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    Le virus Zika devient une «urgence mondiale»

    Trois Québécois de retour de voyage sont désormais infectés

    2 février 2016 |Marie-Michèle Sioui | Santé

    Le ministère de la Santé a confirmé lundi que trois Québécois sont atteints du Zika, ce même virus que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a qualifié d’« urgence sanitaire mondiale » au terme d’une rencontre d’experts organisée à Genève.

     

    « Ce sont tous des voyageurs », a confirmé Johanne Beauvais, l’attachée de presse du ministre de la Santé, Gaétan Barrette, à propos des cas recensés dans la province. « C’est une maladie à déclaration non obligatoire », a-t-elle ensuite précisé. En clair, cela signifie que des Québécois peuvent être atteints du virus sans que les autorités de la santé soient au courant.

     

    Au pays, l’Agence de la santé publique rappelle que le risque d’infection pour la population canadienne est faible. « Les agents de transmission connus du virus, des moustiques, ne sont pas établis au Canada et ne sont pas bien adaptés à notre climat », peut-on lire sur le site de l’agence gouvernementale.

     

    Femmes enceintes et Jeux olympiques

     

    À l’échelle mondiale, cependant, le virus Zika fait d’importants dommages : l’OMS a déclaré lundi qu’elle redoute quelque quatre millions d’infections dans les Amériques au cours de l’année. Au Brésil, où 1,5 million de cas ont été recensés par l’agence onusienne, le gouvernement a carrément déconseillé aux femmes enceintes de se rendre aux Jeux olympiques, qui auront lieu à Rio de Janeiro en août. En réponse à cet avertissement, le président du Comité international olympique, Thomas Bach, a rappelé que les Jeux olympiques auront lieu pendant l’hiver brésilien, une saison qui n’est pas privilégiée pour la reproduction des moustiques. « […] toutes les mesures ont été prises, car le Brésil est déterminé, car il reste six mois encore pour régler le problème », a-t-il affirmé.

     

    Depuis que le Brésil a sonné l’alarme sur le Zika en octobre, la hausse du nombre d’enfants naissant avec une microcéphalie inquiète. Dans les quatre derniers mois, 270 cas de microcéphalies ont été confirmés dans ce pays, tandis que 3448 cas suspects ont été enregistrés. À ce jour, le lien direct entre le virus et la naissance d’enfants aux crânes anormalement petits n’a toujours pas été établi.

     

    Malgré l’absence de conclusions scientifiques, le groupe d’experts mandaté par l’OMS a conclu que « les grappes de microcéphalie et autres complications neurologiques constituaient un événement extraordinaire et une menace à la santé publique dans d’autres parties du monde », a déclaré la directrice générale de l’agence, Margaret Chan.

     

    Ainsi, la déclaration par l’OMS d’une « urgence de santé publique de portée internationale » doit servir à confirmer ce lien et à réduire le nombre de nouvelles infections, a observé Eric Frost, professeur de microbiologie et d’infectiologie à l’Université de Sherbrooke. « La meilleure façon d’établir le lien [entre l’infection au Zika et la microcéphalie], c’est d’accorder plus d’attention au virus », a-t-il résumé.

     

    La déclaration d’urgence mondiale par l’OMS vise à alerter le monde sur la situation du Zika, à recueillir de l’argent pour ralentir l’épidémie et à accélérer les recherches sur la maladie pour développer des traitements et vaccins.

     

    À court terme, la stratégie risque de passer par le contrôle des moustiques (aedes aegypti ou albopictus) qui sont porteurs du virus, croient les experts. « Il faudra généraliser l’utilisation des moustiquaires, protéger les habitations, traiter les habitations et leurs environs avec des agents chimiques anti-moustiques », a énuméré Lionel Berthoux, professeur au Département de biologie médicale de l’Université du Québec à Trois-Rivières. « On a beaucoup d’expérience avec ces produits antimoustiques en Afrique en raison de la malaria. Ce ne sera pas difficile », a-t-il prédit.

     

    Les agissements du Brésil semblent donner raison au chercheur québécois : pas moins de 220 000 soldats ont déjà été mobilisés pour combattre le moustique aedes aegypti, qui propage non seulement le virus Zika, mais aussi la dengue, la fièvre jaune et le chikungunya.

     

    Stratégies à long terme

     

    Là où les choses risquent de se complexifier, c’est à plus long terme, a déclaré M. Berthoux. « Il sera important d’avoir un moyen de prévenir ou de traiter le Zika. Idéalement, ça prendra les deux », a-t-il affirmé. Selon lui, le développement d’un vaccin, doublé d’un traitement contre l’infection, équivaudrait à une situation idéale.

     

    Pendant que les gouvernements brésilien, américain et canadien s’attellent à développer un vaccin, M. Berthoux attend donc une réponse des instituts de recherche en santé du Canada afin de démarrer un projet de recherche sur un traitement. « Dans le cas du vaccin comme dans celui du traitement, il n’y a pas de garantie que ça fonctionne, et ça va prendre plusieurs années », a-t-il tout de même souligné.

     

    Entre-temps, le professeur Eric Frost suggère aux Canadiennes d’être prudentes. « J’ai l’impression que tant qu’on n’a pas une preuve formelle que ça [le virus Zika] ne cause pas la microcéphalie, les Canadiens doivent prendre plus de précautions », a-t-il avancé. « Il faut essayer d’éviter les piqûres et d’éviter de se rendre dans certains pays si on est une femme enceinte. »













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