Des chercheurs démontrent l’utilité de SABSA

La clinique SABSA est essentiellement portée par l’infirmière praticienne spécialisée Isabelle Têtu, qu’on voit ici avec la patiente Jennifer Drouin.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir La clinique SABSA est essentiellement portée par l’infirmière praticienne spécialisée Isabelle Têtu, qu’on voit ici avec la patiente Jennifer Drouin.

La clinique infirmière SABSA de Québec n’est pas un « modèle parallèle de soins » comme le dénonce le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, clament des chercheurs à la lumière d’une étude menée sur la première année d’existence de la coopérative.

 

Non seulement SABSA a permis d’économiser au moins 147 000 $ en soins médicaux en 2015, elle a surtout offert des soins et un suivi dans certains cas impossibles à obtenir autrement dans le réseau de la santé, selon le rapport de recherche préliminaire dont Le Devoir a obtenu copie.

 

« C’est le contraire d’un réseau parallèle, c’est une jonction entre le réseau standard et les besoins particuliers d’une population vulnérable », dit le chercheur à l’Université de Montréal Damien Contandriopoulos.

 

En plus de ce dernier, le rapport est signé par six chercheurs, dont Arnaud Duhoux de l’Université de Montréal et Bernard Roy de l’Université Laval.

 

Ce que ça donne

 

La coopérative a traité 1189 patients différents en 2015. Elle a offert 3256 consultations, pour une moyenne de 271 par mois. L’infirmière praticienne spécialisée (IPS) Isabelle Têtu indique par ailleurs que, depuis le début de 2016, le rythme de croisière semble avoir été atteint, et c’est près de 400 consultations par mois qui ont été réalisées. « Nous sommes rendus à près de 1600 patients rejoints, ajoute-t-elle. On offre des soins des orteils jusqu’aux cheveux. »

 

Un peu plus de la moitié des patients sont venus consulter plusieurs fois — on peut déduire que la coopérative est devenue leur lieu habituel de soins.

 

La clientèle est composée à 40 % de patients présentant au moins une vulnérabilité. La plus fréquente : les problèmes de santé mentale, à 19 %. Ce sont aussi 14 % des patients qui vivent avec le VIH/sida ou l’hépatite C.

 

Parmi ceux qui ont consulté quatre fois ou plus pendant l’année, 77 % ont une vulnérabilité. Il semble donc que ce sont ces patients qui avaient le plus besoin d’une prise en charge qu’ils ne trouvaient peut-être pas ailleurs dans le réseau.

 

Même si les patients ont consulté pour 200 raisons différentes, les infirmières et travailleuses sociales de SABSA ont réglé la quasi-totalité de ces problèmes de santé. Moins de 5 % des consultations ont nécessité d’être soumises à un professionnel de la santé extérieur, ce qui « démontre la capacité de la coopérative à prendre en charge la grande majorité des besoins de soins de ses patients », indique le rapport des chercheurs. La coopérative collabore notamment avec des médecins spécialistes dans le suivi des patients vivant avec l’hépatite C ou le VIH.

 

« On dit que SABSA offre des soins parallèles à ceux du CLSC. Or c’est plutôt le CLSC qui envoie des patients à SABSA », observe Damien Contandriopoulos.

 

Ce que ça coûte

 

SABSA, c’est essentiellement une IPS, Isabelle Têtu, entourée d’infirmières cliniciennes et de travailleuses sociales qui n’hésitent pas à se rendre là où les patients sont, notamment les toxicomanes.

 

Selon le rapport, les frais de fonctionnement pour 2015 ont été de 301 157 $. Ce sont 5618 actes médicaux qui auraient été facturés à la RAMQ si les patients avaient consulté en clinique. En tenant compte des primes octroyées aux médecins pour les patients vulnérables et des subventions aux GMF, la facture aurait avoisiné les 147 000 $.

