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    Néolibéralisme: le mal de notre époque

    6 août 2016 | Claude Lafleur - Collaboration spéciale | Santé
    Une des conséquences du néolibéralisme a été l’instauration d’une économie basée sur le capital et la finance, et non plus sur le travail.
    Photo: Greg Baker Agence France-Presse Une des conséquences du néolibéralisme a été l’instauration d’une économie basée sur le capital et la finance, et non plus sur le travail.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    Depuis les années 1980, nous vivons à l’ère du néolibéralisme et, comme le relate le sociologue en sciences politiques Ron Labonté, on constate à présent les conséquences de l’application de cette théorie économique.


    « Ce que nous observons actuellement, à l’échelle de l’économie planétaire, repose sur le concept du néolibéralisme, c’est-à-dire sur un ensemble de principes et de politiques économiques qui stipule que la meilleure façon d’apporter la richesse au plus grand nombre, c’est le libre marché et le libre-choix des individus dans une économie aussi peu réglementée que possible. Or, on le constate, le néolibéralisme a totalement échoué ! »

     

    Voilà le constat que dressera Ronald Labonté, sociologue en santé publique et en sciences politiques, à l’occasion de la grande conférence qu’il prononcera au Forum social mondial.

     

    Ce professeur enseigne à l’École d’épidémiologie, de santé publique et de médecine préventive de l’Université d’Ottawa, où il dirige également la Chaire de recherche sur la mondialisation et la santé. À ce titre, il étudie l’impact des politiques économiques sur la santé.

     

    Tyrannie des gouvernements ou du « 1 % » ?

     

    Le concept du néolibéralisme est apparu dans les années 1940, sous l’impulsion d’économistes tels que Milton Friedman, de l’École des sciences économiques de Chicago, rappelle Ronald Labonté. « L’idée de laisser libre cours au marché et aux individus, comme étant la meilleure façon de favoriser le développement économique, vient de ce que certains craignent avant tout la tyrannie des gouvernements », explique-t-il. Il faut aussi dire que certains des penseurs du néolibéralisme avaient connu l’oppression stalinienne. « On comprend donc un peu leurs craintes », admet le chercheur. En outre, ceux-ci considéraient que l’économie est une sphère d’activité trop complexe pour être gérée par des politiciens et qu’il valait mieux laisser faire les marchés.

     

    « Le néolibéralisme n’a été qu’une théorie jusqu’aux années 1970-1980 », fait remarquer Ronald Labonté. Or, à l’époque, il y avait une forte inflation ainsi que d’importants taux de chômage alors que le monde galopait d’une crise économique à l’autre. C’est dans ces circonstances que cette théorie s’est imposée, particulièrement à la suite de l’élection de gouvernements de droite dans trois des grandes puissances économiques que sont les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Allemagne.

     

    Et depuis cette époque, on assiste à une prodigieuse concentration de la richesse dans les mains d’une poignée d’individus, le fameux 1 % des plus riches. « Une foule d’études montrent clairement que l’apparition de ce 1 % découle directement des politiques néolibérales, rapporte M. Labonté. C’est ainsi que cette théorie a totalement échoué dans ce qu’elle devait faire, à savoir répartir la croissance économique au plus grand nombre possible. »

     

    On observe même que les pays qui ont connu la plus forte croissance sont justement ceux qui n’ont pas appliqué les politiques du néolibéralisme, notamment les pays du Sud-Est asiatique, « qu’on qualifie de tigres économiques », souligne ironiquement le Pr Labonté.

     

    Dévalorisation du travail

     

    Concrètement, au cours des quarante dernières années, on a assisté à une baisse systématique des taxes et des impôts prélevés par nos gouvernements, les pays étant mis en concurrence les uns contre les autres sur le plan purement économique. « Les sommes qu’on récolte à présent sous forme de taxes et d’impôts sont dérisoires par rapport à ce qu’on prélevait autrefois », constate le chercheur, ce qui affaiblit d’autant nos gouvernements et appauvrit les populations.

     

    « Dans les faits, le néolibéralisme — c’est-à-dire la libéralisation des marchés — a tout droit conduit à la catastrophe financière de 2008,poursuit-il. Et voilà que maintenant — le néolibéralisme ayant échoué —, on nous impose des mesures d’austérité qui nous appauvrissent davantage ! »

     

    Il s’en suit qu’on assiste un peu partout à travers la planète à des révoltes et à des crises humanitaires majeures. C’est ainsi qu’on dénombre actuellement 65 millions de réfugiés et de déplacés, note M. Labonté, soit davantage qu’en toute autre époque de l’histoire de l’humanité.

     

    Une autre conséquence du néolibéralisme a été l’instauration d’une économie basée sur le capital et la finance, et non plus sur le travail. Autrefois, la meilleure façon pour un individu comme pour une société de s’enrichir, c’était par le travail. Or, voici que celui-ci est de moins en moins valorisé, avec pour conséquence que les salaires diminuent et les emplois deviennent de plus en plus précaires, alors que l’enrichissement se fait par placements et transactions purement financières. C’est de cette façon que la richesse se concentre dans les mains d’une minorité de gens, alors que la grande majorité est laissée à elle-même.

     

    De surcroît, l’économie financière ne comptabilise pas ce que les économistes appellent les « externalités » à leurs activités, c’est-à-dire les impacts non comptables de celles-ci, notamment sur la société et sur l’environnement (pollution, appauvrissement, stress, détresse physique et psychologique, etc.). Or, comme le constate Ronald Labonté, à l’heure des changements climatiques, on ne peut plus ignorer les impacts « externalisés » de nos activités.

     

    « Le modèle économique que nous appliquons en ce moment est une faillite totale ! » tranche-t-il.

     

    Ce chercheur en sciences politiques n’est pourtant pas démoralisé pour autant ni même pessimiste, puisque des solutions existent. « Si seulement, par exemple, on prélevait une toute petite taxe sur toutes les transactions financières effectuées à travers le monde, on pourrait facilement récolter de 8000 à 9000 milliards par année, ce qui nous permettrait de financer nos programmes de santé et d’éducation, le développement de technologies vertes, notre affranchissement du pétrole et la mise en oeuvre d’une économie durable. On n’est donc pas à court de solutions… à condition toutefois de se défaire du joug que l’économie financière nous impose. »

     

    « On a donc de bonnes raisons d’être optimistes, enchaîne Ronald Labonté, comme je le relaterai lors de ma présentation au Forum social mondial, car autrement, jamais nous ne parviendrons à nous sortir du marasme économique dans lequel nous sommes plongés. »













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