Moins d’effectifs pour les enfants

La direction du CHU Sainte-Justine réduit ses effectifs psychosociaux afin de boucler son budget, comprimé de 8,6 millions de dollars par le gouvernement libéral. Au moins cinq psychologues et cinq travailleurs sociaux suppléants oeuvrant auprès de patients enfants et leur famille ont reçu un avis de cessation d’emploi de la direction des ressources humaines depuis le début de la semaine, a appris Le Devoir.

 

Le Centre hospitalier universitaire (CHU) Sainte-Justine s’abstenait de préciser mardi le nombre total de professionnels — employés en neurologie, en cardiologie, en néonatalogie et aux urgences, notamment — visés par les coupes de dernière minute sur le Site Sainte-Justine et au Centre de réadaptation Marie-Enfant (CRME) puisque la « réorganisation » est toujours en cours. « Je n’ai pas le nombre. La réponse est plate : c’est une situation qui est évolutive », a affirmé la porte-parole de l’établissement de santé, Mélanie Dallaire, précisant que quelques agents administratifs avaient aussi fait l’objet d’avis de cessation d’emploi.

 

Aucun poste n’a été aboli, a-t-elle insisté. En effet, la direction du CHU Sainte-Justine a mis fin aux contrats des remplaçants de psychologues ou de travailleurs sociaux actuellement en congé de maternité ou en préretraite. Les postes demeureront sur papier vacants, et ce, vraisemblablement jusqu’au retour ou au départ définitif de leur titulaire. « Notre budget a été diminué. On doit faire des choix qui sont parfois difficiles », a convenu Mme Dallaire, répétant que le CHU Sainte-Justine mettait tout en oeuvre afin « qu’il n’y ait pas de bris de services ».

 

Après avoir « cou[ru] d’une chambre à l’autre », une psychologue — préférant ne pas être nommée par Le Devoir — a été avisée en début de semaine qu’elle doit faire ses adieux à ses jeunes patients d’ici la fin du mois. Elle n’ose pas penser à « toutes les familles qu[’elle va] laisser tomber ». Elle se désole de devoir rompre du jour au lendemain des « relations de confiance » tissées souvent au prix de grands efforts. « Ça n’a aucun sens de faire vivre aux familles cette situation-là. [Par exemple, on doit] établir une relation de confiance pour qu’une famille finisse par parler par exemple de la mort anticipée de son enfant », a-t-elle souligné lors d’un entretien avec Le Devoir.

 

La psychologue d’expérience a accompagné au fil des dernières semaines « des enfants qui ont beaucoup de difficulté à vivre le fait d’avoir une maladie chronique ». « Je cours d’une chambre à l’autre. C’est un travail extrême auprès d’enfants parfois entre la vie et la mort », fait-elle remarquer. Elle voit mal comment l’équipe permanente de professionnels saura trouver le temps nécessaire pour suivre adéquatement les enfants, les adolescents et les mères de passage au CHU Sainte-Justine.

 

À ses yeux, la recherche d’économies dans le milieu hospitalier québécois a pris des proportions exagérées. « On en est rendu à se faire dire “Ne prenez pas de Post-it” ou “Prenez le moins de crayons possible”. »

 

« Jouer aux pompiers »

 

La présidente de la Fédération des professionnèles de la CSN, Ginette Langlois, dénonce une nouvelle « coupe de services » dans le réseau de la santé et des services sociaux, qui s’inscrit, selon elle, dans la « lente privatisation de certains services » amorcée par le gouvernement libéral. La mise à pied d’une dizaine de psychologues et de travailleurs sociaux au CHU Sainte-Justine constitue une nouvelle « manifestation flagrante de l’austérité » — mot honni par le président du Conseil du trésor, Martin Coiteux —, est-elle d’avis.

 

Mme Langlois appréhende également les efforts qui seront demandés au personnel permanent afin de pallier l’absence du personnel temporaire. « Il faut répartir ces services-là auprès d’autres personnes qui sont déjà en surcharge de travail. On va leur demander de faire plus avec moins. Un moment donné, il y a une limite au nombre d’heures dans une journée », a-t-elle averti.

 

La dirigeante syndicale — travailleuse sociale de formation — exhorte les décideurs politiques à mieux valoriser les « services essentiels » offerts par les psychologues et les travailleurs sociaux dans les établissements de santé. Même si leur « travail est invisible » : ces professionnels aident des « personnes malades » dans leur « cheminement psychologique », contribuant ainsi à leur « leur guérison », a-t-elle souligné à gros traits.

 

La présidente de la section locale du Syndicat des technicien-nes et professionnel-les de la santé et des services sociaux du Québec (STEPSSSQ/FP-CSN), Dominique Pallanca, juge la situation « alarmante » au CHU Sainte-Justine. Elle craint de voir des dossiers « mis en attente » et des enfants et leur famille « abandonnés ». « Comment va se faire la distribution des dossiers ? » demande-t-elle à l’autre bout du fil.

 

La psychologue invite tous ses confrères et toutes ses consoeurs à contester la décision de l’établissement en apposant leur signature au bas d’une lettre lors de la journée de grève générale du Front commun des employés de l’État ce mercredi. « L’employeur a le droit de mettre fin à une affectation, mais comme ça, à la veille de Noël, on trouve ça particulièrement cheap ! » lance Mme Pallanca.

