Congés de maternité des médecins: le ministère sermonne les hôpitaux

Le MSSS invite les établissements de santé à traiter «correctement» les femmes médecins qui font une demande de congé de maternité.
Photo: iStock Le MSSS invite les établissements de santé à traiter «correctement» les femmes médecins qui font une demande de congé de maternité.

Le MSSS invite les établissements de santé à traiter « correctement » les femmes médecins qui font une demande de congé de maternité.

En réaction à une pétition signée par plus de 2000 médecins et à un article du Devoir où des médecins dénonçaient la discrimination dont elles s’estiment victimes, le sous-ministre au ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), Michel Bureau, a envoyé une note aux directeurs des services professionnels des établissements, le 10 mars dernier.

« Assurez-vous que vos collègues traitent correctement la famille […] quand des collègues partent en congé de maternité », indique-t-il dans cette note obtenue par Le Devoir. « Je ne doute pas qu’il y ait eu des pressions indues sur nos collègues médecins femmes. Cela ne doit pas exister », ajoute-t-il.

Toutefois, il « faut continuer de limiter les remplacements », maintient-il. Les médecins s’absentent parfois pour des « raisons discutables », avance-t-il, mentionnant des « vacances déguisées » en congrès, par exemple. « On n’a pas assez de [diplômés] pour remplacer tout médecin qui s’absente », justifie le sous-ministre.

Selon les femmes médecins qui ont fait circuler la pétition, cette directive limitant les remplacements, qui doivent dorénavant tous être autorisés par un nouveau comité au MSSS, a comme effet collatéral de limiter leur accès au congé de maternité, car leurs collègues doivent pallier leur absence.

La CAQ demande le retrait de la directive

Après la publication d’un premier article, d’autres femmes médecins ont témoigné anonymement des situations discriminatoires auxquelles elles ont dû faire face.

L’une d’entre elles, une médecin spécialiste, a même mentionné qu’un établissement où elle convoitait un poste lui avait clairement fait savoir que l’embauche d’hommes était favorisée.

Les remplacements pouvant être refusés, les médecins de cet établissement ne voulaient pas voir leur tâche augmenter ou leurs vacances mises en péril en raison de la grossesse d’une collègue, lui a-t-on fait comprendre.

La députée de la Coalition avenir Québec (CAQ) Sylvie d’Amours dénonce la situation. « On n’a pas de permission à demander pour prendre son congé de maternité », s’indigne-t-elle. « Je m’interroge, aurait-on vu une telle situation si notre ministre de la Santé avait été une femme ? »

À la période des questions à l’Assemblée nationale, mardi, elle a demandé au ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette, de retirer la directive litigieuse.

Ce dernier a réitéré que son ministère n’était pas responsable de la situation, mais que, à son propre étonnement, au moins un groupe de médecins avait voté des règles limitant la durée des congés de maternité dans leur hôpital. Une situation qui « ne fait pas mon affaire », a assuré M. Barrette. « Il n’y en a pas, de directive », a-t-il martelé.

1 commentaire
  • Christian Labrie - Abonné 15 mars 2017 06 h 43

    De sa tour d'ivoire

    Le ministre de la santé qui veut tout contrôler de sa tour d'ivoire, dans les détails, ne peut voir ce qui se passe qu'à travers la longue vue de ses statistiques, qu'il se garde bien de publier d'ailleurs. Les statistiques donnent une image broullée de la réalité à travers laquelle on peut bien voir ce qui confirme ce que le ministre pense, dans sa paranoïa, c'est à dire que tout le monde ou presque à part lui sont une gang de paresseux et de profiteurs. Jamais il ne lui viendra à l'idée que, parfois, ses directives peuvent avoir des effets désorganisants sur la prestation des soins. Les chefs de département sont quand même mieux placés pour anticiper les conséquences des départs en congé de maternité, si ces personnes ne peuvent pas être remplacées. Il n'y avait pas d'embûche avant sa directive de ne pas faire de remplacement.
    Il y a eu depuis 5 ans à deux reprises des congés de maternité de trois membres de mon département en même temps. Certaines ont pu être remplacées, heureusement. Quand on est déjà à bout de souffle... surtout que les périodes où nous sommes le plein d'effectif, que se soit pour des congés de maternité, ou de maladie, sont l'exception. Cela dit, je suis tout à fait d'accord pour les congés de maternité pour les femmes médecin comme ont droit toutes les femmes. Tout comme je suis d'accord que les médecins en général aient droit à des conditions de vie normales comme en ont droit les autre professions. Comme les infirmières, ils doivent certe travailler parfois de nuit et les fins de semaine, mais ils n'ont pas nécessairement, comme celle-ci, droit à un congé compensatoire sur semaine, du moins, pas avec notre ministre. Ce n'est pas seulement une question de droit, c'est aussi une question de sécurité pour les patients.