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    Médicaments

    La santé visuelle des aînés en péril

    Des personnes âgées risquent de perdre la vue si le ministre n’intervient pas rapidement, affirme l’AQDM

    24 février 2016 |Jessica Nadeau | Santé
    André Lavoie, directeur général de l’Association québécoise de la dégénérescence maculaire, et Claude Bégin, qui souffre de cette maladie, accusent le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, de laisser tomber les aînés qui ont besoin de soins pour maintenir leur vision.
    Photo: Valérian Mazataud Le Devoir André Lavoie, directeur général de l’Association québécoise de la dégénérescence maculaire, et Claude Bégin, qui souffre de cette maladie, accusent le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, de laisser tomber les aînés qui ont besoin de soins pour maintenir leur vision.

    Se disant privés d’un médicament dont ils ont besoin pour ne pas devenir aveugles, et ce, pour des raisons « bureaucratiques », des patients menacent de poursuivre le gouvernement s’il n’agit pas sur-le-champ pour corriger la situation.

     

    « Dans le dossier des frais accessoires, des patients ont perdu leur vision parce qu’ils n’avaient pas l’argent nécessaire pour obtenir leurs injections mensuelles. Si l’on s’aperçoit qu’encore une fois, les gens perdent leur vision à cause d’une décision bureaucratique, ce n’est pas seulement un recours collectif que l’on va faire, mais une action au civil pour réclamer un dédommagement. C’est incroyable, c’est la deuxième fois que l’on met en péril la santé visuelle des personnes âgées. »

     

    André Lavoie est hors de lui. Dans un petit local du Centre St-Pierre, à Montréal, le directeur général de l’Association québécoise de la dégénérescence maculaire (AQDM) s’emporte contre une nouvelle directive de la Régie d’assurance maladie du Québec (RAMQ) qui empêche les personnes souffrant de dégénérescence maculaire d’obtenir des traitements pourtant nécessaires au maintien de leur vision et de leur autonomie.

     

    Jusqu’à tout récemment, les patients souffrant de la forme la plus sévère de dégénérescence devaient recevoir des injections dans les yeux tous les mois pour empêcher que leur vision ne se dégrade. Cette intervention est, selon M. Lavoie, « extrêmement déplaisante » pour les patients.

     

    Ce fut donc un « soulagement important » lorsqu’ils ont appris l’an dernier l’existence d’un nouveau médicament leur permettant d’espacer les injections tous les deux mois. Le médicament, Eylea, a été autorisé par Québec. Le traitement est donc remboursé par la RAMQ.

     

    Une question de fréquence

     

    Depuis des mois, les ophtalmologistes traitent donc leurs patients avec ce médicament. Lorsque requis par la condition du patient, ces derniers fournissaient parfois des doses toutes les six ou sept semaines plutôt que toutes les huit semaines comme le recommande Québec. À leur grande surprise, ces patients viennent d’apprendre par lettre qu’ils seraient pénalisés pour ne pas avoir répondu aux critères. « On a même vu des patients qui ont reçu une dose à la septième semaine parce que leur médecin était en vacances pendant la période des Fêtes. Ces gens-là ont également reçu un avis de non-renouvellement, s’indigne M. Lavoie. La RAMQ déshumanise la Loi sur l’assurance médicaments. »

     

    Le ton de la missive est sans équivoque : « Les autorisations sont données à raison d’un maximum d’une dose de 2mg par oeil tous les deux mois. Or, selon les renseignements dont nous disposons, les injections seraient données à une fréquence plus rapprochée. L’autorisation n’est plus accordée. »

     

    Claude Bégin, 86 ans, fait partie des quelque 500 patients qui auraient reçu ce type de lettre depuis les dernières semaines. « Quand j’ai reçu cette lettre, je suis resté surpris, ça m’a donné un choc, affirme l’octogénaire. Je n’accepte pas de ne pas recevoir un médicament nécessaire comme aîné. Ils se foutent de nous, quitte à ce qu’on perde la vue. »

     

    Urgence

     

    La RAMQ propose à ceux qui ne sont pas d’accord avec cette décision de contester devant le tribunal administratif. « Ce sont généralement des personnes âgées de 70, 80, 95 ans même, plusieurs n’ont pas de ressources, pensez-vous réellement qu’elles vont aller contester ? »

     

    L’autre chose, note André Lavoie, c’est que le temps de réponse est si long que même dans le cas où un patient gagnerait sa cause, il serait déjà trop tard, le patient aurait déjà perdu toute sa vision.

     

    Devant « l’urgence de la situation », l’Association québécoise de la dégénérescence maculaire a écrit une longue lettre au ministre de la Santé, Gaétan Barrette, en décembre dernier pour lui expliquer le problème. « Nous lui avons demandé d’intervenir. C’est le silence complet, soupire M. Lavoie. Pendant ce temps, ces patients, pour la grande majorité âgés, en détresse, ne réagissent pas à leur exclusion et perdront leur vision. »

     

    Pourtant, M. Lavoie a fait valoir au ministre qu’il coûte moins cher d’offrir le nouveau traitement toutes les six semaines que de retourner à l’ancien médicament, qui doit être injecté tous les mois. En effet, en calculant le coût de la médication et les honoraires des médecins qui l’injectent, il en coûterait, selon les calculs de l’AQDM, 8716 $ de moins par année d’offrir le nouveau traitement. « Si l’objectif de la RAMQ était de faire des économies, elle se fourvoie complètement », écrit M. Lavoie dans sa lettre au ministre.

     

    En conférence de presse, il implore le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, d’intervenir rapidement pour mettre un terme à cette « aberration » par voie réglementaire. « On demande au gouvernement de faire preuve d’un peu d’humanité. »

     

    Le ministre n’était pas disponible pour répondre aux questions du Devoir, mardi. Son attachée de presse, Julie White, s’est contentée d’envoyer par courriel un bref commentaire qui tient sur quelques lignes. « La monographie déposée par le fabricant prévoit une posologie de 2 mg/8 semaines, sauf pour les premières doses, afin de déterminer l’efficacité. La posologie est déterminée par le fabricant et est analysée par Santé Canada et l’INESS. »













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