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    Soins palliatifs

    L’aide à mourir crée de l’inconfort

    Une première étude qualitative fait état de médecins impliqués malgré eux dans le processus

    11 novembre 2016 |Isabelle Paré | Santé
    Selon la chercheuse Emmanuelle Bélanger, plusieurs des médecins interrogés ne sont pas à l’aise d’être impliqués dans le traitement des demandes d’aide à mourir, surtout lorsqu’il s’agit de patients traités dans leur propre unité de soins.
    Photo: Getty Images Selon la chercheuse Emmanuelle Bélanger, plusieurs des médecins interrogés ne sont pas à l’aise d’être impliqués dans le traitement des demandes d’aide à mourir, surtout lorsqu’il s’agit de patients traités dans leur propre unité de soins.

    Une première étude réalisée auprès de médecins en soins palliatifs, depuis l’entrée en vigueur de la loi sur l’aide à mourir, révèle que certains d’entre eux sont « affligés » quand leurs propres patients formulent ces demandes. D’autres préfèrent ne pas aviser leurs supérieurs s’ils estiment ces requêtes « déraisonnables » ou faites par des « patients inaptes ».

     

    C’est notamment ce qui émane de la toute première étude qualitative, réalisée entre janvier et août derniers, par des chercheurs québécois et ontariens auprès de médecins oeuvrant dans deux unités de soins palliatifs dans la région de Montréal. Ce premier coup de sonde, dont les résultats n’ont pas encore été publiés, démontre que bien des zones grises subsistent dans la manière de traiter les demandes d’aide à mourir.

     

    « Je ne vais pas appeler le directeur des services professionnels et le déranger si la demande n’est pas raisonnable ou si le patient est en délirium », confie un des quinze médecins interrogés sur le rôle de ces derniers dans le « processus décisionnel sur l’euthanasie ».

     

    Des refus troublants

     

    Selon la chercheuse Emmanuelle Bélanger, de l’Institut de recherche en santé publique de l’Université de Montréal (IRSPUM), plusieurs des médecins interrogés ne sont pas à l’aise d’être impliqués dans le traitement des demandes d’aide à mourir, surtout lorsqu’il s’agit de patients traités dans leur propre unité de soins.

     

    « Quand la demande est survenue, j’offrais d’explorer les raisons, la détresse existentielle et spirituelle […], ce qui est une partie de mon travail. Le patient m’a en quelque sorte fait taire et ne voulait pas explorer cette avenue. Il ne voulait pas explorer ce qui le poussait à demander l’euthanasie. Nous avons été affligés par cela », soutient un médecin interrogé dans le cadre de cette recherche.

    Les entrevues réalisées démontrent que certains médecins qui refusent de dispenser l’aide à mourir se retrouvent impliqués à divers degrés, et parfois malgré eux, dans l’évaluation de ces demandes. « Même s’ils ne veulent pas être impliqués dans l’aide à mourir, certains sont appelés à évaluer l’état du patient quand une demande est faite, car l’avis du médecin traitant aide à valider la demande », explique-t-elle.

     

    Objection de conscience

     

    À l’opposé, des médecins disent avoir refusé d’emblée les demandes d’aide à mourir provenant de patients qu’ils jugeaient non raisonnables ou inaptes à consentir. Selon la chercheuse, cela laisse penser que le nombre des refus pourrait être plus élevé que le nombre des refus officiels recensés depuis l’entrée en vigueur de la loi.

     

    Cette observation est aussi confirmée par des sources dans le milieu hospitalier, qui remarquent que des « médecins, avant d’accueillir une demande, croient que le patient doit être admissible. Il y a parfois une mauvaise compréhension du processus de demande d’aide à mourir », indique cette source.

     

    Selon la chercheuse, peu des médecins interrogés qui sont non favorables à l’aide à mourir évoquent des raisons religieuses. Ils ont plutôt la conviction que l’accès à de bons soins palliatifs pourrait remédier aux souffrances des patients qui optent pour l’aide à mourir. Plusieurs craignent qu’offrir l’aide à mourir dans leur unité mette en péril la tranquillité d’esprit des autres patients. « Il y a beaucoup de patients qui ne veulent pas l’aide médicale à mourir. Ils veulent vivre le plus longtemps possible et le plus paisiblement possible. Si cela est menacé par ce qu’ils croient être en train de se produire dans la chambre à côté… », soulève un des médecins interrogés.

     

    Il n’y a à l’heure actuelle aucune façon de connaître le nombre de médecins qui ont évoqué l’objection de conscience pour refuser de dispenser l’aide à mourir, puisque cette donnée n’est consignée nulle part. La loi actuelle ne permet pas non plus de savoir avec précision la raison des demandes refusées ni d’évaluer le bien-fondé de ces refus.

    12 %
    C’est la proportion des Belges âgés de 75 ans ou plus qui ont discuté de soins de fin de vie avec leur médecin.
     

    Une enquête de santé réalisée en Belgique auprès de quelque 10 000 patients révèle que seulement 4,4 % d’entre eux ont eu des discussions sur les soins de fin de vie avec leur médecin. Dans ce pays, qui a introduit en 2002 une loi sur l’euthanasie, pas moins de 20 000 personnes avaient fait enregistrer en 2013 une demande anticipée d’euthanasie à la mairie, soit 1,8 % de la population. Une nouvelle charte des droits des patients permet de consigner des demandes anticipées d’aide à mourir, mais en cas de coma irréversible seulement. Selon une étude publiée dans BMC Palliative Care, seulement 12 % des gens de 75 ans ou plus ont discuté des soins de fin de vie avec leur médecin. « Il y a de plus en plus d’intérêt face à l’euthanasie, mais il n’y a jamais eu de véritables campagnes publiques d’information sur les soins de fin de vie en général. Cela manque et entraîne une méconnaissance du public », affirme l’auteure principale de l’étude, Aline de Vleminck, du Centre de recherche sur les soins de fin de vie de l’Université de Ghent et de l’Université libre de Bruxelles. Les femmes et les personnes veuves sont plus susceptibles d’avoir fait une demande d’aide à mourir anticipée en cas de coma.

     

    Aux Pays-Bas, où l’euthanasie a été décriminalisée en 2001, 13 % de la population a déjà discuté de soins de fin de vie avec son médecin. « En Belgique, affirme la chercheuse, il reste beaucoup à faire pour faire en sorte que toutes les options possibles soient connues. Les gens n’aiment pas parler de cela et, souvent, ils doivent prendre des décisions quand ils ne sont pas préparés. »













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