Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Amis du Devoir
    Connectez-vous
    Idées

    Parlons de la santé puisque «Tout le monde en parle»

    6 octobre 2016 | Quoc Dinh Nguyen et Andréanne Wassef - Respectivement médecin résident en gériatrie et détenteur d’une maîtrise en santé publique; et médecin résidente en psychiatrie | Santé
    Josée Blanchette à «Tout le monde en parle»
    Photo: ICI Radio-Canada Télévision Josée Blanchette à «Tout le monde en parle»

    Le dernier épisode de Tout le monde en parle a dû laisser un goût amer à bien des gens du domaine de la santé. Alors que Mme Josée Blanchette racontait son expérience avec son cancer du côlon, le système de santé et ses professionnels en prenaient pour leur rhume !

     

    Prenant le pouls de collègues, nombre d’entre nous avons sourcillé devant des propos qui étaient souvent simplistes et réducteurs, parfois désinformés et franchement dangereux. Qu’on se le dise tout de suite : la chimiothérapie est efficace, mais pas toujours et ni pour tous, évidemment.

     

    Grande est notre envie de défaire une à une toutes les affirmations trompeuses, mais il nous paraît encore plus critique de souligner les trois constats qui suivent.

     

    La santé étant actuellement de toutes les tribunes, il n’est pas surprenant que TLMEP ait parlé d’autisme et de cancer. Mais ce qui peut surprendre, ce sont les personnes sous les projecteurs pour en parler : M. Louis T, un humoriste, et Mme Blanchette, une chroniqueuse.

     

    Les professionnels de la santé n’ont pas, et ne devraient pas, avoir l’exclusivité des discussions sur la santé. Les perspectives d’humoristes, de journalistes, surtout comme patients, apportent des éclairages essentiels.

     

    Mais, à la lumière de l’émission, le premier constat qui s’impose est que, dans ces deux segments totalisant une trentaine de minutes, une perspective du domaine de la santé aurait été nécessaire pour nuancer certaines affirmations et en corriger d’autres.

     

    Par exemple, il aurait fallu préciser que les autistes de haut niveau dont parlait Louis T. sont rarissimes. À Guy A. qui demandait s’il fallait « laisser mourir les personnes âgées » sans traitement, il aurait fallu répondre qu’une discipline entière, l’oncogériatrie, a pour mission d’adapter cas par cas les traitements oncologiques pour ces patients fragilisés, en fonction de leurs capacités et de leurs désirs.

     

    Sans user de l’argument d’autorité et sans corporatisme, les études en santé sont longues pour plusieurs raisons. D’abord, parce que le développement de l’expertise professionnelle ne se fait pas en écrivant un livre. Parce que l’anecdote personnelle et les témoignages anonymes ne sont pas une base de connaissances assez objectives et généralisables pour traiter des patients. Et aussi parce que la compréhension des statistiques, l’expérience clinique et les nuances qui viennent avec elle prennent du temps à acquérir.

     

    Mais il faut tirer une seconde leçon tout de suite. Comme professionnels de la santé, notre habileté à communiquer et à établir un lien de confiance avec les patients doit être améliorée. Car, si nous n’apprenons pas à mieux communiquer pour répondre aux interrogations des patients et de l’opinion publique, d’autres, meilleurs communicateurs, s’en chargeront.

     

    Au mieux, ces derniers feront un bon travail de sensibilisation, et, au pire, une dangereuse campagne de désinformation. Il est de notre devoir d’éviter une rupture définitive de la confiance entre la population et les soins que nous prodiguons.

     

    En troisième lieu, il faut se questionner sur la responsabilité factuelle et sociale de TLMEP, une des émissions québécoises les plus écoutées. De la part de notre diffuseur public, ne sommes-nous pas en droit de s’attendre à plus de rigueur pour éviter d’encourager la complaisance, le sensationnalisme et les déclarations à l’emporte-pièce, pour un sujet aussi chargé que la santé ?

     

    Mme Blanchette a soutenu que ceux qui savent ne parlent pas et que ceux qui parlent ne savent pas. Espérons, à l’avenir, que seuls ceux qui en sauront plus parleront autant. Tout le monde peut bien parler de santé, mais le vrai défi, c’est de bien en parler.













    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires


    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.