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    Québec atrophie les CLSC

    Le ministère force le transfert des professionnels vers les groupes de médecine de famille

    3 mars 2016 |Jessica Nadeau | Santé

    Québec s’apprête à transférer une partie des activités des CLSC vers les groupes de médecine de famille (GMF). En effet, dans les prochaines semaines, les centres intégrés de santé et de services sociaux se verront amputés d’une bonne partie de leurs professionnels, qui seront transférés dans les GMF du territoire. Et ce, aux frais des établissements de santé.

     

    « Il demeure des services en CLSC, mais c’est vrai qu’il y a un transfert de services vers la première ligne dans les GMF, confirme la porte-parole du ministère de la Santé et des Services sociaux, Noémie Vanheuverzwijn. C’est un déplacement d’une partie de la clientèle pour que [les services de première ligne] soient là où les patients en ont besoin dans les GMF. Mais ce n’est pas la totalité des services [des CLSC] qui s’en vont. »

     

    Selon elle, ce transfert est une « pièce maîtresse » de la réforme des services de première ligne pour sortir de l’hospitalo-centrisme. « Ça ne veut pas dire qu’il n’y aura plus personne dans les CLSC, mais disons qu’on détermine qu’un patient a besoin de services psychosociaux, plutôt que le médecin lui dise d’appeler au CLSC pour prendre un rendez-vous et que le patient y soit réévalué, là, il va avoir tout sur place, ça va améliorer la fluidité du GMF. 

    Directive ministérielle

     

    C’est la confirmation de ce que plusieurs craignaient depuis que le sous-ministre adjoint, Louis Couture, a envoyé une directive aux p.-d.g. des centres intégrés de santé et de services sociaux (CISSS) pour les informer de la nouvelle orientation pour favoriser l’interdisciplinarité dans les GMF.

     

    « Concrètement, des travailleurs sociaux et des pharmaciens se joindront systématiquement aux infirmières cliniciennes déjà présentes dans tous les GMF », écrit le sous-ministre dans le document dont Le Devoir a obtenu copie.

     

    En fonction du nombre de patients, chaque GMF se verra attribué jusqu’à 5 infirmières, 2,5 travailleurs sociaux et 2,5 professionnels de leur choix. Cela touchera de façon plus spécifique les inhalothérapeutes, kinésiologues, nutritionnistes et physiothérapeutes.

     

    Pour les infirmières et les pharmaciens, c’est le ministère de la Santé qui assumera le coût des salaires, mais pas pour les autres professionnels de la santé, précise le sous-ministre. « Le financement spécifique à l’attribution des travailleurs sociaux et des autres professionnels de la santé et des services sociaux devra être assumé à même les budgets et ressources » des centres intégrés de santé et de services sociaux (CISSS) et des centres intégrés universitaires de santé et de services sociaux (CIUSSS).

     

    Dans un autre document, le ministère parle d’une « migration des professionnels de la santé de l’établissement vers les GMF ». Ces derniers resteront des employés du CISSS, mais dans de nouveaux bureaux, payés eux aussi par Québec.

     

    Détournement de ressources

     

    « On est en train de détourner les ressources du public vers des GMF qui sont gérés par des médecins de façon privée. On déshabille Pierre pour habiller Jean, mais ce ne sont pas nécessairement les mêmes gens qui vont être servis », dénonce un gestionnaire de longue date, sous le couvert de l’anonymat.

     

    Ce dernier parle de « compressions déguisées » et s’inquiète du sort de la clientèle plus vulnérable, qui ne trouvera pas nécessairement de place en GMF. « Dans les GMF, les clients ne seront pas soumis à une priorisation dans un guichet d’accès comme en CLSC », affirme-t-il.

     

    Il n’est pas le seul à s’inquiéter de cette « migration » des services. « Cette volonté d’avoir des ressources professionnelles dans les GMF, si on regarde ça strictement sous cet angle, c’est un apport important dans les services à la population. Mais quand on voit que c’est un transfert de ressources, ça, c’est inquiétant, parce qu’on ne sait pas ce qu’il va advenir des services qui étaient rendus par ces professionnels dans les établissements de santé », affirme Carolle Dubé, présidente de l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS).

     

    « On a développé les CLSC pour offrir des services de première ligne et des ressources dévouées à la prévention de la santé. Comme les médecins n’y sont pas allés, on amène aujourd’hui les professionnels aux médecins dans les GMF. Mais notre crainte, c’est qu’on est en train de mettre en danger tout le coeur de la mission des CLSC »,affirme Mme Dubé.

     

    À Laval, la présidente de l’exécutif local de l’APTS, Josée Blanchard, estime qu’il faudra 20 travailleurs sociaux et tout autant de professionnels des autres catégories pour répondre à la demande des nouveaux GMF. Or, on compte exactement 22 travailleurs sociaux répartis dans les 4 CLSC de la région. « Les listes d’attente vont encore s’allonger », craint Mme Blanchard.

     

    Au CISSS de Laval, on n’était pas en mesure de confirmer ces chiffres mardi, puisque les besoins des GMF n’ont pas encore été signifiés officiellement. On affirme travailler sur différents scénarios, mais ne pas savoir encore avec précision dans quels services on ira chercher ces professionnels. « Est-ce qu’on va les prendre dans les CLSC, en santé mentale ? Est-ce qu’on va les prendre ailleurs ? On va voir le nombre de personnes dont on aura besoin et où on ira les placer. Mais c’est sûr que pour la population, c’est une meilleure utilisation des professionnels parce qu’ils vont être dans des GMF. »

     

    D’autres options

     

    David Levine, ancien directeur de l’Agence de la santé de Montréal, croit que ces changements sont de bon augure. « J’ai toujours prôné qu’on devait transférer de l’argent de notre système actuel vers un autre modèle plutôt que d’injecter de l’argent neuf dans le système », affirme-t-il en entrevue au Devoir. Pourtant, il espère que les gestionnaires du réseau ne feront pas l’erreur de prendre l’essentiel des ressources dans les CLSC. « Au départ, ce type de déplacement de ressources peut avoir un effet très positif, ça va dépendre de comment on utilise cette main-d’oeuvre. Mais j’espère que ce ne sera pas uniquement de la main-d’oeuvre qui provient des CLSC. J’espère que les p.-d.g. des CISSS vont être sérieux et regarder aussi du côté des cliniques externes à l’hôpital. »













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