Moins de formation en santé mentale pour les médecins de famille

Le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) et le cabinet du ministre Gaétan Barrette indiquent que le «retrait des ressources n’est pas l’effet souhaité».
Photo: iStock Le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) et le cabinet du ministre Gaétan Barrette indiquent que le «retrait des ressources n’est pas l’effet souhaité».

Le gouvernement québécois a coupé le financement d’activités d’enseignement qui permettaient à de futurs médecins de famille de recevoir une formation spécialisée en santé mentale. Une décision qui nuira à la qualité de leur formation, croient plusieurs intervenants.

Jusqu’ici, le financement permettait à des psychologues et à des travailleurs sociaux d’enseigner à des résidents en médecine de famille à bien diagnostiquer les maladies mentales, à mieux communiquer avec les patients ou à détecter une situation de violence familiale. Ces formations sont peu à peu retirées des Unités de médecine familiale (UMF).

Dans Chaudière-Appalaches, les professionnels de la santé ont déjà reçu la confirmation qu’ils ne feraient plus d’enseignement auprès des médecins résidents, selon les informations recueillies par Le Devoir. Ailleurs, leur tâche sera réduite. Dans d’autres régions, notamment parce que les médecins sont mécontents de la situation, on tente de trouver une solution pour maintenir l’apport de ces professionnels à la formation des jeunes omnipraticiens.

Déjà, des UMF ont remercié des psychologues, des travailleurs sociaux, mais aussi des nutritionnistes, des physiothérapeutes ou d’autres professionnels qui se consacrent à l’enseignement, confirme le Dr Sylvain Dion. Il est vice-président à la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), mais aussi médecin en UMF depuis de nombreuses années. « On risque une perte de qualité de la formation de nos résidents », déplore-t-il.

L’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS), un syndicat présent dans tout le Québec, a aussi eu confirmation par ses membres que les activités d’enseignement prenaient fin peu à peu dans les UMF.

Médecins québécois pour le régime public (MQRP), l’Ordre des travailleurs sociaux et des thérapeutes conjugaux du Québec et l’APTS ont écrit une lettre commune pour dénoncer la situation.

Le président du Conseil pour la protection des malades, Paul G. Brunet, soutient que de nombreuses plaintes qu’il reçoit concernent une mauvaise communication entre les patients et les médecins. « Le réconfort, la compassion, la sympathie, c’est presque aussi important que le savoir-faire », observe-t-il. Il demande à Québec d’intervenir pour éviter cette « aberration ».

La présidente de l’APTS, Carolle Dubé, s’inquiète. « C’est un retour en arrière ! À une certaine époque, le volet plus social et santé mentale n’était pas bien enseigné aux médecins. »

Que font-ils ?

Au contact des travailleurs sociaux et des psychologues en UMF, les médecins résidents apprennent le chemin entre les livres et la réalité.

La présidente de l’Ordre des travailleurs sociaux et des thérapeutes conjugaux, Guylaine Ouimet, estime que cela est d’autant plus crucial qu’il y a actuellement un « effritement de l’accès aux services sociaux ».

Elle explique que la transmission des connaissances prend plusieurs formes. Les professionnels peuvent faire de l’enseignement formel sur différents sujets, comme le deuil, l’homosexualité ou les critères de signalement à la direction de la protection de la jeunesse, par exemple.

Ces professionnels aident aussi les médecins à améliorer leurs capacités relationnelles et à affiner leurs diagnostics en santé mentale. Pour ce faire, les psychologues et les travailleurs sociaux assistent à des rencontres avec de vrais patients, derrière une vitre sans tain. « C’est un niveau de supervision qui est très payant, car pratique », explique Mme Ouimet.

Les professionnels participent aussi à des discussions de cas. Chaque résident est en contact avec eux plusieurs heures par semaine.

« Notre façon d’enseigner la médecine ne va pas changer pour le mieux », déplore la Dre Isabelle Leblanc, qui préside MQRP et pratique en UMF. « Mes patients les plus difficiles, c’est grâce à l’enseignement des travailleurs sociaux quand j’étais étudiante que j’arrive à les suivre. »

Historique

Les résidents sont des médecins diplômés qui doivent effectuer deux ans de résidence en médecine de famille pour pouvoir pratiquer comme omnipraticiens de manière autonome par la suite.

La majeure partie de cette formation est donnée dans des UMF, avec de vrais patients et sous la supervision de médecins d’expérience. Or, les UMF sont appelées à devenir des groupes de médecine familiale universitaire (GMF-U) d’ici le 31 mars. Le cadre de gestion de ces nouvelles entités, publié en novembre, stipule que le rôle des professionnels de la santé non médecins « devrait avant tout être clinique pour la portion du financement accordée par le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) ».

« Si leur apport à l’enseignement devait s’étendre au-delà d’une saine collaboration interprofessionnelle, et qu’il était jugé nécessaire par le milieu universitaire, il devrait alors être financé par ce dernier », indique le document.

