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