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    Les échographies faites par les obstétriciens non couvertes

    7 janvier 2017 |Amélie Daoust-Boisvert | Santé
    Une grande partie des échographies pratiquées est subie par des femmes qui attendent un enfant.
    Photo: Getty Images Une grande partie des échographies pratiquées est subie par des femmes qui attendent un enfant.

    Les échographies sont maintenant couvertes en cabinet privé, mais pas pour les femmes enceintes chez les obstétriciens. La couverture publique promulguée par Québec à compter du 29 décembre dernier exclut la majorité des examens obstétricaux.
     

    Seuls les examens réalisés par les radiologistes sont couverts. Comme les gynécologues-obstétriciens pratiquent la très grande majorité des échographies chez les femmes enceintes, ces dernières devront continuer à payer lorsqu’elles se rendent en cabinet privé pour cet examen.

     

    Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette, se défend d’avoir omis de mentionner cette exception publiquement. « C’est faux », dit son attachée de presse, Julie White, puisque les communiqués de presse diffusés au fil de l’évolution de ce dossier, en juillet et en décembre, indiquent bel et bien que ce sont les échographies « pratiquées par des radiologistes » qui sont couvertes.

     

    C’est aussi ce que stipule le règlement entré en vigueur le 29 décembre dernier.

     

    « Pour les échographies qui ne sont pas faites par des radiologistes, les patients ont toujours la possibilité de les faire faire gratuitement dans les établissements du réseau ou de payer pour les faire faire en cabinet », indique Julie White.

     

    L’échographie est utilisée pour de nombreuses autres situations que la grossesse, notamment pour le diagnostic et le suivi de plusieurs cancers. Ce sont ces examens qui sont majoritairement faits par des radiologistes.

     

    Des patientes surprises

     

    Les patientes enceintes sont surprises lorsqu’elles apprennent qu’elles doivent toujours débourser pour les échographies. L’une d’entre elles ne s’attendait pas à devoir sortir son chéquier, plus tôt cette semaine, après un examen dans une clinique montréalaise. « À cause des propos tenus par le ministre ces dernières semaines, je m’attendais à ce que ce soit gratuit. J’avais pourtant lu tout ce qui s’était écrit sur le sujet ! » raconte Sara-Emmanuelle Duchesne. Enceinte de douze semaines, elle devait passer un test de dépistage important en raison des effets possibles d’un médicament qu’elle prenait alors qu’elle ignorait être enceinte. En raison d’une erreur administrative, elle n’a pas pu obtenir l’examen à l’hôpital où elle est suivie.

     

    Elle a appelé de nombreux hôpitaux pour constater que très rares sont ceux qui offrent l’échographie de premier trimestre. L’examen permet entre autres de détecter des anomalies foetales et de mesurer la clarté nucale. Cette dernière est l’un des indicateurs utilisés dans le diagnostic de la trisomie 21.

    À cause des propos tenus par le ministre ces dernières semaines, je m’attendais à ce que ce soit gratuit. J’avais pourtant lu tout ce qui s’était écrit sur le sujet !
    Sara-Emmanuelle Duchesne, enceinte de douze semaines
    Mme Duchesne déplore avoir dû finalement débourser 150 $ alors que les autres examens échographiques sont maintenant couverts. « Je considère que c’est une injustice. Les femmes enceintes et les couples ont déjà beaucoup de dépenses à prévoir. La décision du ministre de couvrir l’échographie est positive, mais on apprend aujourd’hui qu’il y a des exclus. »
     

    Le Dr Pierre Miron, qui dirige une clinique qui offre le dépistage prénatal à Laval, confirme que les patientes sont nombreuses à demander, depuis l’annonce, si les échographies sont désormais gratuites.

     

    Dépistage déficient

     

    La présidente de l’Association des obstétriciens et gynécologues du Québec, la Dre Sylvie Bouvet, observe qu’il faut s’attarder aux « subtilités » des « grandes annonces tapageuses ». « La variable qui détermine si l’acte est assuré ou pas, c’est s’il est fait par un radiologiste ou non. Certaines femmes vont s’en trouver pénalisées, mais c’était déjà le cas », constate-t-elle.

     

    Les femmes se tournent principalement vers les cabinets privés pour l’échographie de dépistage au premier trimestre de la grossesse. Cet examen n’est pas offert dans la majorité des hôpitaux du Québec, n’étant pas inclus dans le suivi de grossesse standard par le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS). « Nous avons l’air du tiers-monde, déplore la Dre Bouvet. C’est beaucoup plus que la clarté nucale, ça permet de dater la grossesse, de dépister toutes sortes de problématiques. Quand on se compare avec le reste du monde, c’est horripilant de constater que ce n’est pas offert ici, car la valeur ajoutée a été démontrée, c’est utilisé partout dans le monde. »

     

    Elle-même a réussi à rendre cet examen disponible au public au CIUSSS de la Mauricie–Centre-du-Québec, où elle pratique.

     

    Le Dr Miron abonde dans le même sens. « Si le gouvernement avait réellement pensé à la population, il aurait mis en place un bon programme de dépistage au premier trimestre de grossesse », dit-il. Il déplore que, abolissant le programme de procréation assistée d’une main, le gouvernement décide de couvrir les échographies en cabinet, lesquelles étaient le plus souvent remboursées par les régimes d’assurances privés.

     

    Un dossier non réglé

     

    « Pourquoi couvrir les échographies seulement si ce sont des radiologistes qui les font, c’est au ministre de répondre », demande la présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), la Dre Diane Francoeur.

     

    Elle déplore sur toute la ligne la gestion du dossier de la gratuité de l’échographie en cabinet.

     

    Québec et les radiologistes ne se sont toujours pas entendus sur un tarif. Conséquence : plusieurs cliniques ont préféré cesser de donner des rendez-vous aux patients, malgré l’entrée en vigueur de la couverture publique. Alors que la FMSQ se dit prête à investir 30 millions de dollars à même son enveloppe de rémunération pour 250 000 examens, Québec lui demande d’en couvrir le double, affirme la Dre Francoeur. « C’est normal que les cliniques n’ouvrent pas les rendez-vous à pleine porte alors qu’elles ignorent combien elles vont être payées », dit-elle.

     

    Gaétan Barrette, plus tôt cette semaine, a accusé les radiologistes de « prendre les patients en otage ». « [Les médecins] vont être payés même s’il faut les payer rétroactivement », a-t-il affirmé à TVA.













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