En d’autres mots, on demande aux universités de payer la note, mais le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur (MEES) ne semble pas l’entendre ainsi. Le ministère a indiqué au Devoir que c’était au MSSS de décider du financement qu’il accorde aux activités d’enseignement et de recherche. Le président de la Conférence des doyens des facultés de médecine du Québec, le Dr Pierre Cossette a indiqué récemment que les facultés de médecine « travaillent avec les établissements de santé partenaires pour maintenir et développer un enseignement interdisciplinaire » au sein des GMF-U.

Les médecins inquiets ont été informés que, même si ce n’était plus prévu « officiellement », les travailleurs sociaux et autres professionnels affectés à des tâches cliniques en GMF-U seraient « encouragés » à participer à l’enseignement.

 

Québec vérifiera

Le MSSS et le cabinet du ministre Gaétan Barrette indiquent que le « retrait des ressources n’est pas l’effet souhaité ». « Des vérifications auront lieu dans les prochains jours » auprès des UMF, indique la responsable des communications au MSSS Noémie Vanheuverzwijn.

Le nouveau cadre de gestion prévoit l’ajout de professionnels de la santé tels des travailleurs sociaux dans les GMF-U, rappelle le MSSS. Mais, comme cela est défini par le cadre de gestion, leur rôle sera de voir des patients. « Le but premier est d’offrir des services à la population et d’augmenter l’accessibilité aux services de santé mentale tout en maintenant le haut niveau de formation des résidents en médecine via leur expérience clinique dans les GMF-U, ajoute Mme Vanheuverzwijn. La formation peut se faire en travaillant en interdisciplinarité. »

8 commentaires
  • Marc Tremblay - Abonné 20 mars 2017 06 h 25

    Une lacune chez les médecins de fmille

    Déjà, les médecins de famille ont très peu d'expertise en santé mentale. Ils diagnostiquent et traitent les maladies physiques et sont fort démunis pour faire le lien holistique entre le physique et le mental.

    Une autre réforme de Barrette qui va voir se détériorer le système de santé.

  • Christian Debray - Abonné 20 mars 2017 07 h 44

    Une autre déficience

    Déjà, la formation des médecins ne permet pas une application correcte des balises incluses dans la mort assistée, on va mettre un point final à la maigre formation qui en théorie permet aux médecins généralistes d’avoir une notion permettant la détection des dépressions.
    La dépression est un des facteurs majeurs dans la prise de décision dans les demandes d’euthanasie ou de suicides assistée. On voit très vite que même si en théorie certaines balises pourraient être efficaces, cela ne reste que théorique et en pratique cela ne fonctionne pas.
    Vous deviendrez vieux un jour, le handicap vient souvent avec l’âge et la dépression suit souvent le handicap acquis.
    Pensez-y encore

  • Raymond Vaillancourt - Inscrit 20 mars 2017 08 h 39

    Aberration

    Cela n'empêchera pas les médecins de famille d'être rémunérés pour des actes posés en santé mentale alors que les actes de ceux qui leur enseignaient tels les psychologues et travailleurs sociaux ne sont pas couverts par cette même assurance-maladie ! Cherchez l'erreur !

  • Michel Lebel - Abonné 20 mars 2017 09 h 12

    La bonn relation requise


    Mon expérience et mes renseignements me disent que bien des médecins ne sont pas forts dans la relation interpersonnelle, alors que celle-ci est indispensable pour donner de bons soins. Bref un bonne cote Z ne garantit pas un bon médecin, que je définis comme ayant une solide connaissance scientifique et aussi soucieux d'avoir une bonne relation avec ses patients; il doit notamment savoir bien écouter ceux-ci... À cet égard, je m'interroge toujours sur le choix des critères pour être admis en médecine. La seule bonne note ne devrait pas suffire.


    Michel Lebel

    • Claude Gélinas - Abonné 20 mars 2017 12 h 05

      Nombreux sont les exemples de cette défience d'empathie, d'écoute active et de cette compassion tant attendue du patient malade.

      Et toujours et encore dans le monde médical, la prévention, la détection et le suvi de la maladie mentale sont les enfants pauvres de la profession.

    • Sylvain Auclair - Abonné 20 mars 2017 13 h 07

      Cote Z? Vous trahissez votre âge, monsieur Lebel!

  • Michel Lebel - Abonné 20 mars 2017 14 h 03

    Question de cotes!


    L'alphabet n'a jamais été mon fort!! C'est la cote R qui a remplacé la cote Z. On en apprend toujours! Mais c'est la même idée d'évaluation. On ''trahit'' son âge de bien des façons; que voulez-vous, comme dirait...

    M.L.

    • François Laforest - Abonné 20 mars 2017 17 h 00

      Facile ici, un bon moyen mnémotechnique: cote "R" comme dans Régression.
      Je partage votre point de vue. Par exemple, un bon médecin radiologiste, peut faire montre d'une grande intelligence organisationnelle mais souffrir d'une carence en compassion auprès de ses patients électeurs...on jase là.