Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Amis du Devoir
    Connectez-vous
    CHU Sainte-Justine

    Moins d’effectifs pour les enfants

    Les services psychosociaux font les frais des compressions

    9 décembre 2015 | Marco Bélair-Cirino - Correspondant parlementaire à Québec | Santé

    La direction du CHU Sainte-Justine réduit ses effectifs psychosociaux afin de boucler son budget, comprimé de 8,6 millions de dollars par le gouvernement libéral. Au moins cinq psychologues et cinq travailleurs sociaux suppléants oeuvrant auprès de patients enfants et leur famille ont reçu un avis de cessation d’emploi de la direction des ressources humaines depuis le début de la semaine, a appris Le Devoir.

     

    Le Centre hospitalier universitaire (CHU) Sainte-Justine s’abstenait de préciser mardi le nombre total de professionnels — employés en neurologie, en cardiologie, en néonatalogie et aux urgences, notamment — visés par les coupes de dernière minute sur le Site Sainte-Justine et au Centre de réadaptation Marie-Enfant (CRME) puisque la « réorganisation » est toujours en cours. « Je n’ai pas le nombre. La réponse est plate : c’est une situation qui est évolutive », a affirmé la porte-parole de l’établissement de santé, Mélanie Dallaire, précisant que quelques agents administratifs avaient aussi fait l’objet d’avis de cessation d’emploi.

     

    Aucun poste n’a été aboli, a-t-elle insisté. En effet, la direction du CHU Sainte-Justine a mis fin aux contrats des remplaçants de psychologues ou de travailleurs sociaux actuellement en congé de maternité ou en préretraite. Les postes demeureront sur papier vacants, et ce, vraisemblablement jusqu’au retour ou au départ définitif de leur titulaire. « Notre budget a été diminué. On doit faire des choix qui sont parfois difficiles », a convenu Mme Dallaire, répétant que le CHU Sainte-Justine mettait tout en oeuvre afin « qu’il n’y ait pas de bris de services ».

     

    Après avoir « cou[ru] d’une chambre à l’autre », une psychologue — préférant ne pas être nommée par Le Devoir — a été avisée en début de semaine qu’elle doit faire ses adieux à ses jeunes patients d’ici la fin du mois. Elle n’ose pas penser à « toutes les familles qu[’elle va] laisser tomber ». Elle se désole de devoir rompre du jour au lendemain des « relations de confiance » tissées souvent au prix de grands efforts. « Ça n’a aucun sens de faire vivre aux familles cette situation-là. [Par exemple, on doit] établir une relation de confiance pour qu’une famille finisse par parler par exemple de la mort anticipée de son enfant », a-t-elle souligné lors d’un entretien avec Le Devoir.

     

    La psychologue d’expérience a accompagné au fil des dernières semaines « des enfants qui ont beaucoup de difficulté à vivre le fait d’avoir une maladie chronique ». « Je cours d’une chambre à l’autre. C’est un travail extrême auprès d’enfants parfois entre la vie et la mort », fait-elle remarquer. Elle voit mal comment l’équipe permanente de professionnels saura trouver le temps nécessaire pour suivre adéquatement les enfants, les adolescents et les mères de passage au CHU Sainte-Justine.

     

    À ses yeux, la recherche d’économies dans le milieu hospitalier québécois a pris des proportions exagérées. « On en est rendu à se faire dire “Ne prenez pas de Post-it” ou “Prenez le moins de crayons possible”. »

     

    « Jouer aux pompiers »

     

    La présidente de la Fédération des professionnèles de la CSN, Ginette Langlois, dénonce une nouvelle « coupe de services » dans le réseau de la santé et des services sociaux, qui s’inscrit, selon elle, dans la « lente privatisation de certains services » amorcée par le gouvernement libéral. La mise à pied d’une dizaine de psychologues et de travailleurs sociaux au CHU Sainte-Justine constitue une nouvelle « manifestation flagrante de l’austérité » — mot honni par le président du Conseil du trésor, Martin Coiteux —, est-elle d’avis.

     

    Mme Langlois appréhende également les efforts qui seront demandés au personnel permanent afin de pallier l’absence du personnel temporaire. « Il faut répartir ces services-là auprès d’autres personnes qui sont déjà en surcharge de travail. On va leur demander de faire plus avec moins. Un moment donné, il y a une limite au nombre d’heures dans une journée », a-t-elle averti.

     

    La dirigeante syndicale — travailleuse sociale de formation — exhorte les décideurs politiques à mieux valoriser les « services essentiels » offerts par les psychologues et les travailleurs sociaux dans les établissements de santé. Même si leur « travail est invisible » : ces professionnels aident des « personnes malades » dans leur « cheminement psychologique », contribuant ainsi à leur « leur guérison », a-t-elle souligné à gros traits.

     

    La présidente de la section locale du Syndicat des technicien-nes et professionnel-les de la santé et des services sociaux du Québec (STEPSSSQ/FP-CSN), Dominique Pallanca, juge la situation « alarmante » au CHU Sainte-Justine. Elle craint de voir des dossiers « mis en attente » et des enfants et leur famille « abandonnés ». « Comment va se faire la distribution des dossiers ? » demande-t-elle à l’autre bout du fil.

     

    La psychologue invite tous ses confrères et toutes ses consoeurs à contester la décision de l’établissement en apposant leur signature au bas d’une lettre lors de la journée de grève générale du Front commun des employés de l’État ce mercredi. « L’employeur a le droit de mettre fin à une affectation, mais comme ça, à la veille de Noël, on trouve ça particulièrement cheap ! » lance Mme Pallanca.













    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires


    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.