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    Les cliniques sans médecin bourgeonnent... au privé

    8 juillet 2016 | Isabelle Porter à Québec | Santé
    À la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec, on se désole que ces cliniques sans médecin se forment au privé.
    Photo: Renaud Philippe Le Devoir À la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec, on se désole que ces cliniques sans médecin se forment au privé.

    Les cliniques privées sans médecin occupent une place grandissante en marge du système de santé publique. Jeudi, deux infirmiers de la capitale las d’attendre que le système public fasse de la place aux cliniques sans médecin ont lancé la première bannière du secteur baptisée « Infirmia ».

     

    Dans un monde idéal, Isabelle Lechasseur et son collègue, David Tremblay-Deschênes, affirment qu’ils préféreraient offrir ces services de première ligne au sein du réseau public, mais jugent que ce n’est pas possible pour le moment. Ne risquent-ils cependant pas de légitimer l’abandon par le gouvernement de services publics ? David Tremblay-Deschênes rétorque qu’ils en avaient assez d’attendre que les institutions changent. « On s’est dit que comme professionnels, il fallait passer à l’action. On sait que le modèle privé peut susciter des questionnements », dit-il. Isabelle Lechasseur indique qu’ils n’excluent pas de « négocier à moyen ou long terme » avec le ministère.

     

    À l’heure actuelle, le nombre de cliniques privées gérées par des infirmières praticiennes spécialisées, dites « superinfirmières », est très restreint au Québec, mais selon Mme Lechasseur, cofondatrice d’Infirmia, l’intérêt des membres de la profession est immense. « Quand on a ouvert notre première clinique en 2014, on a eu une grande réponse des infirmières. C’était très mobilisateur pour elles. Elles voyaient ça comme une manière de sortir du carcan du réseau public où il y a beaucoup d’irritants et de frustrations. On a eu beaucoup, beaucoup de demandes d’infirmières. »

     

    Aujourd’hui, les partenaires d’affaires regroupent trois cliniques privées sans médecin qui fonctionnent sur le modèle de la coopérative de solidarité SABSA, située dans la basse-ville de Québec et seule clinique du genre financée par le public. Cette année, SABSA a craint d’être forcée de fermer ses portes, faute d’engagement financier de la part de Québec.

     

    Isabelle Lechasseur est d’ailleurs l’une des initiatrices de la campagne de sociofinancement pour sauver la clinique SABSA, qui a eu du mal à renouveler son financement auprès du ministère de la Santé. « C’est important pour nous que les gens vulnérables ne soient pas laissés à eux-mêmes », dit-elle.

     

    Indifférence et inquiétude

     

    À propos de la création du réseau privé, le cabinet du ministre de la Santé, Gaétan Barrette, avait peu à dire jeudi. « [Les infirmières] ont le droit de le faire », a répondu l’attachée de presse du ministre, Julie White. « On n’a pas de commentaires particuliers à faire là-dessus. »

     

    À la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), par contre, on ne voyait pas l’annonce d’un très bon oeil. Le syndicat qui milite depuis des années pour qu’on donne plus de place aux infirmières praticiennes spécialisées dans le système public se désole que ces cliniques sans médecin se forment au privé. « Les soins de santé au Québec ne devraient pas être payants, répond la vice-présidente, Line Larocque. C’est encore un système à deux vitesses. Les gens qui n’ont pas la capacité financière pour se payer ça vont encore devoir attendre des heures à l’urgence. »

     

    Le prix de l’accessibilité

     

    Isabelle Lechasseur et David Tremblay-Deschênes ont regroupé trois cliniques infirmières privées existantes dans la région de Québec. D’ici un an, ils prévoient de s’être établis à Montréal et dans l’est du Québec. « Notre ambition, c’est d’ouvrir plusieurs cliniques à travers le Québec », avance M. Tremblay-Deschênes, qui est lui-même infirmier praticien spécialisé en soins de première ligne.

     

    « Les infirmières sont propriétaires de leur pratique au sein de notre réseau », ajoute sa collègue, qui est elle-même bachelière en soins infirmiers. « Elles gèrent leur clinique et leur personnel et font affaire avec mon autre entreprise qui offre des soins à domicile et du placement de personnel. »

     

    Divers services peuvent être offerts, comme le traitement d’infections (otites, sinusites, conjonctivites, etc.), des infections transmises sexuellement, la vaccination, le soin de plaies, des verrues, les suivis pédiatriques, etc.

     

    Les trois cliniques du réseau Infirmia comptent actuellement 15 infirmières qui peuvent traiter au total jusqu’à 200 patients par jour, précise Mme Lechasseur. Elles sont ouvertes 24 heures sur 24 et offrent des soins à domicile à des gens qui n’y auraient pas accès, ajoute M. Tremblay-Deschênes. « Dans le réseau public, pour avoir accès au service à domicile, ça prend un paquet de conditions. » Il donne l’exemple d’une aidante naturelle qui les a contactés. « Elle devait [subir] des prélèvements sanguins mais [avait] seulement deux heures de répit, alors c’était difficile pour elle de se présenter à l’hôpital. Elle nous a contactés, on s’est rendus chez elle, elle a pu continuer à assister la personne dont elle s’occupait. »

     

    Or, tout cela a un prix. « C’est accessible pour la classe moyenne », résume Mme Lechasseur. « On veut vraiment rendre ça le plus abordable possible. » Tout de même, pour un problème simple comme une infection urinaire par exemple, il faut compter 30 $ pour l’ouverture du dossier et 70 $ pour le traitement, pour un total de 100 $.

     

    La création d’une bannière vise-t-elle à tuer la concurrence ? « Il existe plusieurs bannières de pharmacies au Québec et elles ont chacune leur force », rétorque David Tremblay-Deschênes. « On a des communications avec les autres cliniques d’infirmières », ajoute son associée.













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