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    Les médecins refusent de déléguer des actes aux superinfirmières

    27 septembre 2016 |Amélie Daoust-Boisvert | Santé
    Une étude de la Nurse Practitioners’ Association of Ontario sur le champ de pratique des infirmières praticiennes, publiée en novembre 2015, indique que toutes les IPS au Canada, sauf au Québec, peuvent poser des diagnostics, à différents degrés.
    Photo: Michaël Monnier Le Devoir Une étude de la Nurse Practitioners’ Association of Ontario sur le champ de pratique des infirmières praticiennes, publiée en novembre 2015, indique que toutes les IPS au Canada, sauf au Québec, peuvent poser des diagnostics, à différents degrés.

    Québec a exigé des médecins qu’ils permettent aux infirmières praticiennes spécialisées (IPS) d’initier des traitements pour des maladies chroniques, comme le diabète, chez des patients où elles viennent d’être découvertes, mais les médecins ont refusé.

     

    Dans une lettre du 25 août et dont Le Devoir a obtenu copie, le ministre de la Santé et des Services sociaux Gaétan Barrette accentue la pression et demande au Collège des médecins du Québec (CMQ) de reconnaître l’autonomie de leurs consoeurs, aussi appelées dans le langage populaire les « superinfirmières ». 

     

    Le ministre se dit « surpris » que le CMQ ait refusé de consentir à inclure le droit d’initier le traitement pour les maladies chroniques courantes dans le nouveau règlement sur la pratique des IPS, qui est en court d’élaboration. « Nous en avions explicitement fait la demande », rappelle le ministre dans sa missive. « Je réitère l’importance que ces activités fassent partie du champ d’exercice de l’IPS comme cela se fait dans les autres provinces du Canada, ajoute-t-il. Le Québec se doit d’être moderne et suivre les grandes tendances canadiennes et mondiales. » Le ministre mentionne également qu’il souhaite qu’une IPS puisse signer un congé pour un patient hospitalisé qui était sous sa responsabilité. Il invite les médecins à « poursuivre les travaux » pour que ces activités « soient intégrées au champ d’exercice de l’IPS ». 

     

    Le Collège des médecins a décliné l’invitation du Devoir à commenter cette lettre. « Notre position n’est pas finale », a indiqué la responsable des communications du CMQ, Caroline Langis. « Nous ne commenterons pas pour l’instant, car les travaux sont toujours en cours ». Le président du CMQ, le Dr Charles Bernard, a répondu à la lettre du ministre, indique Mme Langis, et souhaite que ce dernier en prenne connaissance avant de s’exprimer dans les médias sur le sujet. 

     

    Une question d’accessibilité 

     

    Contactée par Le Devoir, la présidente de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ), Lucie Tremblay, a rappelé que les IPS québécoises sont les « mieux formées au Canada ». « Elles ont tous les outils pour poser ces actes, ça nous désole qu’on ne trouve pas de point de rencontre avec les médecins sur ce point, car nous sommes convaincues que ça améliorait l’accès aux soins. » 

     

    La notion de « diagnostic » est au coeur du différend entre les ordres professionnels des médecins et des infirmières. Le diagnostic est un acte exclusivement réservé aux médecins. Lorsqu’elles ont obtenu le droit de prescrire des traitements pour des infections courantes comme des otites, les IPS se sont fait déléguer le droit de poser une « impression diagnostique »

     

    La présidente de l’Association des infirmières praticiennes spécialisées du Québec, Christine Laliberté, explique que le droit d’initier un traitement pour des maladies comme le diabète, l’hypertension, l’hypercholestérolémie ou les maladies respiratoires chroniques ferait gagner du temps à tout le monde : patient, médecin et infirmière. 

     

    « Présentement, je peux prescrire les examens de laboratoires quand je suspecte une condition. Mais, si les résultats arrivent positifs, je ne peux pas l’annoncer au patient. Il doit voir le médecin », explique l’IPS qui travaille dans un Groupe de médecine familiale (GMF). 

     

    « Pendant que ce patient occupe une plage horaire du médecin, un autre patient aurait pu être vu », déplore-t-elle. « Je préférerais demander l’expertise de mon médecin partenaire sur des sujets où j’en ai vraiment besoin, avec lesquels je ne suis pas à l’aise. Mais pour les maladies chroniques, nous sommes formées et les guides de pratique sont très clairs. » 

     

    Mme Laliberté croit qu’en acceptant de déléguer aux infirmières et aux IPS les actes pour lesquelles elles ont été formées, les médecins de famille maximiseraient leurs chances d’atteindre les cibles d’inscription de patient dont ils ont convenu avec Québec. « On veut juste éviter de dédoubler les interventions alors que l’objectif est d’améliorer l’accessibilité », explique-t-elle. « Cela ferait une différence majeure tous les jours pour les patients. » 

     

    L’IPS Isabelle Têtu, qui travaille avec une clientèle vulnérable dans la basse ville de Québec, souhaiterait pouvoir commencer des traitements contre la dépression, par exemple. « J’utilise les mêmes critères diagnostics que les médecins. Je pourrais très bien entreprendre un traitement avec un antidépresseur et me référer au médecin s’il n’y a pas d’amélioration ou si le cas est complexe. » 

     

    « Sinon, on multiplie les consultations et on fait perdre du temps à tout le monde », observe-t-elle. 

     

    Une étude de la Nurse Practitioners’Association of Ontario sur le champ de pratique des infirmières praticiennes, publiée en novembre 2015, indique que toutes les IPS au Canada, sauf au Québec, peuvent poser des diagnostics, à différents degrés. 

     

    Des professionnelles « autonomes », rappelle le ministre 

     

    Dans sa lettre de près de trois pages, le ministre Barrette demande aussi au Collège des médecins de rappeler à ses membres que les IPS sont autonomes. Il enjoint au collège d’informer les médecins du fait que « la supervision médicale est prévue uniquement pour les candidates IPS en attente de leur certification de spécialiste. Une IPS certifiée est en mesure de suivre sa propre cohorte de patients en toute autonomie et imputabilité »

     

    Peu importe le lieu d’exercice, « la pratique professionnelle de l’IPS ne doit pas être teintée par des besoins autres que ceux des besoins de santé des clientèles », ajoute-t-il. « Le travail en collaboration avec le ou les médecins partenaires ne doit pas être un frein à la pratique autonome de l’IPS », écrit-il, et ce, peu, importe « avec quel médecin » elle travaille. 

     

    Dans sa lettre, le ministre se dit tout de même « ravi » que « certaines contraintes à l’optimisation de la pratique » des IPS aient été levées. En effet, le CMQ et l’OIIQ se sont entendus sur la majorité des points pour l’élaboration du nouveau règlement. Par exemple, il prévoit l’abolition des listes de médicaments, d’analyses de laboratoire et d’examens diagnostic que les IPS sont autorisées ou non à prescrire, ainsi que le droit pour les IPS de première ligne de pratiquer en CHSLD.













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