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    La télésanté présente encore de nombreux défis

    3 décembre 2016 | Etienne Plamondon Emond - Collaboration spéciale | Santé
    Les outils numériques sont utilisés par moins de 10% des professionnels de la santé et des relations humaines pour réaliser des interventions à distance auprès de clients ou de patients. C’est ce qu’a révélé cette semaine un sondage réalisé par le Conseil interprofessionnel du Québec (CIQ) et le CEFRIO auprès de 3784 professionnels membres d’une douzaine d’ordres professionnels différents.
    Photo: iStock Les outils numériques sont utilisés par moins de 10% des professionnels de la santé et des relations humaines pour réaliser des interventions à distance auprès de clients ou de patients. C’est ce qu’a révélé cette semaine un sondage réalisé par le Conseil interprofessionnel du Québec (CIQ) et le CEFRIO auprès de 3784 professionnels membres d’une douzaine d’ordres professionnels différents.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    Chaque jour, des Estriens souffrant d’une maladie pulmonaire obstructive chronique remplissent sur une tablette un questionnaire à propos de leur état de santé. Un inhalothérapeute les dirige à distance vers du matériel éducatif dans l’application correspondant aux symptômes signalés ou interagit avec eux par l’entremise du clavardage. Déjà, plus de 200 patients ont bénéficié de ce service déployé depuis plus d’un an par le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de l’Estrie.

     

    « On accompagne l’usager pendant de 4 à 6 mois dans l’acquisition de nouvelles connaissances et le développement de compétences pour lui permettre de vraiment autogérer sa maladie et reconnaître les signes et symptômes rapidement lorsqu’ils se présentent », explique Sonia Quirion, coordonnatrice au Centre de coordination de la télésanté au CIUSSS de l’Estrie.

     

    Dans de telles circonstances, la façon de travailler doit être revue, et les équipes cliniques doivent être bien accompagnées par les Centre de coordination en télésanté. « À l’école, on apprend à évaluer et à soigner en personne, souligne-t-elle. L’introduction d’une nouvelle technologie auprès des professionnels est un défi, mais faire le transfert vers la façon dont on offre le service auprès de l’usager en est un aussi. C’est un changement de paradigme. Les cliniciens doivent faire preuve d’ouverture et être prêts à faire les choses un peu autrement. »

     

    Sondage

     

    Si on exclut le téléphone et le courriel, les outils numériques sont utilisés par moins de 10 % des professionnels de la santé et des relations humaines pour réaliser des interventions à distance auprès de clients ou de patients. C’est ce qu’a révélé cette semaine un sondage réalisé par le Conseil interprofessionnel du Québec (CIQ) et le Centre facilitant la recherche et l’innovation dans les organisations (CEFRIO) auprès de 3784 professionnels membres d’une douzaine d’ordres professionnels différents. Le Collège des médecins n’a pas participé à cette enquête, mais les membres d’ordres comme ceux des infirmières et infirmiers, des inhalothérapeutes, des pharmaciens et des psychologues y ont notamment répondu.

     

    « On est encore loin du potentiel réel de la télésanté, comme celui de la Webconférence, pour effectuer des traitements et des interventions à distance. L’utilisation de ces outils reste très marginale », observe Jean-François Thuot, directeur général du CIQ. Celui-ci n’impute pas ce retard aux professionnels, mais plutôt au gouvernement. « Le développement de la télépratique dépend des investissements dans le réseau public », croit-il.

     

    Au ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), on affirme travailler sur un plan d’action nationale en télésanté, qui devrait être achevé au cours de la prochaine année. Depuis 2005, 44 millions ont été investis dans des projets pilotes en télésanté menés par des réseaux universitaires intégrés de santé (RUIS), dont une partie par Inforoute Santé du Canada. Les activités de téléconsultation ont augmenté de 248 % dans les quatre dernières années à travers ces projets, pour atteindre 14 990 téléconsultations sans patient et 5794 avec patient durant l’année 2014-2015.

     

    Rémunération

     

    Les infirmières et inhalothérapeutes participent à des projets de télésanté dans le cadre de leurs fonctions déjà payées par leur établissement. Chez les médecins, en revanche, le mode de rémunération à l’acte n’est pas adapté à cette nouvelle réalité. L’interprétation de radiographies ou de résultats d’examen, ainsi que les téléconsultations en présence du patient sont rétribuées. Mais un suivi à distance sans consultation n’est pour l’instant pas encadré.

