Don d’organes et aide médicale à mourir forment un alliage délicat

La Commission de l’éthique en science et en technologie s’est penchée sur le don d’organes en contexte d’aide médicale à mourir et rendait ses recommandations publiques mercredi dans le cadre du congrès de l’Acfas.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La Commission de l’éthique en science et en technologie s’est penchée sur le don d’organes en contexte d’aide médicale à mourir et rendait ses recommandations publiques mercredi dans le cadre du congrès de l’Acfas.

La légalisation de l’aide médicale à mourir ne doit pas ouvrir la porte à des pressions indues pour convaincre les malades admissibles à donner leurs organes, conclut la Commission de l’éthique en science et en technologie (CEST).

 

Alors que le projet de loi fédéral sur l’aide à mourir est en voie de franchir les dernières étapes avant l’adoption, cette nouvelle pratique continue de soulever des enjeux. La CEST s’est penchée sur le don d’organes en contexte d’aide médicale à mourir et rendait ses recommandations publiques mercredi dans le cadre du congrès de l’Acfas.

 

Ces deux demandes étant conciliables, statue la CEST, l’ensemble des institutions responsables doit mettre en place les conditions nécessaires. Un patient devrait voir sa demande médicale à mourir traitée en tout premier lieu, et surtout, indépendamment du don d’organes. Le processus relié à cette double demande doit donc impérativement relever d’équipes distinctes. « Il doit y avoir une parfaite étanchéité entre les deux », a répété Édith Deleury, présidente de la CEST.

 

Zones grises

 

La grande inquiétude concerne l’amalgame possible : « On pourrait penser que l’on fait pression sur la personne pour pouvoir se procurer ses organes et on ne veut surtout pas établir de cause à effet entre les deux », a insisté Mme Deleury.

 

Les lignes sont en effet minces dans ces débats faits de zones grises et d’équilibre entre la dignité du patient, sa volonté et celle de sa famille, et les pénuries d’organes pour sauver d’autres vies. Comment le personnel soignant peut-il informer les personnes admissibles sans avoir l’impression d’exercer une influence ou de carrément « solliciter » ? La formation des professionnels et un protocole clair sont les deux aspects à privilégier pour passer à travers « ce gros changement de culture », tel que le nommait une autre panéliste, Marie-José Clermont, du CHU Sainte-Justine.

 

Elle s’inquiétait de mettre en place ces mécanismes rapidement puisque la situation d’une double demande pourrait se présenter « dès aujourd’hui ou demain », rappelait-elle. Une cinquantaine de Québécois ont déjà reçu de l’aide médicale à mourir, grâce à la loi entrée en vigueur en décembre dernier.

 

Manon Chevalier, médecin gériatre qui a assisté au panel, faisait quant à elle remarquer que le don d’organes ne correspond pas « au type de mort », c’est-à-dire aux « conditions idéales » souhaitées par les demandeurs d’aide médicale. La personne en fin de vie doit donc être clairement informée qu’elle ne pourra pas mourir à la maison, mais plutôt dans une salle d’opération dans un établissement où le prélèvement est possible.

 

Ce cas de figure demeurera cependant rare, puisque environ 90 % des gens émettant cette demande sont trop atteints pour que leurs organes redonnent la vie. La Commission souligne par ailleurs que le don d’organes peut permettre de donner un sens à la mort. Et qu’encore ici, cet argument ne peut être utilisé pour convaincre qui que ce soit.
 

2 commentaires
  • Yvon Bureau - Abonné 12 mai 2016 07 h 09

    Mourir par dons

    Article fort intéressant. Merci.

    Ajouts.

    Le Jugement unanime de la Cour suprême du Canada du 6 février 2015, va amener, après le 6 juin, des personnes qui seront à la fin de leur vie. Ainsi, ils ne seront pas nécessairement en fin de vie, malades, très malades, infiniment malades. Ils seront à la fin de leur vie, selon les critères de la conclusion de ce jugement. Autre donne, chercheurs!

    Et si des personnes en fin de vie et ou à la fin de leur vie, exigible à l’AMAM et l’ayant demandée, terminaient leur vie par don d'organes, incluant cœur et poumons, sous anesthésie?

    J'ai déjà présenté un scénario de film; ce ne fut pas retenu. Il était question d'une personne condamnée à mort, pour plusieurs meurtres; dans un État américain où la peine de mort est. Pleine de remords, elle s'est mise en forme physique et mentale. Tous les tests ont eu lieu. Compatibilités avec plusieurs receveurs potentiels. Rencontre des receveurs choisis. Émotions+++. Et le Jour venu, n’ayant pas pu recevoir le Pardon de l’État, elle entra, avec joie et en paix, sereine même, pour l'anesthésie générale et le don de ses organes sains. Quasi saints. Ce fut le Jour D. Jour du Pardon par dons.

  • Christian Debray - Abonné 13 mai 2016 09 h 26

    Une seule solution

    Seule solution
    Il n’y a qu’une seule solution possible dans le cas qui nous occupe, il faut interdire tous dons d’organe pour les gens qui choisissent l’euthanasie ou le suicide assisté. Les personnes qui désirent être généreuses devront s’en remettre aux soins palliatifs.
    Toutes autres dispositions ouvrent la porte aux jeux de la corruption donc aussi à l’assassinat. Pour ceux qui ne le croient pas, lire les journaux SVP.