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    Un réseau ingérable, selon les syndicats

    8 octobre 2016 | Réginald Harvey - Collaboration spéciale | Santé
    Le départ du ministre de la Santé, Gaétan Barrette, est indissociable de l’amélioration du système de santé, selon le secrétaire général du CPAS, Michel Jolin.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le départ du ministre de la Santé, Gaétan Barrette, est indissociable de l’amélioration du système de santé, selon le secrétaire général du CPAS, Michel Jolin.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial. 
     

    Le docteur Barrette et sa restructuration du système de santé font l’unanimité ou presque : à peu près toutes les catégories de personnel à l’intérieur du réseau formulent des griefs à l’endroit des regroupements imposés. Le Conseil provincial des affaires sociales (CPAS-SCFP) grossit les rangs des mécontents.


    Pierre Soucy et Michel Jolin sont respectivement président et secrétaire général du CPAS. L’un et l’autre échangent des propos très critiques à l’endroit de la réforme et de son ministre. Un régime minceur est survenu et le nombre d’établissements est passé de 182 à 34, ce qui cause un glissement vers le privé. Le premier pose le constat « qu’il n’y a pas de bénéfices à retirer de cette opération-là. Les centres intégrés de santé et de services sociaux [CISSS] et les centres intégrés universitaires [CIUSSS] sont devenus des monstres ».

     

    Ils le sont devenus notamment en fait de territoire : « Si je prends comme exemple le CIUSS-Estrie-CHUS, il couvre 12 000 kilomètres carrés. La population devra chercher la bonne porte d’entrée dans le réseau sur une telle superficie. » Cette situation prévaut dans plusieurs régions du Québec : « Je pense qu’on parle de 14 000 kilomètres carrés dans le Bas-Saint-Laurent, et il en va de même à bien d’autres endroits, comme au Saguenay–Lac-Saint-Jean et en Abitibi. Sur de pareils territoires, ça devient ingérable sur le plan administratif. »

     

    Du passé au présent

     

    Le président rappelle que le réseau venait à peine de passer, 10 ans plus tard, à travers la fusion qui avait conduit à la mise sur pied des Centres de santé et de services sociaux, les CSSS : « Tout le monde, et pas seulement les syndicats, disait que ces regroupements n’avaient pas fonctionné et qu’ils avaient entraîné une augmentation des coûts ; on évaluait à 35 % le nombre de cadres en plus qui avaient été ajoutés depuis 2005. »

     

    Et de conclure que « notre bon ami Barrette a décidé qu’en fusionnant encore davantage, là, c’était vrai que ça allait coûter moins cher ». Il envisage les dégâts à suivre : « On sait que lorsqu’on va regarder les résultats dans 10 ans, on va constater que cela n’a aucun sens, ce que le réseau est devenu. Et la population sera la grande perdante au bout du compte. »

     

    Jusqu’à maintenant, les transformations majeures sont survenues dans l’administration, comme il le rapporte : « Pour les salariés, il y a eu beaucoup de bouleversements. Il s’est produit plusieurs changements de chaise ,alors que certains ont dû changer d’établissement et de ville. Plusieurs postes ont été supprimés, souvent par attrition, mais il en résulte tout de même qu’il y a moins de monde pour dispenser les services. »

     

    La centralisation à outrance

     

    Pierre Soucy s’inquiète du fait « que les directions des centres intégrés reçoivent directement des ordres du ministère, qui, à l’heure actuelle, gère tout le réseau : il se vante de donner ses ordres en direct aux 34 p.-d.g. des établissements, qu’il peut réunir autour de la même table, ce qui lui facilite la tâche ».

     

    La situation peut varier d’un endroit à l’autre : « Tout dépend des centres. Il y a des directions qui ont été un peu plus humaines, et d’autres qui ont voulu respecter à la lettre les mandats que le ministre leur donnait : au diable les conventions collectives, tu supprimes des postes et tu t’arranges pour que ça fonctionne de cette façon. Il y a eu des variantes à travers tout le Québec, mais tout le monde a vécu des bouleversements. »

     

    Michel Jolin intervient pour illustrer à quel point le nouveau mode de fonctionnement se révèle aberrant pour certains : « En Abitibi, l’employé devait se rapporter au service santé de Rouyn-Noranda lorsqu’il était malade. Ils ont déménagé ce service ailleurs à plus d’une centaine de kilomètres, soit à Val-d’Or. » En cas de maladie, cet employé doit maintenant franchir cette distance aller-retour pour être vu par un médecin au bureau de santé et pour profiter, de la sorte, de l’assurance de l’employeur, qui le couvre : « Auparavant, il y avait de ces bureaux dans tous les établissements, mais ce service a été centralisé, et le travailleur doit se déplacer même s’il est malade. »

     

    Un chambardement irréversible

     

    Le secrétaire général fournit cette réponse laconique sur une possible amélioration des rouages de fonctionnement au fil du temps : « Ça dépend pendant combien de temps le ministre Barrette va rester en poste comme ministre de la Santé. » Pierre Soucy ajoute que, jusqu’à maintenant, les transformations ont eu lieu dans les services administratifs : « Le prochain secteur qui sera touché, c’est la clinique. Il est clair qu’il y a un manque de préposés aux bénéficiaires et, pour le ministre, un préposé pour 10 à 13 bénéficiaires, c’est un ratio qui serait correct, même si, actuellement, ça joue entre 7 et 8 selon les établissements. Je ne suis vraiment pas certain que la clientèle va être mieux servie de cette façon. »

     

    Quand tout ce remue-ménage en profondeur sera achevé, sera-t-il encore temps de revenir en arrière ? Le président croit « qu’il sera impossible de défaire cette restructuration, de détricoter tout cela. On a détruit des services dans des plus petits établissements pour les transporter dans de plus gros hôpitaux, pour que ça coûte moins cher : comment faire par la suite, quand on s’est défait du matériel existant, pour reconstituer tous ces acquis ? »

     

    L’un et l’autre s’entendent pour affirmer que, sous l’administration de Barrette ou d’un autre, le réseau sera « irrécupérable » : « De telle sorte qu’on se dirige vers un régime à deux vitesses, vers un réseau privé. On espérerait se tromper, mais avec la vaste expérience dont on dispose, malgré toutes les réformes qui ont eu cours, la situation ne s’améliore pas. C’est de pire en pire. »













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