Il faut répartir ces services-là auprès d’autres personnes qui sont déjà en surcharge de travail. On va leur demander de faire plus avec moins. Un moment donné, il y a une limite au nombre d’heures dans une journée.

Je cours d’une chambre à l’autre. C’est un travail extrême auprès d’enfants parfois entre la vie et la mort.

20 commentaires
  • Robert Beauchamp - Abonné 9 décembre 2015 01 h 33

    L'incohérence.

    Pendant que l'on embauche des conseillers en immigration à grand frais, pendant que l'on ouvre Royal Vic et que le politique veut montrer à la face du monde que l'on sait recevoir, on coupe dans un hôpital pour nos enfants. On n'est pas à une incohérence près. On peut ajouter les milliards à Bombaardier, les milliards aux médecins et au Plan Nord en pleine déconfiture des marchés etc... De l'argent on en trouve...

    • Dominique Boucher - Abonné 9 décembre 2015 12 h 17

      Tiens, ça vous a frappé, vous aussi? Incohérence et hypocrisie. Je ne sais plus combien de fois par jour, ces temps-ci, lisant un article, une chronique, entendant quelqu'un à la radio, je m'entends répèter «hypocrisie, hypocrisie, hypocrisie». J'en viens à m'en lasser moi-même...

      Jean-Marc Gélineau, Montréal

  • Denis Paquette - Abonné 9 décembre 2015 02 h 35

    Quel Chenapan

    voila ce qui arrive quand un ministre se permet d'incarner a lui seul le pouvoir, on dirait qu'ils ont tous attraper le syndrome Harper, il faudrait bien leur réserver le meme sort

  • André Nadon - Abonné 9 décembre 2015 04 h 30

    Pas de problème.

    Il n'y aura aucune opposition de la part de l'administration, puisque son chef, le Dr Brunet vient d'être nommé également responsable du CHUM par le ministre Barrette.
    Tout va bien dans le royaume.

  • Yves Côté - Abonné 9 décembre 2015 04 h 59

    Politiques destructrices et méprisables...

    Les politiques d'Etat actuelles, celles des coupures de budgets en santé des enfants plus que toute autre, sont tout aussi destructrices pour notre société qu'elles sont carrément méprisables.
    Le gouvernement Couillard, sous couvert de moins en moins efficace de mettre de l'ordre dans les dépenses publiques, s'acharne à déchirer cette couverture sociale et scolaire qu'il nous a fallut deux générations d'effort pour tisser au Québec. Les libéraux des années 60 à 90 y participant d'ailleurs eux-mêmes largement...
    L'objectif de Monsieur Couillard est clair et déterminé : montrer aux Québécois qu'ils ne forment certainement pas un peuple, puisqu'ils ne sont plus qu'un groupe linguistique désolidarisé d'une culture significative, et les dépouiller de tout pouvoir politique déterminant au Canada.
    En 1995, les autorités fédéralistes et leurs défenseurs monarchistes, de la grande frousse qu'ils ont eue, n'ont retenue comme leçon que la nécessité d'éliminer tout risque d'une seconde vague populaire éventuelle en faveur de l'indépendance républicaine du Québec. Eliminant d'emblée la possibilité d'inflexion politique du Canada pour mieux intégrer les besoins spécifiques des Québecois francophones dans leur pays et prenant pour décision de déconstruire, sinon de démolir, tout ce qu'ils se sont donnés comme particularités véritables en matière culturelle, sociale et éducative.
    En somme, tout ce à quoi le gouvernement Couillard s'est attablé à condamner par des actions qui ne cessent de détruire. Alors même que ce que noûs avons tous besoin au Québec, et de manière de plus en plus urgente, c'est d'une volonté de construire notre présent et notre avenir de manière concertée et solidaire.
    Chose indiscutablement montrée par l'emprise importante de la corruption sur nos processus officiel de gestion collective; cela témoignant comme jamais du délitement utile pour le Canada de notre société.

  • Claude Paradis - Abonné 9 décembre 2015 06 h 39

    Déficit humain

    L'aide psychologique aux patients, notamment aux enfants atteints d'une maladie chronique ainsi qu'à leurs parents, de toute évidence, cela ne fait partie des VRAIES AFFAIRES dont il faut s'occuper. Le gouvernement libéral, à force de couper généreusement, contribue largement au déficit humain de notre société. Quand nous déciderons-nous à nous donner un gouvernement qui aura pour objectif le déficit humain zéro?

    • Pascal Cauden - Inscrit 9 décembre 2015 11 h 18

      Avec le système éléctoral actuel et l'absence d'alternative politique c'est pas demain la veille. Les libéraux le savent et en profite copieusement. Il n'y a juste pas de choix valable. On a besoin d'une réforme éléctorale et de l'emergence de nouveaux partis sérieux (Où est le NPD Qc ????).

    • Yves Corbeil - Inscrit 9 décembre 2015 12 h 49

      Les vraies affaires, c'est ce que les gens ne connaissaient pas quand ils ont voté pour ce gouvernement qui n'a cessé de rabattre les oreilles de tous le monde en campagne, ça et la séparation si tu vote pas pour eux.