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    Don d’organes et aide médicale à mourir forment un alliage délicat

    Des chercheurs recommandent d’ériger un mur étanche entre les pratiques

    12 mai 2016 |Sarah R. Champagne | Santé
    La Commission de l’éthique en science et en technologie s’est penchée sur le don d’organes en contexte d’aide médicale à mourir et rendait ses recommandations publiques mercredi dans le cadre du congrès de l’Acfas.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La Commission de l’éthique en science et en technologie s’est penchée sur le don d’organes en contexte d’aide médicale à mourir et rendait ses recommandations publiques mercredi dans le cadre du congrès de l’Acfas.

    La légalisation de l’aide médicale à mourir ne doit pas ouvrir la porte à des pressions indues pour convaincre les malades admissibles à donner leurs organes, conclut la Commission de l’éthique en science et en technologie (CEST).

     

    Alors que le projet de loi fédéral sur l’aide à mourir est en voie de franchir les dernières étapes avant l’adoption, cette nouvelle pratique continue de soulever des enjeux. La CEST s’est penchée sur le don d’organes en contexte d’aide médicale à mourir et rendait ses recommandations publiques mercredi dans le cadre du congrès de l’Acfas.

     

    Ces deux demandes étant conciliables, statue la CEST, l’ensemble des institutions responsables doit mettre en place les conditions nécessaires. Un patient devrait voir sa demande médicale à mourir traitée en tout premier lieu, et surtout, indépendamment du don d’organes. Le processus relié à cette double demande doit donc impérativement relever d’équipes distinctes. « Il doit y avoir une parfaite étanchéité entre les deux », a répété Édith Deleury, présidente de la CEST.

     

    Zones grises

     

    La grande inquiétude concerne l’amalgame possible : « On pourrait penser que l’on fait pression sur la personne pour pouvoir se procurer ses organes et on ne veut surtout pas établir de cause à effet entre les deux », a insisté Mme Deleury.

     

    Les lignes sont en effet minces dans ces débats faits de zones grises et d’équilibre entre la dignité du patient, sa volonté et celle de sa famille, et les pénuries d’organes pour sauver d’autres vies. Comment le personnel soignant peut-il informer les personnes admissibles sans avoir l’impression d’exercer une influence ou de carrément « solliciter » ? La formation des professionnels et un protocole clair sont les deux aspects à privilégier pour passer à travers « ce gros changement de culture », tel que le nommait une autre panéliste, Marie-José Clermont, du CHU Sainte-Justine.

     

    Elle s’inquiétait de mettre en place ces mécanismes rapidement puisque la situation d’une double demande pourrait se présenter « dès aujourd’hui ou demain », rappelait-elle. Une cinquantaine de Québécois ont déjà reçu de l’aide médicale à mourir, grâce à la loi entrée en vigueur en décembre dernier.

     

    Manon Chevalier, médecin gériatre qui a assisté au panel, faisait quant à elle remarquer que le don d’organes ne correspond pas « au type de mort », c’est-à-dire aux « conditions idéales » souhaitées par les demandeurs d’aide médicale. La personne en fin de vie doit donc être clairement informée qu’elle ne pourra pas mourir à la maison, mais plutôt dans une salle d’opération dans un établissement où le prélèvement est possible.

     

    Ce cas de figure demeurera cependant rare, puisque environ 90 % des gens émettant cette demande sont trop atteints pour que leurs organes redonnent la vie. La Commission souligne par ailleurs que le don d’organes peut permettre de donner un sens à la mort. Et qu’encore ici, cet argument ne peut être utilisé pour convaincre qui que ce soit.
     













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