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    La Santé a besoin d’un examen d’urgence

    D’ex-ténors du réseau réclament que la vérificatrice générale évalue la réforme Barrette

    23 avril 2016 |Amélie Daoust-Boisvert | Santé
    Gaétan Barrette a été avisé de la requête.
    Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Gaétan Barrette a été avisé de la requête.

    Dans un geste sans précédent, des ex-ténors du réseau de la santé sollicitent une vérification urgente de la vérificatrice générale sur les impacts de la réforme du ministre Gaétan Barrette, notamment sur les patients.

     

    Très préoccupés, Paul Lamarche, Pierre Joubert et Marc-André Maranda prient la vérificatrice générale de procéder rapidement à une « lecture neutre et objective » de la situation.

     

    « Toutes les instances qui étaient susceptibles de fournir une lecture différente de celle du ministre sur ce qui se passe dans le réseau ont été abolies ou muselées », avertissent ces hauts fonctionnaires retraités du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) dans une lettre envoyée à la v.g. Guylaine Leclerc vendredi et dont Le Devoir a obtenu copie.

     

    « Si la réforme est défavorable à la population, il ne faut pas attendre trois ans pour réajuster le tir, explique M. Lamarche en entrevue. Si les échos que nous en avons du réseau semblent appuyer nos inquiétudes, nous n’avons pas de certitude. C’est une somme d’anecdotes. C’est pourquoi nous sollicitons la v.g. »

     

    Professeur honoraire en administration de la santé à l’Université de Montréal, Paul Lamarche a été fonctionnaire au MSSS tant sous des gouvernements péquistes que libéraux, de 1977 à 1982 puis de 1986 à 1992. Entre autres mandats, il a été sous-ministre responsable de la réforme sous les ministres libéraux Thérèse Lavoie-Roux puis Marc-Yvan Côté.

     

    Pierre Joubert a entre autres été directeur de la recherche et de l’évaluation au MSSS de 1997 à 2001, sous des gouvernements du Parti québécois. Il a poursuivi sa carrière comme directeur de la recherche, de la formation et du développement à l’Institut national en santé publique du Québec (INSPQ). Il est retraité depuis 2010. Comme M. Maranda, il a siégé au conseil d’administration d’un établissement de santé jusqu’à sa dissolution l’an dernier.

     

    Marc-André Maranda est entré dans la fonction publique en 1978 pour la quitter en 2009. Il a entre autres été directeur du programme de santé publique au MSSS de 2003 à 2009.

     

    Le geste des trois retraités du réseau est sans précédent. « Avant, il y avait des canaux publics par lesquels les divergences pouvaient s’exprimer. Ces canaux ont été coupés », explique M. Lamarche à propos de leur initiative.

     

    En entrevue, ils affirment tous les trois que leur geste n’est pas politique, mais bien celui de citoyens « informés ».

      

    « Il n’y a plus de volonté politique d’évaluer ce qu’on met en place », regrette Pierre Joubert.

     

    Pour Marc-André Maranda, « tout ce qu’il y avait comme instances critiques a été rendu caduc. La vérificatrice générale nous semblait être le dernier rempart ».

     

    Leur initiative suscite déjà des appuis, dont celui de l’ancien sous-ministre aux Affaires sociales (1978-1985) Jean-Claude Deschênes.

     

    Une demande en trois volets

     

    La demande des trois signataires comporte trois sous questions. Les soins et services à la population subissent-ils les conséquences de la réforme ? Les économies promises sont-elles vraiment au rendez-vous ? Quel est l’impact pour les employés du réseau ?

     

    « La réforme du ministre Barrette n’a pas d’appuis sur le plan scientifique, dit M. Lamarche. Mais nous reconnaissons qu’il n’est pas impossible que la nouveauté donne de bons résultats. Le problème, c’est que nous prenons tout le Québec comme groupe expérimental. »

     

    Les signataires doutent que les services ne soient pas affectés. Ils sont particulièrement inquiets pour les régions, les services à domicile, la première ligne, la santé publique, la santé mentale et les services aux personnes handicapées et aux jeunes en difficulté.

     

    Quant aux économies promises par les fusions, et notamment par l’abolition de centaines de postes de cadre, les signataires demandent une vérification financière sérieuse.

     

    Finalement, alors qu’« aucune considération n’est accordée par les instances politiques à l’impact de ces transformations et compressions budgétaires sur le fardeau des tâches de ces travailleurs et travailleuses », les signataires proposent de surveiller les indicateurs tels le nombre de départ, de postes non pourvus et les congés de maladie.

     

    La « proposition constitue un travail de grande ampleur », reconnaissent-ils.

     

    Indépendance requise

     

    Les trois retraités du réseau ont décidé de faire appel à la v.g. en raison de son indépendance — elle relève de l’Assemblée nationale.

     

    Selon eux, c’est la seule qui peut poser un regard objectif sur la situation.

     

    La seule, car ont été « abolis ou muselés », rappellent-ils, les associations d’établissements, les conseils d’administration élus ou nommés par la base, des équipes de recherche analysant l’impact des changements organisationnels et le commissaire à la santé et au bien-être.

     

    De plus, « le personnel du réseau n’ose plus faire de représentations publiques de peur de subir des représailles », ajoutent-ils. Ils ont recueilli des appuis en quelques heures en faisant circuler leur lettre, mais font figure d’absentes des personnes travaillant actuellement dans le réseau.

     

    Selon les signataires, les médias également n’ont plus la même latitude qu’auparavant, faute de données ou de sources libres de s’exprimer.

     

    Même les chercheurs universitaires sont privés d’une certaine marge de manoeuvre, avance Pierre Joubert. « Je suis très préoccupé par l’atterrissage de la réforme, dit-il. Ne serait-ce que sous l’angle des finances publiques, notre démarche auprès de la vérificatrice générale entre tout à fait dans les limites de son mandat. »













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