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Santé: Mundus vult decipi

31 janvier 2004  Santé
Moi aussi, j'aime assez les superstitions, surtout si elles sont jolies et sans conséquences sérieuses. Car une superstition, si on y croit, peut faire beaucoup de mal! Mais les superstitions ou, si on veut, les croyances qui ne sont pas documentées, ainsi que le manque de connaissances qui y conduit tout droit, ont cette aura de mystère qui attire tant de gens.

Cela fait parfois partie de la culture depuis si longtemps qu'on n'y pense pas. Les Chinoises qui ont retardé leur accouchement pour que le bébé naisse dans l'année du singe mettaient les malheurs à venir sur le compte de la chèvre. Le singe rend intelligent et donne bon caractère, comme le démontre de manière éclatante l'ex-maire de New York, Rudolph Giuliani... N'est-ce pas?

Il y a des superstitions inoffensives — boire un verre d'eau par en arrière, la tête en bas, pour arrêter le hoquet, mettre de la margarine sur une ecchymose, manger du céleri contre les rhumatismes — mais on se demande comment elles continuent de se propager! Comme c'est sans conséquences, on aurait tort de dire aux gens ce qu'il ne faut pas faire. Ça me fait penser à l'homéopathie: la science et l'usage sont pour le moment irréconciliables, ce qui n'empêche pas sa popularité grandissante, l'efficacité réitérée par ses adeptes et la rage continue des sceptiques.

Tout ça est bien divertissant. Il ne faut pourtant pas croire que l'homéopathie fait partie des superstitions, pas plus que bon nombre d'approches alternatives en santé, qui ont l'expérience empirique pour alliée.

Mais parfois, les croyances font grand tort. Pensons à l'épilepsie, à l'époque où on disait que les épileptiques étaient possédés par le diable. Il y a encore 50 millions d'épileptiques dans le monde, dont 85 % dans des pays en développement, où l'accès aux soins est le plus souvent difficile. Imaginez ce que peuvent faire la méfiance et les superstitions... à part priver ces malades de traitement. Souvenons-nous qu'au Royaume-Uni, la loi qui interdit aux épileptiques de se marier n'a été changée qu'en 1970.

Un exemple plus récent? Voici ce que disait à l'Organisation mondiale de la santé en 2000 le professeur Portaels, de l'Institut de médecine tropicale d'Anvers, à propos d'un type d'ulcère qui mange la chair: «Des croyances culturelles profondément ancrées empêchent [les gens atteints] de consulter un personnel médical autre que les guérisseurs traditionnels locaux. Beaucoup pensent que la maladie est une malédiction qui les frappe.» N'essayez pas de vous en sortir en vous disant que c'est le Tiers-Monde. Qui n'a pas déjà pensé «ce n'est pas juste!» en se constatant malade? Comme si la maladie était une malédiction, qu'on ne mérite pas soi-même, il va sans dire...

Toutes les maladies ont été accompagnées de superstitions. Masques et crécelles, camphre en pendentif... jusqu'aux antibiotiques! De nos jours, on est souvent superstitieux à l'endroit des médicaments, en les investissant d'un pouvoir curatif qu'ils n'ont pas forcément, ou pas pour le mal dont on souffre. Faute de temps, celui de nos agendas aussi bien que celui du médecin, on préfère croire que savoir, pour paraphraser un certain Yvon...

Je me demande s'il y a un fer à cheval au-dessus de la porte de son auberge! Comme on le sait, les branches du fer captent l'énergie du ciel. D'autres types d'énergie font l'objet de superstitions, et si je vous dis «champs magnétiques», ce n'est pas pour nier les craintes légitimes de leur effet sur notre santé, mais pendant que certains se procurent des bracelets pour parer le magnétisme de leur ordinateur, d'autres font la promotion de la thérapie magnétique pour soigner les blessures — de quoi en perdre le nord!

C'est bien pour ça qu'être léger avec ses superstitions est une meilleure idée que conditionner sa vie autour d'elles. Et, j'insiste, le savoir est préférable au croire. Certaines superstitions populaires sont pourtant charmantes. «À vos souhaits», vous dit-on quand vous éternuez. L'éternuement comme signe du départ temporaire de l'âme et de son retour dans le corps? Il paraît que le Saint-Esprit aurait éternué en annonçant à la Vierge qu'elle était bénie entre toutes... Un chat qui éternue assure la chance à ceux qui l'ont entendu (c'est bon uniquement pour les chats italiens), mais à ce stade, j'ai tout à coup un chat dans la gorge...

«Les superstitions subsistent parce que, à travers l'histoire, les gens ont reconnu que la chance ou la malchance pouvait transformer une vie», affirme le psy Richard Wiseman dans Notre capital chance (Jean-Claude Lattès). On croit d'autant plus à la chance que, par ailleurs, on ne croit plus à grand-chose, dit-il. Avez-vous acheté votre billet de loterie cette semaine? Tiens, si la main droite vous pique, c'est un signe d'argent; si c'est la main gauche, hélas, des dépenses imprévues sont à craindre. Saluer une personne de la main gauche porte malheur. Si l'oeil gauche saute, c'est un signe de trahison. Pauvres gauchers!

Maintenant, n'allez pas me confondre les superstitions et tout ce qui n'est pas prouvé par la sacro-sainte science, voulez-vous? Et, tiens, je vous signale la parution de deux ouvrages pour illustrer ce propos: La Santé de votre dos (avec des exercices, c'est tout à fait bien), et un livre plus écolo, 1001 remèdes naturels (j'ai finalement détaché mon chandail de soie grâce à la fécule de maïs!). Je les ai reçus récemment... Vous n'allez pas me jeter le mauvais oeil, j'espère?


- Mundus vult decipi: en latin, cette expression signifie «le monde veut être dupé». Remarquez qu'à l'heure actuelle, on aime surtout être dupé par le pire.

- Le site de l'OMS sur les champs magnétiques:
http://www.who.int/peh-emf/fr/index.html.

vallieca@hotmail.com
 
 
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