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    Troubles d’apprentissage graves

    L’école Vanguard donne l’espoir de réussir

    24 septembre 2016 | Martine Letarte - Collaboration spéciale | Santé
    « Tous nos enseignants sont formés en adaptation scolaire ou sont des orthopédagogues », mentionne Stéphane Proulx, le directeur des services pédagogiques.
    Photo: École Vnaguard « Tous nos enseignants sont formés en adaptation scolaire ou sont des orthopédagogues », mentionne Stéphane Proulx, le directeur des services pédagogiques.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.
     

    Dans ses classes de primaire et de secondaire, francophones comme anglophones, l’école Vanguard accueille plus de 1000 étudiants avec des difficultés d’apprentissage graves et un retard académique. L’équipe multidisciplinaire de l’établissement scolaire conduit la grande majorité d’entre eux sur le chemin de la réussite.


    Il y a une dizaine d’années, un élève avec une déficience langagière — un code 34 dans le jargon — est arrivé à Vanguard, une école montréalaise spécialisée pour les élèves avec des troubles d’apprentissage. Stéphane Proulx, directeur des services pédagogiques, venait d’assister à une rencontre dans le milieu de l’éducation lors de laquelle on avait clairement dit qu’il n’était pas possible d’envisager un diplôme de cinquième secondaire pour les élèves avec un code 34. Pour lui, toutefois, impossible de renoncer à l’espoir. Cet élève a finalement été l’un des premiers « code 34 » à obtenir son diplôme à l’école Vanguard.

     

    « Depuis, nous en avons diplômé plusieurs, se réjouit Stéphane Proulx. On ne réussit pas à tout coup, mais il faut toujours y croire. »

     

    Pourtant, plusieurs pourraient se décourager en regardant les chiffres de l’école, qui offre les programmes réguliers du primaire et du secondaire. On y trouve 1042 élèves, donc 1042 plans d’intervention. Près de 60 % des élèves ont un déficit de l’attention. Tous sont arrivés avec au moins deux ans de retard académique.

     

    « La majorité de notre clientèle a des difficultés importantes sur le plan de l’écriture et de la lecture et une grande partie a aussi des problèmes associés, comme de l’anxiété », ajoute M. Proulx.

     

    Pourtant, depuis deux ans, le taux de réussite aux épreuves du ministère en quatrième et en cinquième secondaires a été supérieur à 95 %.

     

    Une école à part

     

    De tels résultats ne sont pas le fruit du hasard. L’école Vanguard se donne l’objectif ambitieux d’adapter ses structures aux besoins des élèves plutôt que de demander aux élèves de s’adapter à ses structures.

     

    Par exemple, les élèves ont l’option de scinder le premier secondaire pour le faire en deux ans. Puis, les changements d’enseignants sont limités au maximum.

     

    « L’enseignant est titulaire généralement du français, des mathématiques et d’une matière complémentaire, en plus de diriger les plans d’intervention, alors il connaît ses élèves par coeur », explique le directeur des services pédagogiques.

     

    Ce sont les enseignants qui, généralement, changent de classe, plutôt que les élèves. Les casiers sont aussi en classe.

     

    « On veut le plus possible créer une routine qui sécurise les élèves pour qu’ils puissent s’investir de façon optimale dans leurs apprentissages », explique M. Proulx.

     

    L’école Vanguard, qui opérait auparavant trois établissements dont les classes ont été rapatriées en 2013-2014 dans un immense bâtiment centenaire en bordure du chemin Côte-de-Liesse, mise également sur de petits groupes. Au primaire, ils sont 12 élèves par classe, puis ils terminent leur cinquième secondaire à un maximum de 17. Souvent, des sous-groupes sont formés pour donner un enseignement encore plus personnalisé aux élèves avec plus de difficulté dans une matière.

     

    Mais, ce qui fait toute la différence aux yeux de Stéphane Proulx, c’est l’expertise du personnel.

     

    « Tous nos enseignants sont formés en adaptation scolaire ou sont des orthopédagogues », mentionne-t-il.

     

    Pour soutenir les enseignants et intervenir selon les besoins, l’école Vanguard a aussi plusieurs orthopédagogues, orthophonistes, psychologues et, depuis cette année, éducateurs spécialisés.

