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    Aide médicale à mourir

    Rassurer et accompagner médecins et patients

    23 septembre 2016 | David Lussier - MD, FRCPC, médecin gériatre à l’Institut de gériatrie de Montréal du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, et membre de la Commission sur les soins de fin de vie du Québec | Santé
    «Accompagner un patient et ses proches vers la mort et, surtout, administrer un soin qui la provoque, est une expérience très difficile pour les médecins, sur le plan humain et personnel autant que professionnel», écrit l'auteur.
    Photo: iStock «Accompagner un patient et ses proches vers la mort et, surtout, administrer un soin qui la provoque, est une expérience très difficile pour les médecins, sur le plan humain et personnel autant que professionnel», écrit l'auteur.

    Au cours des dernières semaines, certains, dont des médecins, ont formulé de vives critiques à l’égard de la Commission sur les soins de fin de vie du Québec (CSFV). Les médias ont également rapporté des cas de personnes dont la demande d’aide médicale à mourir (AMM) a été refusée, pour diverses raisons. En tant que médecin membre de la CSFV, je ressens le besoin de sortir du devoir de réserve que je m’étais imposé, afin d’apporter des clarifications qui, je l’espère, pourront rassurer à la fois mes collègues médecins et la population. M’étant plusieurs fois exprimé en faveur de l’AMM et ayant travaillé à sa mise en application, on ne peut certes mettre en doute mon ouverture quant à ce soin.

     

    Le mandat de la CSFV est, en résumé, d’évaluer l’application de la Loi sur les soins de fin de vie. Bien que ce mandat dépasse l’AMM, la CSFV a surtout été occupée, depuis sa formation, à l’évaluation des AMM administrées, afin de s’assurer qu’elles respectaient les critères d’admissibilité énoncés par la Loi. Après l’administration de l’AMM, le médecin doit remplir un formulaire et le transmettre à la CSFV. Dans ce formulaire, développé par le ministère de la Santé et des Services sociaux et non par la CSFV, le médecin doit fournir les informations permettant à la CSFV de déterminer si l’AMM a été administrée de façon conforme à la Loi. Si, à la lumière des informations du formulaire (la CSFV n’a pas accès au dossier médical), il est impossible d’en venir à une conclusion, la CSFV demande un complément d’information au médecin. Certains déplorent le nombre élevé de demandes d’information effectué par la CSFV et l’associent même à de l’intimidation. Or, il ne s’agit que d’une demande d’information, lorsqu’on n’a pas répondu à une question, ou qu’on y a répondu partiellement, de manière illisible. Une demande d’information ne doit absolument pas être interprétée comme un blâme. Ce n’est qu’une question, afin que la CSFV puisse évaluer l’AMM adéquatement. Si le formulaire ne contenait qu’une liste de critères d’admissibilité à cocher, sans justification, le travail des 11 membres de la Commission serait inutile puisqu’aucun médecin ne rapporterait une AMM non conforme à la Loi.

     

    Évaluer l’acte médical

     

    Certains ont également reproché à la CSFV d’évaluer l’acte médical alors qu’elle n’en a pas la compétence. Or, l’évaluation de l’acte médical ne fait aucunement partie des évaluations de la CSFV. Si, à la lumière des informations contenues sur le formulaire, la CSFV ne peut conclure que l’AMM a été administrée conformément à la Loi, elle confie le cas au Collège des médecins du Québec, qui, lui, évalue l’acte médical, ce qui relève de sa compétence. Pour cette raison, il est tout à fait possible qu’une AMM ait été jugée non conforme à la Loi et qu’il n’y ait eu aucune faute médicale puisque la CSFV doit s’en tenir au cadre de la Loi.

     

    L’accompagnement d’un patient qui demande une aide médicale à mourir n’est certes pas facile pour un médecin. Nous avons tous voulu devenir médecins pour aider nos patients à vivre, le mieux possible et le plus longtemps possible. Accompagner un patient et ses proches vers la mort et, surtout, administrer un soin qui la provoque, est une expérience très difficile pour les médecins, sur le plan humain et personnel autant que professionnel.

     

    Étant impliqué au sein du groupe de soutien de mon établissement, ayant discuté avec plusieurs médecins ayant administré une AMM et ayant moi-même évalué des patients l’ayant demandée, j’en suis tout à fait conscient. Les médecins qui accompagnent ces patients n’ont certes pas besoin d’être réprimandés ou accusés de quoi que ce soit. Ils ont besoin d’être informés et accompagnés dans cette démarche, afin d’aider leur patient. Il serait très dommage que les demandes d’information de la CSFV soient mal perçues et découragent certains médecins d’offrir ce soin à leurs patients qui le demandent.

     

    Les évaluations des formulaires de déclaration d’AMM sont effectuées en plénière par les 11 membres de la CSFV. Afin de rassurer la population, je peux vous assurer que, en aucune occasion, les prises de position antérieures de membres de la CSFV n’ont influencé les discussions et conclusions.

     

    Situations difficiles

     

    L’aspect totalement nouveau de ce soin, le flou juridique qui persiste malheureusement, ainsi que les pressions de militants favorables ou opposés, rendent ces situations difficiles pour tous. Les personnes atteintes de maladies dégénératives sévères et leurs médecins ont besoin d’être soutenus. Il est donc impératif qu’un effort soit fait par toutes les instances impliquées dans ce soin afin de mieux informer les médecins et les patients sur la Loi et les critères d’admissibilité, pour éviter des situations malheureuses telles que celles rapportées par les médias et toutes les autres qui n’ont pas été rapportées.

     

    Il est impossible pour la CSFV d’évaluer tous ces cas, entre autres car plusieurs patients ne peuvent même pas faire une demande formelle d’AMM. C’est donc plutôt par un dialogue et une collaboration exemplaires à tous les niveaux, afin d’aplanir les obstacles organisationnels ou idéologiques, que nous pourrons nous assurer que ceux qui le désirent puissent mourir dans la dignité, comme le souhaite la société québécoise et le prévoit la Loi sur les soins de fin de vie.













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