Un appel aux «talents créatifs» pour trouver 7,4 millions

Photo: Spencer Platt Getty Images)

Les établissements de santé de l’est de Montréal se trouvent dans une situation financière « alarmante » et doivent trouver 7,4 millions d’ici la fin du mois de mars pour boucler leur budget. La direction impose un gel des dépenses à tous les cadres et les implore de mettre en oeuvre leurs « talents créatifs » pour éponger le déficit.

 

« Je fais appel à votre rigueur, à vos talents créatifs de gestionnaire et à votre sens des responsabilités afin de prendre toutes les décisions qui s’imposent, écrit le p.-d.g. du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de l’Est-de-l’Île-de-Montréal, Yvan Gendron, dans une note de service envoyée à tous les gestionnaires et les chefs de département le 11 janvier dernier. Les dépenses touchant le fonds d’exploitation doivent être limitées à l’essentiel, sans atteinte aux soins et services rendus. »

 

Ce dernier affirme que la situation financière du CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal, qui regroupe notamment les hôpitaux Maisonneuve-Rosemont et Santa Cabrini, était de « de plus en plus préoccupante » depuis novembre. Des efforts ont été déployés ces derniers mois, résume le p.-d.g., mais le « déficit opérationnel » est néanmoins passé de 8,4 à 10,4 millions. « Cette situation est d’autant plus alarmante que nous avons procédé au rapatriement de tous les budgets résiduels disponibles », ajoute-t-il.

 

Il rappelle que le CIUSSS n’a d’autre choix que d’arriver à l’équilibre budgétaire, sans quoi la dépense sera reportée à l’année suivante. « Ceci signifie qu’en plus des compressions budgétaires supplémentaires prévues par le ministère en 2016-2017, nous aurions l’obligation d’ajouter des compressions additionnelles pour résorber notre déficit de l’année précédente. »

 

Le p.-d.g. annonce des « actions spécifiques et concrètes » permettant d’atteindre « des résultats immédiats », dont un gel des dépenses et un « recentrage sur les activités organisationnelles prioritaires ». On veut se concentrer notamment sur le déménagement de l’urgence de l’hôpital Maisonneuve-Rosemont, qui aura lieu ce samedi. La direction du CIUSSS précise au passage que l’on abandonne le projet Planetree, une approche visant à améliorer l’expérience du patient qui a fait l’objet de plusieurs critiques dans les médias récemment.

 

À maintes reprises, dans sa note de service, le p.-d.g. parle de l’urgence d’agir. « Il n’y a pas de petites économies, et je réitère l’importance d’agir dès à présent, à moins de conséquences trop importantes. »

 

Il lance un « appel à tous », une « invitation à livrer un effort collectif pour les intérêts supérieurs de notre population ». Il ajoute qu’il faut « utiliser ce moment difficile comme levier pour réaliser nos aspirations ».

 

Des gains de 3 millions

 

Le ton du message est grave, mais en entrevue au Devoir, le p.-d.g. du CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal tente de se faire rassurant. « Il ne faut pas oublier qu’on a un budget de 1,1 milliard, donc on est à 0,45 % de l’équilibre budgétaire. »

 

Yvan Gendron affirme avoir fait des gains importants depuis que la note de service a été envoyée il y a deux semaines. Le déficit serait ainsi passé de 10,4 à 7,4 millions. Il affirme avoir réussi à récupérer 2 millions en dépenses administratives, notamment grâce à des achats regroupés. L’autre million provient de mesures qui ont été mises en place plus tôt cet automne et qui commencent à porter leurs fruits.

 

Dans la foulée des compressions imposées par Québec, plusieurs affirment qu’il n’y a plus de marge de manoeuvre et que tout ce qui pouvait être coupé l’a déjà été. Mais Yvan Gendron n’est pas de cet avis. « Je pense qu’il y a encore des gains [possibles] et on a cerné certains secteurs. »

 

Dans ce sens, il estime que la fusion des établissements de santé du territoire permet de réaliser des « gains rapides ». Au CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal, on a réussi à gagner 7 millions grâce aux achats en commun et un autre 7 millions avec l’abolition de postes de cadres administratifs, précise-t-il.

 

Services à la population

 

Yvan Gendron répète qu’aucun service à la population n’a été touché jusqu’à présent. « Par contre, c’est sûr que la population continue de vieillir ; les solutions d’aujourd’hui en matière de nombre de ressources ne seront plus suffisantes dans un an ou deux. Il va falloir continuer à augmenter le niveau de service, et ça, c’est le défi, c’est entendu, au-delà de la situation budgétaire du gouvernement. »

 

Se qualifiant d’« optimiste réaliste », il croit être en mesure de respecter le plan de redressement qui sera présenté à Québec dans les prochains jours. « Oui, on a un effort de 7,4 millions encore pour se rendre à l’équilibre budgétaire d’ici le 31 mars. Jusqu’à quel point va-t-on y arriver ? On verra d’ici deux mois. Mais de toute façon, les mesures que l’on entreprend, on veut qu’elles soient récurrentes. On ne veut pas pelleter par en avant et on a une masse budgétaire importante dans laquelle on peut faire des choix. »

 

Message fort

 

Questionné sur la différence de ton entre la note interne, envoyée il y a deux semaines, et son discours en entrevue, le p.-d.g. Yvan Gendron répond qu’il fallait que le message soit « clair et précis » pour aller chercher les résultats attendus de son équipe. « Quand on gère un établissement de 15 000 employés avec 1000 médecins et 5000 stagiaires, il faut que le message marque pour qu’il soit entendu. »

 

Quant à l’appel à la créativité de ses gestionnaires, il répond qu’il veut impliquer ses gestionnaires et leur donner plus d’autonomie. « Le défi, dans toute organisation, c’est la communication. Alors, on voulait leur dire : si vous avez de bonnes idées, faites-le-nous savoir. Proposez-nous des solutions qui vont nous permettre de donner de meilleurs services à moindre coût. Je fais appel aux gens et à leur mobilisation. »

3 commentaires
  • Claudette Ménard - Abonné 28 janvier 2016 00 h 17

    Exiger des 1000 médecins surtout des spécialistes qu'ils comblent ce trou budgétaire à même le trop payé de 400 millions....!

  • Pierre Hélie - Inscrit 28 janvier 2016 07 h 09

    Toujours la même chanson!

    Hier, je répondais ceci dans ces pages à la nouvelle sur les mesures administratives qui menaceraient le système de santé publique:

    ... il faudrait voir qu'on pourrait économiser une fortune en éliminant plusieurs procédures et tests qui au mieux sont inutiles et au pire nuisibles à la santé. Il n'y a malheureusement pas ou très peu de scientifiques (des vrais j'entends) impliqués dans la prise de décision. Si vous voulez avoir une idée du gâchis:

    http://www.wired.com/2014/10/number-needed-to-trea

    Il y a aussi, entre autres, utiliser les grandes compétences des infirmières cliniciennes et des sages-femmes. On peut toujours continuer à chercher les solutions chez les comptables, les économistes et les médecins, mais on ne fera que s'enliser et on chantera toujours la même chanson jusqu'à ce que mort s'en suive.

  • Nicole Ste-Marie - Abonnée 28 janvier 2016 07 h 23

    Pas de problème !

    Une collecte devrait être faite parmis les médecins du Québec qui ont perçu 400,000,000 $ de dollars, en trop en rémunération.

    C'est pas rien 400,000,000$ de dollars, ils doivent être capable de fournir un petit 7.4 millions.
    Bonne chance au médecin.