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    Opioïdes: l’Ontario cessera de rembourser, le Québec n’emboîte pas le pas

    26 juillet 2016 |Philippe Orfali | Santé
    En 2015, les médecins ontariens ont signé 8,1 millions d’ordonnances pour des opioïdes en tout genre.
    Photo: iStock En 2015, les médecins ontariens ont signé 8,1 millions d’ordonnances pour des opioïdes en tout genre.

    Même si leur usage au Canada atteint des « proportions épidémiques », le Québec n’a pas, dans l’immédiat, l’intention de resserrer la réglementation entourant la prescription d’opioïdes tels que le fentanyl ou la morphine, comme l’a annoncé lundi l’Ontario.

     

    Inquiétée par le « problème croissant » de la dépendance aux analgésiques, l’Ontario devient la première province à cesser de payer pour les fortes doses d’opioïdes. Dès janvier 2017, ces analgésiques à plus forte concentration (200 mg et plus) seront exclus du Programme de médicaments de l’Ontario (PMO), qui couvre les coûts des médicaments des personnes de 65 ans et plus, et des bénéficiaires de l’aide sociale, notamment. Cette décision est la « première étape » visant à s’attaquer aux problèmes de dépendance aux opioïdes, a indiqué le Dr Eric Hoskins, ministre de la Santé de l’Ontario.

     

    Pourtant, son homologue québécois, le Dr Gaétan Barrette, a indiqué au Devoir ne pas souhaiter emboîter le pas à la province voisine, pour l’instant.

     

    C’est que l’usage abusif d’opiacés est moins répandu au Québec, explique le ministre de la Santé. « Il y a une tendance [chez les médecins] à aller très vite vers les opiacés à forte dose, c’est ce qui semble poser problème dans d’autres provinces. Le Québec n’est pas rendu aussi loin dans l’évolution de ce problème. On est à une étape [dans les tendances de consommation des opioïdes] où l’on peut réfléchir, avant de légiférer. » Il admet toutefois que certains « signaux » laissent entendre que l’émission d’ordonnances d’opiacés connaîtrait une croissance au Québec.

     

     

    Une limite imparfaite

     

    En 2015, les médecins ontariens ont signé 8,1 millions d’ordonnances pour des opioïdes en tout genre, contre près de quatre millions d’ordonnances au Québec, selon des données compilées à la demande du Devoir par IMS Brogan, qui fournit des données sur les ventes de médicaments. « Le Canada est le premier consommateur d’opioïdes au monde », souligne la Dre Marie-Ève Goyer, du Centre de recherche et d’aide pour narcomanes (CRAN).

     

    Elle qualifie l’approche ontarienne d’arme à double tranchant, la limite de 200 mg étant « imparfaite ». Cette dose peut être nécessaire pour certains patients, tandis que d’autres peuvent être dépendants de doses bien inférieures, dit-elle. « L’autre problème, c’est que bien traiter un patient, ça prend du temps. Et présentement, on nous demande d’avoir de plus en plus de patients, et de les voir de plus en plus rapidement », dit-elle.

     

    Directeur de la clinique de douleur chronique du Centre universitaire de santé McGill, le Dr Yoram Shir montre lui aussi du doigt le peu de temps dont disposent les médecins pour traiter leurs patients. Il juge que les médecins généralistes québécois et canadiens doivent être mieux formés pour répondre aux besoins de leurs patients souffrant réellement de douleur chronique. « Certains médecins passent aussi peu que sept minutes avec leurs patients. Les narcotiques deviennent dès lors une solution rapide à la douleur, mais parfois ni le médecin ni le patient ne comprennent les risques liés à la dépendance, qui sont très graves. » Il ne se montre pas emballé par l’approche de Queen’s Park. « Si un patient est véritablement dépendant, il se tournera vers le marché noir. »

     

    « La douleur chronique, c’est plus qu’une ordonnance, poursuit-il. La solution à la douleur, c’est le comportement, l’éducation, la physiothérapie, l’exercice… Mais on est dans un monde où on doit avaler une pilule pour régler son problème. »

     

    Pour s’attaquer au problème, un groupe de travail du Collège des médecins planche actuellement sur un nouveau guide de pratiques concernant les opioïdes, à l’intention des médecins québécois. Et la ministre fédérale de la Santé, Jane Philpott, entend tenir un sommet sur la question à l’automne. Ottawa a également présenté un plan visant notamment à soutenir l’amélioration des pratiques d’ordonnance, à réduire la facilité d’accès aux opioïdes inutiles et à soutenir l’amélioration des traitements proposés aux patients.













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