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    Des pharmaciens offrent de répondre aux questions des Québécois sur Internet

    4 février 2017 |Annabelle Caillou | Santé
    Le pharmacien Alexandre Chagnon a créé un site Internet permettant de répondre directement aux questions des patients.
    Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Le pharmacien Alexandre Chagnon a créé un site Internet permettant de répondre directement aux questions des patients.

    Avoir mal au ventre, aller sur Google et se diagnostiquer un cancer de l’estomac : de plus en plus de Québécois se tournent vers Internet pour comprendre leurs ennuis de santé, au risque de se tromper. Pour les aider, une centaine de pharmaciens bénévoles ont décidé de leur offrir un remède virtuel en répondant gratuitement à leurs questions en ligne.

     

    Touché par l’histoire d’une jeune mère forcée d’arrêter d’allaiter après avoir cru à tort un conseil sur un forum de discussion, le pharmacien Alexandre Chagnon a lancé en octobre 2015 un site Internet permettant aux professionnels de la santé d’aider les patients.

     

    « J’étais encore stagiaire en 2013 et il y avait cette femme, en pleurs dans la pharmacie, demandant de l’aide, se souvient-il, encore sous le coup de l’émotion. Elle avait lu sur un forum qu’elle devait arrêter d’allaiter les trois jours suivants une consommation d’alcool pour ne pas mettre son nourrisson en danger. Une information complètement erronée qui l’a obligée à arrêter définitivement l’allaitement. C’était dramatique ! Elle tenait tellement à allaiter, et s’en est beaucoup voulue. »

     

    Ce jour-là, Alexandre Chagnon a compris qu’il aurait beau essayer de devenir le meilleur des pharmaciens, cela n’empêcherait pas ses patients d’aller sur Internet avant de le questionner. En effet, 90 % des Canadiens ont pris l’habitude de consulter Internet pour s’informer sur leur santé, révélait un sondage du CRTC, en mars 2016. Ils n’étaient que 64 % à le faire en 2010.
     

    Il a donc réalisé que les pharmaciens devaient aussi être sur Internet et a créé « Question pour un pharmacien ». Le site permet de poser une question gratuitement et anonymement à un expert de la santé tout en restant devant son écran. Un pharmacien bénévole répondra dans les 24 heures. 

     

    On a testé pour vous les dangers de s'informer uniquement sur la Toile: 

     

     

      

    Au début seul à conseiller les curieux tombés sur son site par hasard, le jeune pharmacien s’est depuis entouré d’une centaine de ses pairs. Ils tentent de lutter contre la désinformation qui circule sur la Toile en partageant leur expertise à un plus large public. « En pharmacie, tu réponds à la question d’un patient en privé, et réalises en fin de journée que tu as répondu dix fois à la même question. Sur Internet, on peut partager le cas d’un patient qui pourrait en intéresser d’autres. »

     

    Internet, mine d’or ou champ de mines ?

     

    Alexandre Chagnon n’est pas le premier à avoir mesuré l’importance de se retrouver sur la Toile. Olivier Bernard, plus connu sous le nom « Pharmachien », est aussi parti à la chasse aux fausses informations. À travers son blogue, ses livres, et depuis peu sa série sur Tou.tv, le pharmacien déconstruit avec humour les fausses croyances et vulgarise les études scientifiques.

     

    « Mes patients venaient avec de fausses croyances, paniqués d’avoir une maladie grave, et j’ai vite réalisé que ça venait d’Internet, confie-t-il. C’est très anxiogène, Internet, ça crée des hypocondriaques. »

     

    Un avis que partage le président du Collège des médecins, Charles Bernard. Dans sa carrière, il a rencontré ce genre de patients. « On m’a déjà dit : “Docteur, j’ai la sclérose en plaques. Je suis allé sur tel site et j’ai les mêmes symptômes.” Finalement, il n’avait quasi rien », raconte-t-il.

     
    Mes patients venaient avec de fausses croyances, paniqués d’avoir une maladie grave, et j’ai vite réalisé que ça venait d’Internet. C’est très anxiogène Internet, ça crée des hypocondriaques. 
    Olivier Bernard, le Pharmachien

    D’après lui, un patient ne peut s’autodiagnostiquer en s’appuyant seulement sur des symptômes. « Le médecin a souvent besoin de faire un examen physique ou en laboratoire pour confirmer son hypothèse. »

     

    De son côté, François Blondin, pharmacien depuis sept ans, s’inquiète surtout des forums de discussion où l’information est basée sur des impressions personnelles. « Le problème, c’est que n’importe qui peut dire n’importe quoi sur internet. Et monsieur et madame Tout-le-monde n’ont pas les connaissances ni la formation pour séparer le faux du vrai. »

     

    Une richesse d’informations

     

    Une opinion qui reste à nuancer, croit Zoé L’Ériger. La jeune étudiante estime rassurant de pouvoir se retrouver dans certains témoignages. « Tu te dis que tu n’es pas tout seul à vivre ça, que tu n’es pas anormal. »

     

    Elle considère surtout Internet comme un moyen facile et rapide de s’informer, sans déranger personne. « Notre génération a grandi avec la technologie, c’est devenu un réflexe de chercher sur notre cellulaire, souligne-t-elle. On est aussi beaucoup plus stressés que nos parents ; on veut vite savoir si c’est grave, ce que l’on a. »

     

    Aux yeux du Pharmachien, Internet reste une ressource incroyable qu’il ne voudrait jamais perdre. « Une personne qui veut prendre en main sa santé peut y trouver plein d’outils. Beaucoup de gens arrivent en pharmacie déjà informés et sont capables de mettre des mots sur leurs symptômes d’après ce qu’ils ont lu. C’est fantastique ! »

     

    Le système de santé en cause

     

    Aux yeux d’Olivier Bernard, ce phénomène reflète aussi une déception des Québécois vis-à-vis du système de santé. « Tu appelles Info-Santé, on va ultimement te dire de consulter un médecin. En pharmacie, c’est pareil, il y a des limites au diagnostic qu’on peut faire. En même temps, les gens ne veulent pas aller aux urgences et attendre 20 heures avant de savoir ce qu’ils ont », constate-t-il. Pas étonnant alors de voir ces personnes prendre leur santé en main, selon lui.

     

    Une opinion que partage entièrement Zoé L’Ériger. À plusieurs reprises, la jeune femme s’est sentie livrée à elle-même après une consultation chez le médecin. « Il faut toujours poser plein de questions, sinon c’est sûr que le médecin ne va pas tout te dire. On a toujours l’impression qu’ils n’ont pas de temps pour nous », se désole-t-elle.













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