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    Médecine

    Québec s’ingère dans la formation

    Le gouvernement veut changer la formation des futurs microbiologistes-infectiologues et hémato-oncologues

    26 octobre 2016 |Amélie Daoust-Boisvert | Santé
    Une centaine de technologistes médicaux, en majorité des femmes, ont manifesté mardi midi devant les bureaux du ministre de la Santé Gaétan Barrette pour décrier le projet Optilab.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Une centaine de technologistes médicaux, en majorité des femmes, ont manifesté mardi midi devant les bureaux du ministre de la Santé Gaétan Barrette pour décrier le projet Optilab.

    Après avoir annoncé que leurs laboratoires seraient réduits et déménagés dans le cadre de la centralisation nommée Optilab, Québec veut modifier la formation des futurs microbiologistes-infectiologues et hémato-oncologues. De plus, des médecins achevant leur formation craignent le chômage, faute d’ouverture de postes dans les hôpitaux. D’autres se font dire d’abandonner la portion laboratoire de leur pratique.

     

    Le Dr Karl Weiss, dénonçant des décisions « unilatérales » du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), lui a rappelé que les microbiologistes-infectiologues ont été au coeur de la gestion des crises du C. difficile, du SRAS, du H1N1 ou encore de l’Ebola. Dans une lettre envoyée le 5 octobre que Le Devoir a obtenue, il réclame une rencontre « rapide » avant que
    « des conséquences irréversibles sur la qualité des soins » ne surviennent.

     

    Invité à expliquer la situation, le Dr Weiss a indiqué en entrevue qu’il avait le sentiment que le MSSS s’apprêtait à « détruire un fleuron de la médecine au Québec pour des raisons obscures ». Le président de l’Association des microbiologistes-infectiologues affirme en outre que Québec ne peut décréter comme il fait des changements à la formation médicale, ce qui est une prérogative du Collège royal des médecins et des chirurgiens du Canada, ainsi que du Collège des médecins du Québec. Il s’explique mal les raisons sous-jacentes à ces décisions.

     

    Spécialité menacée ?

     

    La formation de six ans menant au titre de microbiologiste-infectiologue serait remplacée par un parcours sur cinq ans, pour un titre d’infectiologue seulement, selon la lettre écrite par le Dr Weiss au MSSS.

     

    Le Dr Weiss décrie ces décisions. « Nous sommes à la fois des infectiologues qui voient des patients et qui s’occupent de la prévention des infections et de la bonne utilisation des antibiotiques. Puis il y a la portion microbiologie, en laboratoire. Il y a une énorme plus value à la dualité de notre spécialité. Grâce à elle, il y a des services de qualité à la grandeur du Québec, pas seulement dans les grands centres », explique-t-il. Il y a huit ou neuf admis par an en ce moment, avec 49 médecins actuellement en formation.

     

    De plus, des médecins microbiologistes-infectiologues qui termineront cette année leur résidence ont constaté que Québec n’avait prévu que deux postes dans le réseau pour eux, a appris Le Devoir. Certains pourraient se retrouver au chômage, ou être contraints de quitter le Québec, après 11 ans d’études universitaires.

     

    Le Dr Weiss affirme qu’il est en contact avec le MSSS pour corriger cette situation. « Je suis en négociation. Ma priorité absolue, c’est qu’ils aient des emplois. Ce serait une perte immense si nous n’étions pas capables de les placer », a-t-il indiqué au Devoir.

     

    Du côté du MSSS, on indique qu’il y a au contraire assez de postes disponibles pour le nombre de finissants, en raison de l’attrition, des départs à la retraite et des postes vacants.

     

    Même des médecins déjà en postes et dûment formés ont reçu la directive de ne plus utiliser la dénomination « microbiologiste-infectiologue ». Plusieurs ont reçu une lettre du MSSS qui indique les considérer maintenant comme des « infectiologues » uniquement.

     

    « Je suis sur la ligne de front », résume le Dr Weiss. Il n’exclut pas de faire intervenir les collèges fédéral et provincial des médecins, qui ont autorité sur la formation, dans le dossier.

     

    Reconnaissant qu’il pourrait y avoir surabondance de diplômés dans sa spécialité, il a lui-même proposé à Québec qu’il en soit formé seulement deux par an. Mais pas de modifier en profondeur le rôle de ces spécialistes des infections.

     

    Hémato-oncologie

     

    Les hémato-oncologues affrontent des enjeux semblables. De 15 à 20 admis par an, plus que 4 auraient la possibilité de suivre la double formation de six ans menant au titre d’hémato-oncologue. « On nous dit que c’est parce que le Québec a surtout besoin d’oncologues seulement », affirme le Dr Christopher Lemieux. Ce dernier, résident en hémato-oncologie, est aussi président de la Fédération des médecins résidents du Québec.

     

    « Il y a beaucoup d’inquiétude, c’est une information qui est tombée comme une bombe il y a une semaine », relate le Dr Lemieux.

     

    Il comprend mal la décision du MSSS. En effet, dit-il, la très grande majorité des hôpitaux exige la double certification. Comme les hémato-oncologues peuvent assurer les gardes dans les deux spécialités, cela évite aux hôpitaux régionaux d’embaucher davantage de spécialistes. L’oncologie est une spécialité des tumeurs solides (sein, cerveau, etc.), alors que l’hématologie concerne les tumeurs du sang comme les leucémies, ainsi que les maladies comme l’hémophilie ou l’anémie.

     

    « C’est une décision qui nuira aux régions et aux soins qui y sont offerts, tranche le Dr Lemieux. Pratiquement seuls les hôpitaux universitaires peuvent avoir des médecins qui possèdent une seule des certifications, car les équipes sont plus grandes. »

     

    Le MSSS affirme que le nombre de postes de résidence offerts vise à « répondre aux besoins de la population. »

     

    Ce n’est pas parce que les laboratoires sont centralisés dans le cadre d’Optilab que les patients seront moins malades et que le besoin pour ces spécialistes diminuera, selon le Dr Lemieux : « L’expertise des médecins spécialisés en laboratoire ne sera pas moins cruciale pour interpréter les tests avec toutes les nuances nécessaires. »

     

    Ces décisions s’inscrivent dans le climat général dans lequel le projet de centralisation Optilab est mené, selon le Dr Karl Weiss. « J’ai l’impression de travailler avec le système soviétique des années 1970. On s’évertue à expliquer au MSSS que le projet a plusieurs failles, au détriment de la population, et qu’on a des solutions à lui proposer pour atteindre 80 % de ses objectifs. »













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