     

    L’école crée également des outils pour se faciliter la tâche comme une base de donnée informatisée qui facilite grandement la gestion et la mise en application des 1042 plans d’intervention.

     

    « On y trouve l’ensemble des moyens mis en place pour permettre à l’élève de réussir et tous les intervenants y ont accès et peuvent le modifier en cours d’année », indique M. Proulx en précisant que cet outil est maintenant commercialisé pour que d’autres écoles puissent en bénéficier.

     

    École privée à vocation sociale

     

    Avec tous ces services, on pourrait penser que fréquenter cette école privée coûte une petite fortune. Or, puisqu’elle vient répondre à des besoins bien particuliers dans la société, ses services sont 100 % subventionnés par l’État.

     

    « Notre école est en quelque sorte le prolongement des commissions scolaires, explique Stéphane Proulx. Lorsqu’elles ne peuvent plus scolariser des élèves parce qu’elles n’ont plus les services nécessaires pour répondre à leurs besoins, elles nous les réfèrent. Nous devons prioriser ces élèves qui nous sont confiés avec une entente de scolarisation. Maintenant, ils représentent 70 % de notre clientèle, alors que c’était 34 % il y a 10 ans. »

     

    Mais, même lorsqu’on fournit tous ces services, la réussite n’est pas garantie.

     

    « Un élève avec des troubles d’apprentissage doit toujours travailler deux ou trois fois plus que les autres, affirme Stéphane Proulx. Nous le prenons souvent au plus bas, nous l’amenons à prendre conscience de ses difficultés et des moyens qu’il peut utiliser pour avoir une meilleure emprise sur ses apprentissages et graduellement, l’amener à vivre des réussites et à s’épanouir. »

     

    Pour les parents, la réussite de leur enfant se traduit généralement par l’obtention du diplôme d’études secondaires.

     

    « On essaye toujours très fort d’y arriver, mais parfois, ce n’est pas possible et on le voit rapidement », constate M. Proulx.

     

    Pour ces élèves, l’école Vanguard a lancé il y a une vingtaine d’années une entreprise alimentaire dans laquelle ils peuvent réaliser un petit programme axé sur l’emploi. « Ce sont eux qui nourrissent tous les élèves et le personnel de l’école, explique M. Proulx. Ils gèrent toutes les facettes de l’entreprise : le budget, les achats, la production, l’hygiène et la salubrité. C’est très valorisant pour eux et ça leur donne une première expérience de travail. Ensuite, nous les aidons à se trouver un stage à l’extérieur dans un domaine qui les intéresse pour qu’ils puissent se trouver un emploi par la suite. »

     

    Une trentaine d’élèves suivent cette voie à l’école Vanguard.

     

    « C’est une autre façon de vivre une réussite et d’anciens élèves qui sont passés par là ont fait de belles réalisations et plusieurs gagnent très bien leur vie, constate M. Proulx. L’objectif est que chacun trouve sa voie et devienne un atout pour la société. »


    Un agrandissement, de grandes ambitions L’école Vanguard termine la construction d’une nouvelle phase avec un gymnase supplémentaire, une scène, notamment pour les élèves impliqués dans les activités d’art dramatique, ainsi qu’une salle pour l’ergothérapie.

    À la suite de cet agrandissement, la direction de l’école souhaite permettre à son centre d’expertise, créé en 2012, de prendre de l’expansion. Il offre déjà des formations à des intervenants et des services à des élèves d’autres écoles, comme du tutorat.

    « Nous souhaitons que notre centre d’expertise devienne maintenant une école associée à l’Université de Montréal où les chercheurs pourraient venir réaliser des études et se pencher sur différentes problématiques vécues par nos enseignants et professionnels sur le terrain », explique Stéphane Proulx, qui travaille sur le projet depuis cinq ans.

    Il souhaite ainsi rapprocher les gens du terrain et les universitaires pour qu’ils soient constamment en mode réflexion et action. « La communauté pourra aussi en bénéficier rapidement », ajoute-t-il, en espérant que le tout se concrétise cette année.












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