 

Damien Contandriopoulos explique que cette estimation est très prudente. Elle utilise des examens médicaux réguliers à 22 $ comme référence, et non pas des visites à l’urgence, qui coûtent beaucoup plus cher au réseau de la santé. « Il est certain en fait que les économies ont été plus importantes, mais nous demeurons prudents dans nos estimations », dit le chercheur.

 

Impossible de dire si les économies en visites médicales pourraient un jour être à la hauteur des coûts de fonctionnement de la coopérative — qui s’autofinancerait, en quelque sorte. « Mais elle offre aussi des services qui ne sont pas tous offerts dans le système, fait valoir M. Contandriopoulos. Si on prévient une seule infection à l’hépatite C chez un toxicomane ou une seule greffe du foie chez une personne atteinte, ce sont des dizaines de milliers de dollars d’économie grâce à la prévention. »

 

Certains soins offerts à SABSA lui sont uniques, mais d’autres le sont effectivement, du moins théoriquement, au CLSC, ajoute le chercheur.

 

Avec Isabelle Porter


Minuit moins une

À quelques jours de la fin de son financement, le 1er mai, la clinique est toujours à la recherche de solutions pour assurer son avenir. Une campagne de sociofinancement a permis d’amasser 36 000 $, alors que les besoins sont d’environ 250 000 $. Le sans rendez-vous sera fermé le 1er mai, mais Isabelle Têtu continuera à suivre ses patients, bénévolement s’il le faut, dans l’espoir d’une solution viable. « On ne va pas fermer du jour au lendemain », assure-t-elle. Le CIUSSS de la Capitale-Nationale poursuit ses discussions avec elle pour trouver une solution. « Cette clientèle-là est importante pour nous », assure le p.-d.g. du CIUSSS, Michel Delamarre. Mme Têtu pourrait notamment intégrer le CLSC, propose-t-il, « puis on va continuer à voir comment on fait pour desservir cette clientèle-là ».
12 commentaires
  • Raymond Chalifoux - Abonné 22 avril 2016 08 h 17

    Ces chercheurs pourraient-ils..

    .. se mettre sur le cas Barrette et nous montrer à quoi il sert? Parce que là, nous, on nage et surnmage dans la perplexité, en ce qui concerne le quidam.

  • Benoît Poulin - Inscrit 22 avril 2016 08 h 20

    Très dispendieux, quelles économies?

    « Selon le rapport, les frais de fonctionnement pour 2015 ont été de 301 157 $. Ce sont 5618 actes médicaux qui auraient été facturés à la RAMQ si les patients avaient consulté en clinique. En tenant compte des primes octroyées aux médecins pour les patients vulnérables et des subventions aux GMF, la facture aurait avoisiné les 147 000 $.

    Damien Contandriopoulos explique que cette estimation est très prudente. Elle utilise des examens médicaux réguliers à 22 $ comme référence, et non pas des visites à l’urgence, qui coûtent beaucoup plus cher au réseau de la santé. « Il est certain en fait que les économies ont été plus importantes, mais nous demeurons prudents dans nos estimations », dit le chercheur.»
    Donc :
    SABSA: 301 157 $ ( comprenant tous les frais)
    Cabinet privé ou GMF :147 000 $ (comprenant tous les frais, payés à même les honoraires des médecins)
    Où sont les économies ?

    • Stéphanie Deguise - Inscrite 22 avril 2016 09 h 45

      Une relecture attentive de l'article vous permettra de répondre à votre question et de réviser votre jugement sous-jacent.

    • Hélène Paulette - Abonnée 22 avril 2016 10 h 36

      Il y a clairement une incohérence dans cet article car on parle plus ahut d'économie de $147,000

    • Jean-Yves Arès - Abonné 23 avril 2016 13 h 05

      Le rapport, et sa mise à jour, indique très bien que le coût de ce service est bien plus cher que celui qui peut être donné dans un GMF. On peut même dire qu'il mets en lumière l'efficacité des GMF à fournir des services de santé à des coûts très avantageux en comparaison à ceux livrés par le ''pur-plublic'' et que salarié. Malgré la perception que la pratique à l'acte des médecins coûterait cher, dans les faits c'est le contraire.

