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    Allergies alimentaires

    Du chemin a été parcouru

    18 mars 2017 | Mélanie Gagné - Collaboration spéciale | Santé
    Environ 40 000 enfants souffrant d’allergies alimentaires fréquentent les écoles primaires du Québec.
    Photo: Getty Images Environ 40 000 enfants souffrant d’allergies alimentaires fréquentent les écoles primaires du Québec.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    Environ 300 000 personnes souffrent d’allergies alimentaires au Québec. Beaucoup de chemin a été parcouru au cours des dernières années pour améliorer la qualité de vie de ces individus. Ils sont mieux compris qu’il y a 15 ou 20 ans, mieux soutenus, et ils peuvent envisager l’avenir avec espoir.


    Le Dr Jean-Nicolas Boursiquot, allergologue au CHU de Québec et coauteur du Guide complet des allergies (publié aux éditions Édito), le confirme : « C’est quelque chose qui est devenu une réalité et avec lequel on apprend à vivre. Sans vouloir banaliser les allergies, il faut quand même les relativiser. Il y a une amélioration par rapport à la compréhension des allergies, de nouvelles initiatives ont été mises en oeuvre pour diminuer le risque de faire des réactions allergiques et, sur le plan de la recherche médicale, des bonds phénoménaux ont été faits au cours des dernières années qui peuvent nous laisser espérer qu’un jour nous pourrons guérir les allergies. »

     

    Caroline Migneault, de Rimouski, est allergique aux fruits de mer depuis l’adolescence. L’un de ses enfants, Nathan, 13 ans, est allergique aux arachides depuis qu’il est bébé. Mme Migneault est de ceux qui ont noté une amélioration au sujet de la compréhension des allergies alimentaires. « C’est pris plus au sérieux. Par la famille, d’abord. La population est aussi plus éduquée, le sujet est plus médiatisé. À l’épicerie, on trouve plusieurs produits certifiés sans allergènes, les garderies et les écoles forment leur personnel. C’est plus simple de vivre avec les allergies aujourd’hui. »

     

    Environ 40 000 enfants souffrant d’allergies alimentaires fréquentent les écoles primaires du Québec. Chaque commission scolaire a sa façon de gérer le problème. L’association Allergies Québec souhaite standardiser la gestion des allergies dans les écoles. « Notre but est que, peu importe l’école qu’il fréquente, l’enfant qui a une allergie soit toujours accueilli de la même façon, avec les mêmes normes. Nous souhaitons que l’ensemble du personnel scolaire soit formé de la même façon, que tous aient les mêmes connaissances. On a fait un projet-pilote l’an passé et nous allons le poursuivre l’année prochaine. C’est un projet qui nous tient beaucoup à coeur », raconte Lucie Bérubé, directrice générale d’Allergies Québec et nutritionniste.

     

    Nouveaux traitements

     

    Actuellement, la seule façon de traiter l’allergie alimentaire est d’éviter l’aliment allergène. Le principal traitement de la réaction anaphylactique est l’administration rapide d’adrénaline intramusculaire par un auto-injecteur (EpiPen). Toutefois, d’autres traitements devraient apparaître au cours des prochaines années, après avoir été approuvés par Santé Canada : la désensibilisation orale et le timbre épidermique. Des projets de recherche sur la désensibilisation orale sont d’ailleurs en cours dans la province.

     

    La désensibilisation alimentaire est une approche prometteuse, selon le Dr Boursiquot. « Aujourd’hui, la stratégie de désensibilisation est de développer une tolérance par rapport à un aliment. Ça ne veut pas nécessairement dire que la personne va s’en trouver guérie, mais la tolérance alimentaire est quand même très importante. Ça sous-entend qu’on augmente le seuil de sensibilité d’un individu par rapport à un allergène alimentaire, amenant la personne allergique à tolérer des traces ou de petites quantités sans qu’il y ait de réaction clinique. Par rapport aux arachides, peut-être que l’enfant allergique ne sera pas en mesure de prendre tous les jours une tartine au beurre d’arachides, mais il sera beaucoup moins inquiet s’il va dans un buffet ou s’il a un contact accidentel avec l’arachide. » M. Boursiquot salue l’initiative de son collègue Philippe Bégin, du CHU Sainte-Justine, qui développe un projet de clinique d’immunothérapie alimentaire.

     

    Allergie ou intolérance ?

     

    Bien que le sujet soit mieux connu, une certaine confusion demeure, selon M. Boursiquot. Un bon nombre de personnes confondent allergie et intolérance. « Dans un cas, l’intolérance se manifeste par des symptômes digestifs, souvent à retardement. Vous mangez des fruits de mer et, quelques heures après, vous avez des maux de ventre, des vomissements, de la diarrhée. L’intolérance ne touche pas le système immunitaire. C’est incommodant, mais pas dangereux. L’allergie, quant à elle, peut se manifester par des symptômes digestifs, mais dans 90 % des cas il y aura également des symptômes cutanés, donc des rougeurs sur la peau, de la démangeaison, et il peut y avoir aussi une atteinte respiratoire et/ou cardiovasculaire. Lorsque plus d’un système est atteint, c’est ce qu’on appelle une anaphylaxie. »

     

    Certains mythes persistent

     

    On ne naît pas avec une allergie alimentaire, on la développe. L’allergie est une réaction excessive de la part du système immunitaire. Le corps développe des anticorps par rapport à des substances inoffensives avec lesquelles il est en contact : poils d’animaux, acariens, pollens, aliments.

     

    Les adultes peuvent aussi développer des allergies alimentaires. Le Dr Boursiquot rencontre tous les jours des patients âgés de 50 à 70 ans qui croient avoir développé une allergie à un aliment. « Ils ont consommé, par exemple, des noix toute leur vie et, soudainement, ça survient. Donc, c’est possible. L’allergie alimentaire n’est pas à proprement dit une pathologie pédiatrique, même si elle est prédominante chez les enfants. »

     

     

     

    L’alimentation des bébés

     

    L’introduction précoce d’aliments au potentiel allergène aux bébés est maintenant recommandée par les médecins. L’étude LEAP (Learning Early About Peanut Allergy), publiée en 2015, a été déterminante. Les résultats de cette étude démontrent que l’introduction d’arachides très tôt dans la vie diminue de 80 % le risque de développer une allergie. « Ce qui nous amène à penser que la tolérance alimentaire se joue probablement dans les premiers mois de la vie. C’est prouvé pour les arachides. Est-ce qu’on peut conclure la même chose pour les autres aliments? Il est encore un peu trop tôt pour extrapoler, mais la logique voudrait que, plus vite on introduit un des aliments avec un potentiel d’allergie tôt dans la vie des enfants, plus on diminue le risque chez ces enfants de développer une allergie », explique l’allergologue Boursiquot.

     

    Où s’informer ?

     

    Allergies Québec a été fondée en 1990 par une infirmière. L’association a développé de nombreux outils d’information et de soutien au fil des ans. « Notre site Web regorge d’informations ! On a une ligne de soutien gratuite pour les gens qui ont reçu un diagnostic. Nous avons aussi développé un système de parrainage. Des familles qui viennent de recevoir un diagnostic peuvent être accompagnées par un parrain. On a des parents bénévoles qui ont des enfants allergiques et qui acceptent de parrainer des familles à des moments charnières de leur vie. Nous avons aussi formé des psychologues qui sont capables d’aider les familles quand une allergie importante a un gros impact sur la vie familiale »,résume Lucie Bérubé. Allergies Québec est également à la base de la certification de produits « Allergène contrôlé ». « C’est comme une paix d’esprit qu’on assure aux parents », ajoute Mme Bérubé.













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