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    Procréation assistée

    La clinique du CHUM ferme ses portes

    24 février 2016 |Jessica Nadeau | Santé
    Opération de fécondation <em>in vitro</em>
    Photo: Getty Images Opération de fécondation in vitro

    Cinq ans après son ouverture, au terme d’investissements publics de 16 millions de dollars, la clinique de procréation assistée du CHUM va fermer ses portes en juin prochain, semant la consternation et l’inquiétude chez les patients infertiles et le personnel de la clinique. La décision est contestée à l’interne, d’autant plus que la clinique avait une expertise unique au Canada pour la clientèle souffrant du VIH.

     

    « C’est encore une tuile pour les couples infertiles, dénonce la présidente de l’Association des couples infertiles du Québec, Céline Braun. Pour les couples qui sont suivis là-bas, c’est la panique générale. Qu’est-ce qu’il va advenir des embryons ? Comment vont se faire les transferts ? On n’a pas les réponses. »

     

    Il était autour de 10 h mardi lorsque Amélie (nom fictif) a reçu l’appel de la Clinique de procréation assistée du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM). On l’informait qu’il fallait commencer les démarches le plus rapidement possible afin de pouvoir procéder avant la fermeture de la clinique en juin prochain.

     

    « J’étais un peu abasourdie, confie la Montréalaise. Ça brusque un peu les choses. » Amélie fait partie des chanceuses qui pourront vraisemblablement compléter son cycle de fécondation in vitro. Elle espère que cela va fonctionner, car elle ne sait pas ce qui l’attend si elle ne tombe pas enceinte à la suite de cette intervention. « Si ça ne fonctionne pas, où est-ce que mon dossier va être transféré ? Et mes embryons en surplus, où seront-ils conservés ? Je trouvais ça réconfortant de penser que j’allais être suivie dans la même clinique si jamais ça ne marche pas. »

     

    Transition « à définir »

     

    Au CHUM, la porte-parole, Sylvie Robitaille, confirme qu’environ 260 patientes attendent une FIV à la clinique. Elle était toutefois incapable de dire combien d’entre elles pourront recevoir le traitement. Elle était également incapable de dire comment et où les patientes seraient redirigées, ce qu’il adviendrait des embryons congelés et même des lieux physiques qui abritent actuellement la clinique. « La logistique reste à définir. Il est vraiment trop tôt pour répondre à ces questions. »

     

    Pour toute explication, elle répond que « c’est une décision ministérielle » qui est arrivée par lettre « il y a à peine une semaine ».

     

    Employés sous le choc

     

    La quarantaine d’employés de la clinique a été mise au courant de cette décision au cours d’une réunion vendredi dernier. « Tout le monde était surpris. Étant donné les performances de la clinique, on était très surpris que ce soit la clinique du CHUM qui ferme, raconte Sylvain Petit, infirmier à la clinique. C’est une grande déception pour tout le monde. On s’était investis pour bâtir cette clinique-là, avec les résultats extraordinaires qu’on connaît. On était parmi le top 5 au Canada. Et là, du jour au lendemain, on jette ça par-dessus bord. C’est une décision qui n’a ni queue ni tête. On a demandé ce qui justifiait cette décision, on nous a répondu que c’était une décision du ministre et que celui-ci n’avait pas d’explications à donner quand il prenait une décision. »

     

    Sylvain Petit affirme que même le personnel n’est pas au courant des mesures de transition. « On n’a aucune information à ce sujet-là. La seule directive qu’on a, c’est qu’on lance le processus pour les patientes qui commencent leur cycle menstruel avant le 11 mars. »

     

    Selon lui, des milliers de couples ont des embryons congelés à la clinique, une information que le CHUM n’était pas en mesure de confirmer.

     

    Il s’inquiète notamment du fait que l’établissement dispose d’une expertise unique. « On nous transfère la clientèle de tout le Québec pour les gens qui sont porteurs de l’hépatite C et du VIH. On a développé une expertise par rapport à ces gens-là qu’on n’a nulle part ailleurs au Québec. Ça rend la décision encore plus incompréhensible. »

     

    À la direction du CHUM, on répond encore une fois qu’il est trop tôt pour savoir ce qu’il adviendra de cette expertise et de cette clientèle. « Des décisions seront prises à ce sujet-là »,répond Mme Robitaille.

     

    Pétition

     

    Sylvain Petit estime que les employés du CHUM sont « mal représentés », car la clinique est en compétition avec celle de Sainte-Justine. Or, le directeur général de Sainte-Justine est devenu, depuis quelques mois, le p.-d.g. du CHUM également. « On a été surpris que la direction n’ait pas un discours pour dire “on va se battre pour conserver la clinique ici”. Mais c’est sûr que notre p.-d.g. est mal placé pour aller défendre l’un ou l’autre des deux établissements. »

     

    Il ajoute qu’un plan d’affaires avait été déposé au ministère de la Santé pour démontrer que malgré la fin de la couverture publique de la fécondation in vitro, la clinique pouvait faire ses frais.

     

    Lundi, quelques dizaines d’employés ont envoyé une pétition au ministre Barrette. « Considérant l’investissement professionnel et personnel de chacun d’entre nous pour mettre sur pied cette clinique, nous attendons de votre part les vrais motifs qui ont conduit à cette décision. »

     

    Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, n’était pas disponible pour répondre aux questions du Devoir mardi. Son attachée de presse, Julie White, répond que les services ne disparaîtront pas et qu’ils seront simplement réunis sous un même toit. « Le bail de la clinique venait à échéance en juin. Il y a donc une décision qui a été prise pour que les procédures puissent se faire à Sainte-Justine. Les deux centres sont affiliés à l’Université de Montréal. Les deux n’étaient pas au maximum de leur capacité. On va maintenant concentrer [les activités] à un seul endroit. Et pourquoi c’est à Sainte-Justine ? C’est parce que c’est un hôpital mère-enfant, il y a donc une continuité dans les services et dans la mission. »

     

    Sur la transition pour les patients et les embryons congelés, elle répond que « le CHUM va travailler à ça ». Elle affirme toutefois qu’il ne s’agit pas tant d’une transition que d’un « déménagement ».

     

    « Transition ratée »

     

    Mais pour le critique de la CAQ, François Paradis, « c’est une nouvelle transition ratée » après toute l’incertitude liée à la fin du programme de procréation assistée à la suite de l’adoption de la loi 20. « À la lumière de ce que j’entends, des familles se demandent ce qui va se passer pour elles. Le ministre a décidé de façon unilatérale de faire encore payer les familles dont les plans et les rêves d’avoir un enfant sont déjà lourdement hypothéqués. Et ça, c’est une décision idéologique. Après les parents, maintenant, on s’en prend aux cliniques. Cela soulève de sérieuses questions. »













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