      Mais le but de cette coop de santé c'est de rendre un service à une clientèle difficile a atteindre, une clientèle souvent marginale et qui peut fort bien se sentir jugé négativement dans les services habituels. Le but n'est donc pas de ''faire moin cher'' le coût unitaire des consultaions, l'idée c'est de rendre un service qui ne se rend pas à une clientèle qui en a pourtant clairement besoin.

      L'avantage économique est tout de même fort probable pour peu que le bilan inclu, prudement, les coûts évités par le fait d'un meilleur suivi et accompagnment médical sur une clientelle moins stable et organisée, mais qui requière des traitements qui peuvent être complexes et lourds.

      La clinique a d'ailleur commencé ses activités en 2011, bien avant que la FIQ s'y intéresse, avec la collaboration des pharmaceutiques pour assurer un meilleur suivi et une meilleure gestion des médicamentations. Cette collaboration est toujours présente, et va se poursuivre selon ce qui se dit dans l'article ici.

      Liens sur le rapport et sa mise a jour, (très bien faits),
      http://www.fiqsante.qc.ca/publicfiles/documents/20
      http://www.coop-sabsa.com/wp-content/uploads/2016/

      À écouter pour mieux comprendre ce qu'est cette clinique.
      http://ici.radio-canada.ca/emissions/faut_pas_croi

  • Jean-François Trottier - Abonné 22 avril 2016 08 h 24

    La vision passéiste du médecin

    Il est très clair que, pour Barette, la santé est la lutte contre la maladie. Pas fort.

    Pour Barette, le médecin est au centre de la lutte contre la maladie. Vraiment pas fort!

    Pour Barette, chaque geste posé, que ce soit par le médecin, l'infirmière, l'inhalothérapeute, le brancardier ou le gardien de sécurité de l'hôpital devrait être compilé, évalué et comptabilisé. C'est le principe de la comptabilité par tâche que les directeurs de manufacture privilégient avec raison.

    En santé ? Péniblement pas fort!!

    C'est aussi stupide que de manger une barre de fer parce que le corps a besoin de fer. Non. Pire. C'est délirant.

    La santé n'est pas la lutte contre la maladie. Ce n'est pas vraiment, non plus, l'absence de maladie.

    La santé est l'équilibre que trouve chaque individu parmi mille déséquilibres.

    Selon son sommeil groupé ou divisé, sa nourriture variée et surtout pas complète à chaque repas (pour aider la digestion entre autres), son activité physique au fil des jours et saisons ainsi que selon ses tâches journalières, le hasard des bactéries et virus qu'il croise et les résistances qu'il a déjà créées ou non au fil des expériences passées...
    Sans parler de tous les événements qui façonnnent ses réactions au fil des ans, mort d'un ami, voyage reposant, période de chômage ou naissance d'un enfant.

    Voilầ un discours que Barette ne saisit pas depuis le premier mot. Sinon sa gestion serait drastiquement différente.

    Barette n'est absolument pas le ministre de la santé. Il n'est que le lobbyiste des médecins, et encore, des spécialistes.

    N'importe quel animateur de Radio X serait aussi compétent que lui.

    Je suis désolé de le dire mais, en tant que membre de l'équipe ministérielle, Barette est un crétin fini. Quiconque l'appuie dans le cabinet mérite le même qualificatif.

  • Sylvain Picard - Abonné 22 avril 2016 10 h 21

    Barrette : un docteur pour les diriger tous!

    Barrette ne cherche qu'à s'octroyer tous les pouvoirs en les centralisant entre ses mains. Ce grossier personnage aux tendances narcissiques n'aime pas qu'une initiative autre que la sienne réussisse.

    Barrette c'est un peu comme Sauron dans le seigneur des anneaux : un docteur pour les diriger tous!

  • Hélène Paulette - Abonnée 22 avril 2016 10 h 38

    Barrette est un lobbyiste...

    Il est là pour protéger le monopole des médecins sur la Santé.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 23 avril 2016 13 h 06

      Et la FIQ ?