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    SABSA, un modèle exemplaire

    4 mai 2016 | Jean-Pierre Girard - Expert-conseil international en entreprises collectives et chargé de cours à l’École des sciences de la gestion de l’UQAM | Santé
    La coopérative SABSA compose avec une hybridation des ressources, salariées et bénévoles.
    Photo: Renaud Philippe Le Devoir La coopérative SABSA compose avec une hybridation des ressources, salariées et bénévoles.

    Le Geneva Health Forum (GHF) est un prestigieux forum international favorisant le dialogue nord-sud sur une variété de sujets liés à la santé. Se tenant tous les deux ans dans la ville éponyme de Suisse, il ne s’agit pas d’une rencontre portant sur une dimension précise de la santé, mais ouverte à une pluralité d’innovations techniques et sociales s’inscrivant dans les grands enjeux qui touchent les systèmes de santé. On y dénombre plus de 1000 participants, professionnels de la santé, administrateurs, élus, intervenants terrain provenant de plusieurs dizaines de pays. Les organisateurs sont les hôpitaux universitaires de Genève et la Faculté de médecine de l’Université de Genève.


    Ayant eu le privilège d’y faire une présentation récemment dans le cadre d’un atelier, je rappelais le caractère novateur de la coopérative de solidarité SABSA (Service à bas seuil d’accessibilité) à Québec. Je ne reprendrai pas ici des dimensions déjà évoquées dans le cadre d’une recherche toute récente menée par des chercheurs de l’Université de Montréal et de l’Université Laval, par exemple le nombre de personnes rejointes, leur situation de vulnérabilité, leur difficulté d’accéder à des ressources du réseau public, l’impact sur les coûts, mais je souhaiterais exposer d’autres aspects moins connus qui en font aussi un cas exemplaire ayant suscité un vif intérêt chez les participants.


    Ainsi, il s’agit d’une coopérative de solidarité, une formule juridique très inclusive à l’apport des diverses parties prenantes concernées par la raison d’être de l’organisation. De ce fait, les patients peuvent devenir membres et donc, avoir une participation tant à la propriété qu’au pouvoir. Ils ont un impact dans l’organisation des services.


    On convient que ce n’est pas le mode dominant dans le système de santé au Québec… la vaste majorité des cliniques appartenant à des intérêts privés et la plupart du temps, à des chaînes de pharmacies. Le patient n’y est qu’un simple consommateur de services. C’est manifestement la même chose dans le réseau public de santé où la récente réforme du ministre Barrette a réduit sensiblement le nombre de sièges réservés à des citoyens dans les conseils d’administration des établissements publics. C’est un euphémisme de dire qu’en 2016, la participation citoyenne dans l’organisation des services de santé au Québec ne figure pas en tête de liste des priorités…


    Une hybridation


    En outre, parce qu’elle est portée par un idéal de bien commun, la coopérative SABSA compose avec une hybridation des ressources, c’est-à-dire qu’elle compte non seulement sur des employés salariés, mais aussi sur l’apport d’infirmières qui donnent de leur temps. On ne parle pas de ses dirigeants bénévoles qui depuis des mois multiplient les gestes et actions pour assurer la pérennité de cette organisation unique. Pour l’intérêt de quelques actionnaires ? Non, pour celui d’une population vulnérable qui a pris goût à cet efficient service de proximité perméable à leur humanité.


    La coopérative, faut-il insister, a pu bénéficier d’un soutien financier substantiel de la FIIQ, un exemple qu’il faut saluer : une organisation syndicale appuie le fonctionnement d’une coopérative à titre de projet démonstratif pour améliorer le système de santé, rejoindre plus efficacement des populations à risque et valoriser un statut professionnel qui peine à prendre sa place, le statut d’infirmière praticienne. Cette situation est d’autant surréaliste que les besoins sont immenses !


    Clin d’oeil à l’histoire, SABSA est aussi située à quelques rues d’où fut ouverte la première clinique de la coopérative de services de santé de Québec. Constituée en 1944, à l’époque où régnait la médecine libérale, cette coopérative, comme le souhaitait son principal animateur, le docteur Jacques Tremblay, visait justement à rejoindre des ouvriers et leur famille éprouvant des difficultés à assumer le coût d’une assurance maladie privée pour leur offrir à moindre coût l’accès à un médecin.


    Des laissés-pour-compte, un peu comme l’est une partie importante de la clientèle actuelle de SABSA. L’édifice abrite aujourd’hui l’organisme Pignon bleu, un service socio-éducatif s’adressant aux familles à faible revenu habitant la basse ville de Québec…


    Tant au Geneva Health Forum que dans le cadre d’un séminaire que j’animais la semaine précédente à Paris, une question s’est fait récurrente : devant la fermeture imminente de SABSA, son remarquable ancrage dans le milieu et sa contribution incontestable au mieux-être des plus vulnérables, pourquoi donc l’État québécois réputé social-démocrate vis-à-vis d’autres provinces, ne reconnaît-il pas l’apport unique de cette coopérative ? Pourquoi ?













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