     

    « Si le patient m’envoie une multitude d’informations et qu’on ne se voit qu’une fois par année, je ne suis pas payé pour les gérer et en prendre la responsabilité médicolégale », signale François Loubert, médecin de la Clinique médicale Angus. Son établissement a participé au projet de recherche-expérimentation Ma première ligne numérique en santé, du CEFRIO, dans un contexte pédiatrique. Les parents de plus de 300 enfants remplissaient en ligne un questionnaire lié au développement entre 0 à 5 ans pour permettre un suivi plus précis et une meilleure préparation pour les rencontres en cabinet.

     

    Le projet restait à l’intérieur des frontières déjà connues en matière d’éthique et informait les usagers que l’équipe clinique n’avait aucune obligation de regarder tous les jours des renseignements inscrits dans la plateforme. Ce qui n’empêche pas M. Loubert de se questionner sur cette nouvelle réalité et sa répercussion sur son devoir de diligence. « Le médecin ne va pas nécessairement être en mesure de voir tous les jours les nouveaux résultats. S’il y en a des critiques, il faut qu’une structure puisse en assurer une gestion constante. »

     

    Balises et formation

     

    Parmi les nouvelles responsabilités liées aux technologies, un résultat du sondage du CIQ et du CEFRIO préoccupe Jean-François Thuot : 68 % des professionnels de la santé et des relations humaines ne savent pas où sont les serveurs hébergeant les données numériques utilisées dans le cadre de leur travail. « Il y a ici un enjeu de sécurité et de confidentialité des renseignements », signale-t-il. Selon lui, les ordres professionnels devraient aussi être interpellés par le fait que 60 % des répondants ont dit souhaiter des balises claires de la part de leur ordre sur les questions numériques et qu’environ 45 % ont manifesté leur désir d’avoir accès à une offre accrue de formation à ce sujet.

     

    Or, un avis publié en 2014 par la Commission de l’éthique en science et en technologie du Québec recommandait que les ordres professionnels en santé instituent des mécanismes de veille et définissent les normes de pratique en télésanté, en plus de faire la promotion de pratiques responsables et de s’assurer d’un soutien ou d’une formation adéquate des membres dans ce domaine. Le Collège des médecins a quant à lui encadré la télémédecine en 2015 en diffusant un guide d’exercice en la matière.

     

    Un avenir, malgré les limites

     

    Les limites des technologies actuelles, dans leur convivialité comme dans leur interopérabilité, compliquent parfois la tâche. Au groupe de médecine familiale (GMF) de la Nouvelle-Beauce, qui a aussi participé au projet Ma première ligne numérique en santé, dans un contexte de suivi des maladies chroniques, la solution informatique a présenté plusieurs problèmes au cours de l’expérience, raconte le docteur Daniel Roux.

     

    Les patients aux prises avec des problèmes de diabète, d’hypertension ou de cholestérol pouvaient ajouter, depuis la maison, des informations — comme les résultats de leurs tests de glycémie — pour mettre à jour un dossier nommé Espace santé personnel. Parmi les écueils rencontrés, la complexité de l’interface rendait parfois difficile la navigation pour les patients. Pour le médecin, il était impossible d’intégrer cette application au dossier médical électronique (DME) en vigueur dans sa clinique.

     

    Daniel Roux voit néanmoins un bel avenir pour la démarche, puisque l’adhésion des patients était au rendez-vous. Sur les quelque 250 patients qui se sont prêtés à l’expérience, 140 demeurent actifs. « Cela a permis à certains patients de prendre conscience de la prise en charge de leur problème de santé, affirme M. Roux. Cela leur a permis de s’impliquer dans le plan de traitement et le processus. » Le médecin, de son côté, recevait des données, comme celles concernant la glycémie, plus fiables, alors qu’autrefois, elles étaient griffonnées par ses patients sur un bout de papier de manière inconstante ou à des moments imprécis. Il y a même vu une bonne façon d’isoler l’influence du « sarrau blanc », alors que la pression artérielle est parfois plus haute lorsqu’elle est prise par le professionnel de la santé que par le patient lui-même en raison du stress. « Cela nous permet de prendre une décision plus éclairée sur le traitement », assure-t-il.













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