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    Institut de réadaptation Gingras-Lindsay-de-Montréal

    Un lit sur trois en moins à l’unité de santé physique

    3 février 2016 |Jessica Nadeau | Santé
    L’Institut Gingras-Lindsay-de-Montréal est un hôpital spécialisé en réadaptation des gens physiquement handicapés.
    Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir L’Institut Gingras-Lindsay-de-Montréal est un hôpital spécialisé en réadaptation des gens physiquement handicapés.

    Aux prises avec des « défis financiers » importants, l’Institut de réadaptation Gingras-Lindsay-de-Montréal vient de fermer un lit sur trois à l’unité de santé physique, qui traite principalement des personnes âgées trop fragiles à leur sortie de l’hôpital pour rentrer à la maison. Pourtant, ces lits étaient toujours pleins, confirme la direction, qui répète malgré tout que cela ne nuira pas à l’accès aux soins.

     

    Sur son site Web, l’établissement se targue d’être « le plus grand centre hospitalier de réadaptation au Québec », d’avoir « la plus importante équipe de médecins physiatres en Amérique du Nord » et d’être le seul à offrir « une gamme complète de services en orthèse, prothèse, fauteuils roulants et positionnement ». Il vient toutefois d’être amputé d’une partie de son offre de services en fermant le 4e étage du pavillon Lindsay le 22 janvier dernier.


    « Ce sont 20 lits [destinés à la clientèle du programme] en santé physique », précise Nathalie Charbonneau, directrice adjointe du continuum en déficience physique pour le centre intégré universitaire de santé et services sociaux (CIUSSS) du Centre-sud-de-l’île-de-Montréal.

     

    Ce programme s’adresse principalement à une clientèle qui a été hospitalisée pour une fracture de la hanche ou une opération au genou et qui nécessite une réadaptation intensive. « C’est une clientèle qui est plus vulnérable ou qui a plusieurs atteintes et qui ne peut donc pas retourner à la maison », précise Mme Charbonneau.

     

    Des lits toujours pleins

     

    D’emblée, la directrice adjointe tente de minimiser l’impact de ces fermetures de lits, affirmant que ce sont « 20 lits sur 408 lits à Montréal ». Elle ajoute qu’il y a un surplus de lits sur le territoire. « Bon an, mal an, il y a, pour la région de Montréal, entre 30 et 40 lits qui sont vacants tous les jours. C’est une étude régionale qui a démontré qu’il y avait plus de lits que de besoins. »

     

    À l’Institut, on passe donc de 176 à 156 lits. Pour le programme spécifique de santé physique, le site Web de l’Institut fait mention de 63 lits permanents. C’est donc un lit sur trois qui a été coupé dans ce programme. Pourtant, ces lits étaient « pas mal complets », confirme Mme Charbonneau. Celle-ci se défend presque de l’achalandage : « Oui, notre taux d’occupation était très élevé, mais c’est parce qu’on était très proactif pour maintenir nos lits pleins. »

     

    « Défis financiers »

     

    Pourquoi donc fermer des lits à l’Institut de réadaptation Gingras-Lindsay, dont « l’expertise est reconnue bien au-delà de nos frontières » plutôt que dans un autre centre où les lits sont moins sollicités ?

      

    « C’est sûr qu’il y avait des enjeux financiers du côté de l’Institut de réadaptation Gingras-Lindsay », concède Nathalie Charbonneau. Elle estime que cette fermeture de lits permettra de générer des économies de 800 000 $ par année. « Comme on avait des défis financiers, ça donnait un coup de pouce », avoue-t-elle.

     

    Celle-ci s’empresse toutefois de préciser qu’il y a « un ensemble d’éléments » qui ont mené à cette décision. « On a un établissement pour lequel il y avait des défis financiers plus importants, affirme Mme Charbonneau. La fermeture de ces lits s’inscrit dans un plan beaucoup plus global qui n’affecte pas l’offre de services à la clientèle, l’accès aux lits de réadaptation ou la qualité des services offerts. »

     

    Patients redirigés

     

    Comment peut-on couper 20 lits sans nuire aux services ? En redirigeant les patients vers des lits qui sont inoccupés ailleurs sur l’île de Montréal, répond Nathalie Charbonneau. Ceci n’était pas possible avant en raison d’un « pairage » qui permettait aux hôpitaux de transférer les patients vers un centre de réadaptation dans un territoire prédéterminé en fonction de leur lieu de résidence. Cette façon de procéder n’est plus en vigueur sur le territoire de Montréal depuis janvier. « Maintenant, avec l’abolition de ce pairage, ça amène une plus grande fluidité dans le réseau, on peut vraiment aller avec les places disponibles. »

     

    Elle ajoute que des lits pourraient être ajoutés en « surcapacité » de façon sporadique si jamais le besoin se faisait sentir. « Ça ne touchera pas l’accès aux services, il n’y a pas de gens qui vont attendre plus longtemps à l’hôpital », répète-t-elle.

     

    Un discours contesté

     

    À l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS), on estime que cette fermeture de lits a un « impact clair » sur les patients. « La direction essaie de noyer le poisson et de nous en faire accroire, mais il y a un impact sur la clientèle parce que l’offre de service globale diminue », affirme le responsable politique pour la région de Montréal, Daniel Dubé.

     

    Ce dernier se désole également de la perte d’expertise dans cet établissement reconnu. « On a perdu une quarantaine de professionnels depuis trois ans en raison des compressions. C’est une grosse perte. »

     

    Impossible également de quantifier avec précision le nombre de postes perdus en lien avec la fermeture de ces 20 lits, « à cause du jeu de chaises ».

     

    Au Conseil de la protection des malades, le président Paul Brunet se fait ironique. « C’est la première fois que j’entends dire qu’il y a des lits en trop en réadaptation », lâche-t-il au bout du fil.

     

    Il s’indigne devant la persistance de certains dirigeants à dire que les compressions ne touchent pas les services. « Il n’y a plus personne qui dit sérieusement que les coupes et les rationalisations n’ont pas d’impact. Et il n’y a plus personne pour y croire. »

     

    Il ajoute que les patients sont nécessairement touchés s’ils doivent se déplacer plus loin pour obtenir ces services. « C’est bien beau de faire des calculs avec des lits sur un territoire, mais si les patients sont déjà poqués, soit à cause de leur âge, de la maladie ou à la suite d’une blessure, et qu’on les envoie encore plus loin pour avoir des services, ça va devenir plus difficile pour ces gens d’aller chercher les soins dont ils ont besoin. »

     

    Ainsi, selon lui, le discours officiel de l’établissement de santé ne tient pas la route. « Ce n’est pas vrai qu’il y a des lits en trop, parce que là où les gens en ont besoin, c’est là, proche d’où ils habitent. »













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