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    Québec

    Pas d’inquiétudes au sujet de l’avortement sélectif

    13 avril 2016 | Isabelle Porter à Québec | Santé
    Au Québec, l'avortement sélectif est jugé marginal.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Au Québec, l'avortement sélectif est jugé marginal.

    Alors qu’au Canada anglais, des études récentes suggèrent fortement que des couples recourent à l’avortement pour s’assurer d’avoir un garçon, le phénomène est jugé marginal au Québec.

     

    Deux nouvelles études viennent d’être publiées sur le sujet dans le Canadian Medical Association Journal, rapportait le Globe and Mail lundi. L’une d’elles porte juste sur l’Ontario et l’autre sur tout le Canada. Les deux montrent que depuis 20 ans, il y a un nombre anormalement élevé de petits garçons dans les familles canadiennes d’origine indienne, surtout à partir du 3e enfant.

     

    Dans l’ensemble de la population canadienne, le ratio est de 105 garçons pour 100 filles (la norme oscille entre 103 et 107), alors que chez les mamans d’origine indienne, on recensait 138 garçons pour 100 filles à partir du 3e enfant. Conduite entre 1990 et 2011, l’étude traitait les données de près de six millions de naissances.

     

    L’étude ontarienne a des résultats encore plus frappants. Dans les familles où la mère avait déjà eu deux filles et un avortement avant son 3e enfant, le ratio pour le troisième enfant est de 326 gars pour 100 filles.

     

    Au Québec, cette pratique est jugée marginale, mais on n’a pas non plus de données spécifiques là-dessus. « Dans les cliniques où on fait de la planification des naissances au Québec, on n’a pas le sexe du foetus avant de faire l’avortement et on les fait surtout au premier trimestre, période où c’est très difficile de statuer sur le sexe du foetus », souligne la Dre Édith Guilbert de l’Institut national de santé publique, une experte dans le domaine. « Ce n’est vraiment pas facile d’obtenir le sexe du foetus avant. Cela dit, on a extrêmement rarement de demandes et si on en a, on n’y répond pas. »

     

    Des propos validés par la directrice de la Clinique de l’Alternative à Montréal, Micheline Dupuis. « Jamais », lance-t-elle du tac au tac quand on l’interroge là-dessus. « Une seule fois, on nous a demandé le sexe de l’enfant. C’est le conjoint de la femme qui voulait savoir et on lui a dit qu’on ne faisait pas ça ici. […] Ça fait très longtemps, c’est le seul cas en 30 ans. »

     

    Au Collège des médecins, on reconnaît que c’est une question « préoccupante » mais « au quotidien, on n’a pas affaire à des cas comme ça, souligne la porte-parole Caroline Langis. On n’a pas connaissance de patients qui demandent ce genre de traitements ».

     

    Crainte de dérives

     

    Par ailleurs, dans la première des deux études, on constate que la population d’origine indienne est beaucoup moins importante au Québec qu’en Ontario (dans la cohorte des premiers enfants, on a recensé 2385 petits au Québec dont la mère est née en Inde, contre 43 780 en Ontario au cours de la même période). Il est à noter que pour justifier l’accent mis sur l’Inde, les chercheurs soulignent que c’est un pays où des écarts de ratio importants sont documentés et que c’est un groupe d’immigration majeur au Canada.

     

    À cet égard, certains craignent qu’on stigmatise ce groupe ethnique et qu’on limite les droits de toutes les femmes. « C’est un terrain glissant, avance Magaly Pirotte, coordonnatrice de projets à la Fédération québécoise de planning des naissances (FQPN). C’est une porte ouverte à discriminer une certaine population et à remettre à nouveau en question le “ pourquoi ” les femmes recourent à l’avortement. […] On ne va pas chercher les motivations quand une autre femme veut avorter, alors pourquoi on irait chercher celle de ces femmes-là ? »

     

    Mme Pirotte rappelle qu’il y a trois ans, le député conservateur Mark Warawa avait proposé que le Parlement dénonce l’avortement sélectif (motion 408), ce qui avait été perçu comme une manière détournée de rouvrir le débat sur l’avortement en général. La motion avait été jugée irrecevable par un comité des Communes et n’avait finalement pas été soumise au vote.













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