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    Des chercheurs démontrent l’utilité de SABSA

    La clinique sans médecin ne constitue pas un «réseau parallèle», conclut un rapport

    22 avril 2016 |Amélie Daoust-Boisvert | Santé
    La clinique SABSA est essentiellement portée par l’infirmière praticienne spécialisée Isabelle Têtu, qu’on voit ici avec la patiente Jennifer Drouin.
    Photo: Renaud Philippe Le Devoir La clinique SABSA est essentiellement portée par l’infirmière praticienne spécialisée Isabelle Têtu, qu’on voit ici avec la patiente Jennifer Drouin.

    La clinique infirmière SABSA de Québec n’est pas un « modèle parallèle de soins » comme le dénonce le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, clament des chercheurs à la lumière d’une étude menée sur la première année d’existence de la coopérative.

     

    Non seulement SABSA a permis d’économiser au moins 147 000 $ en soins médicaux en 2015, elle a surtout offert des soins et un suivi dans certains cas impossibles à obtenir autrement dans le réseau de la santé, selon le rapport de recherche préliminaire dont Le Devoir a obtenu copie.

     

    « C’est le contraire d’un réseau parallèle, c’est une jonction entre le réseau standard et les besoins particuliers d’une population vulnérable », dit le chercheur à l’Université de Montréal Damien Contandriopoulos.

     

    En plus de ce dernier, le rapport est signé par six chercheurs, dont Arnaud Duhoux de l’Université de Montréal et Bernard Roy de l’Université Laval.

     

    Ce que ça donne

     

    La coopérative a traité 1189 patients différents en 2015. Elle a offert 3256 consultations, pour une moyenne de 271 par mois. L’infirmière praticienne spécialisée (IPS) Isabelle Têtu indique par ailleurs que, depuis le début de 2016, le rythme de croisière semble avoir été atteint, et c’est près de 400 consultations par mois qui ont été réalisées. « Nous sommes rendus à près de 1600 patients rejoints, ajoute-t-elle. On offre des soins des orteils jusqu’aux cheveux. »

     

    Un peu plus de la moitié des patients sont venus consulter plusieurs fois — on peut déduire que la coopérative est devenue leur lieu habituel de soins.

     

    La clientèle est composée à 40 % de patients présentant au moins une vulnérabilité. La plus fréquente : les problèmes de santé mentale, à 19 %. Ce sont aussi 14 % des patients qui vivent avec le VIH/sida ou l’hépatite C.

     

    Parmi ceux qui ont consulté quatre fois ou plus pendant l’année, 77 % ont une vulnérabilité. Il semble donc que ce sont ces patients qui avaient le plus besoin d’une prise en charge qu’ils ne trouvaient peut-être pas ailleurs dans le réseau.

     

    Même si les patients ont consulté pour 200 raisons différentes, les infirmières et travailleuses sociales de SABSA ont réglé la quasi-totalité de ces problèmes de santé. Moins de 5 % des consultations ont nécessité d’être soumises à un professionnel de la santé extérieur, ce qui « démontre la capacité de la coopérative à prendre en charge la grande majorité des besoins de soins de ses patients », indique le rapport des chercheurs. La coopérative collabore notamment avec des médecins spécialistes dans le suivi des patients vivant avec l’hépatite C ou le VIH.

     

    « On dit que SABSA offre des soins parallèles à ceux du CLSC. Or c’est plutôt le CLSC qui envoie des patients à SABSA », observe Damien Contandriopoulos.

     

    Ce que ça coûte

     

    SABSA, c’est essentiellement une IPS, Isabelle Têtu, entourée d’infirmières cliniciennes et de travailleuses sociales qui n’hésitent pas à se rendre là où les patients sont, notamment les toxicomanes.

     

    Selon le rapport, les frais de fonctionnement pour 2015 ont été de 301 157 $. Ce sont 5618 actes médicaux qui auraient été facturés à la RAMQ si les patients avaient consulté en clinique. En tenant compte des primes octroyées aux médecins pour les patients vulnérables et des subventions aux GMF, la facture aurait avoisiné les 147 000 $.

     

    Damien Contandriopoulos explique que cette estimation est très prudente. Elle utilise des examens médicaux réguliers à 22 $ comme référence, et non pas des visites à l’urgence, qui coûtent beaucoup plus cher au réseau de la santé. « Il est certain en fait que les économies ont été plus importantes, mais nous demeurons prudents dans nos estimations », dit le chercheur.

     

    Impossible de dire si les économies en visites médicales pourraient un jour être à la hauteur des coûts de fonctionnement de la coopérative — qui s’autofinancerait, en quelque sorte. « Mais elle offre aussi des services qui ne sont pas tous offerts dans le système, fait valoir M. Contandriopoulos. Si on prévient une seule infection à l’hépatite C chez un toxicomane ou une seule greffe du foie chez une personne atteinte, ce sont des dizaines de milliers de dollars d’économie grâce à la prévention. »

     

    Certains soins offerts à SABSA lui sont uniques, mais d’autres le sont effectivement, du moins théoriquement, au CLSC, ajoute le chercheur.

     

    Avec Isabelle Porter


    Minuit moins une À quelques jours de la fin de son financement, le 1er mai, la clinique est toujours à la recherche de solutions pour assurer son avenir. Une campagne de sociofinancement a permis d’amasser 36 000 $, alors que les besoins sont d’environ 250 000 $. Le sans rendez-vous sera fermé le 1er mai, mais Isabelle Têtu continuera à suivre ses patients, bénévolement s’il le faut, dans l’espoir d’une solution viable. « On ne va pas fermer du jour au lendemain », assure-t-elle. Le CIUSSS de la Capitale-Nationale poursuit ses discussions avec elle pour trouver une solution. « Cette clientèle-là est importante pour nous », assure le p.-d.g. du CIUSSS, Michel Delamarre. Mme Têtu pourrait notamment intégrer le CLSC, propose-t-il, « puis on va continuer à voir comment on fait pour desservir cette clientèle-là ».












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