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Un frein à la surconsommation d'antibiotiques?

Louise-Maude Rioux Soucy   25 février 2004  Santé
Des chercheurs suisses pensent avoir trouvé un moyen efficace de mettre un frein à la prescription à outrance d'antibiotiques. Ils ont en effet mis au point un test leur permettant de déterminer si une infection respiratoire (comme la bronchite ou la pneumonie) est d'origine bactérienne ou virale, la première nécessitant un traitement aux antibiotiques, l'autre non.

Au moyen d'un simple test sanguin d'une heure, l'équipe menée par le Dr Beat Müller, de l'hôpital universitaire de Bâle, propose de mesurer le taux d'une protéine du sang, la procalcitonine (PCT), pour déterminer si l'usage d'antibiotiques est adéquat. Selon leurs travaux, qui font l'objet d'une publication dans The Lancet, le taux de procalcitonine d'une personne grimpe beaucoup plus lorsqu'elle souffre d'une infection d'origine bactérienne que si l'infection est d'origine virale. Il suffit donc de mesurer le taux de cette protéine pour trancher en faveur ou non de la prescription d'antibiotiques.

Cela fait plusieurs années que la communauté scientifique essaie de trouver un moyen rapide et efficace pour distinguer les infections bactériennes des infections virales. «Pour le moment, il n'y a pas de test vraiment fiable», confirme le Dr Michel Laverdière, attaché au département de microbiologie et d'infectiologie de l'hôpital Maisonneuve-Rosemont, qui rappelle que les nombreux tests proposés jusqu'ici, allant du dosage de protéines C à l'étude de l'aspect des cellules dans les formules sanguines, se sont avérés plus ou moins adéquats.

Dans le cas présent, un échantillon formé de 243 patients souffrant d'une infection respiratoire a été mis à l'étude. On a administré un traitement standard (rayons X, tests en laboratoire et étude des symptômes cliniques) à la première moitié d'entre eux, avec pour résultat que 83 % de ces patients se sont vu prescrire des antibiotiques. L'autre moitié a vu le traitement standard être jumelé au test sanguin, et seulement 43 % d'entre eux ont eu à prendre des antibiotiques.

Des tests en laboratoire ont par la suite démontré que seulement 20 % des infections étaient d'origine bactérienne. Des résultats qui, faute d'être parfaits, montrent qu'un test sanguin de ce type peut contribuer à freiner la prescription abusive d'antibiotiques, à l'origine de la multiplication des bactéries résistantes aux antibiotiques.

La voie proposée par l'équipe du Dr Müller, bien qu'elle ne soit envisageable que dans les cas d'infection respiratoire, ne peut que piquer la curiosité de la communauté médicale. En attendant d'autres essais cliniques, le doute reste cependant l'option la plus prudente. «Il va falloir que d'autres chercheurs valident ces résultats et qu'on élargisse cette expérience», croit le Dr Laverdière.
 
 
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