La triste histoire d'une vie menée dans le secret
Certains la jugeaient d'une minutie obsessive, d'autres, d'une infinie compétence. Chose certaine, son perfectionnisme ne laissait personne indifférent et faisait même grincer des dents à l'occasion. Aujourd'hui, tous ses proches collègues comprennent pourquoi.
La divulgation par plusieurs médias hier de l'identité de Maria Di Lorenzo, cette chirurgienne séropositive qui, sans que la haute administration de l'hôpital Sainte-Justine ne soit informée de son état de santé, a opéré 2614 enfants entre 1990 et juin 2003, a causé une onde de choc parmi les médecins et le personnel de la santé de l'hôpital Sainte-Justine qui l'ont connue.
Compte tenu du tollé soulevé dans l'opinion publique par le choix de la chirurgienne de cacher sa séropositivité et de continuer sa pratique, Le Devoir a cru bon, maintenant que son identité a été dévoilée, de faire la lumière sur la façon dont elle pratiquait son métier et les gestes qu'elle acceptait ou refusait de faire pour protéger ses patients.
Chose certaine, le secret aura été gardé jusqu'à la fin. Maria Di Lorenzo était considérée par son entourage comme une femme extrêmement discrète, voire solitaire par moments. Plusieurs de ses amis et collègues qui la côtoyaient presque quotidiennement n'ont appris que jeudi ce volet caché de sa vie, qu'elle tenait à taire à tout prix.
Selon nos informations, même ses plus proches collaborateurs, notamment sa secrétaire et ses assistantes en salle d'opération, ignoraient tout de son état de santé. Hormis son supérieur immédiat, le chef du département de chirurgie, et quelques chirurgiens, personne, jusqu'à tout récemment, ne connaissait le drame humain et professionnel qu'elle vivait en secret depuis 13 ans.
Encore en juin dernier, lorsque, amaigrie et malade, elle avait discrètement annoncé à ses supérieurs qu'elle quittait son travail pour des raisons de santé, elle aurait alors invoqué un grave problème du système immunitaire. Depuis janvier 2003, elle s'était plainte de nombreux problèmes de santé et d'une grande fatigue.
Tous la trouvaient extrêmement compétente mais parfois capable d'un zèle un brin intempestif. Un médecin de Sainte-Justine qui a requis l'anonymat affirme même que plusieurs médecins jugeaient la chirurgienne un peu trop exigeante en ce qui a trait aux conditions d'asepsie en salle d'opération. Une attitude qui rassure et qui s'explique fort bien aujourd'hui mais qui apparaissait surprenante à l'époque.
«Elle portait toujours deux paires de gants et réagissait fortement lorsque certaines procédures n'étaient pas suivies à la lettre. Son perfectionnisme dérangeait même certaines personnes. On peut la comprendre aujourd'hui», a raconté ce médecin hier.
D'autres médecins se surprenaient de voir qu'elle refusait systématiquement certaines de leurs demandes de consultation. «Elle refusait catégoriquement d'opérer des femmes enceintes, mais elle ne nous disait pas pourquoi. Parfois, cela choquait certains médecins, qui attribuaient cela à son caractère», a expliqué un spécialiste du Centre Mère-Enfant.
Cette chirurgienne refusait aussi, au grand étonnement de ses collègues qui ignoraient les mesures de précaution auxquelles elle devait se soumettre, de procéder à toute chirurgie impliquant une intervention sur des os.
De façon générale, on se souvient de Maria Di Lorenzo comme d'une professionnelle discrète et réservée, qui se mêlait peu aux activités sociales de l'hôpital, même si elle y travaillait depuis 1990. À l'Université de Montréal aussi, où elle avait récemment décroché un poste de professeur de carrière en 2002, une position hautement convoitée et attribuée aux seuls professeurs s'étant distingués par leurs contributions scientifiques et professorales, on ignorait tout de son état de santé. Avant cette nomination, elle enseignait la chirurgie aux étudiants de la faculté de médecine à titre de professeur de clinique.
«Elle était très à son affaire. En 2002, nous l'avions recrutée comme professeur titulaire sur la base de son dossier, qui était excellent, tant sur le plan de la recherche que sur celui de l'enseignement», a soutenu hier un autre médecin, qui a tenu lui aussi à conserver l'anonymat.
Son départ soudain, en juin dernier, a semé la surprise parmi ses collègues. Pendant toute son agonie, le secret total a été gardé sur la cause véritable de son état de santé déclinant. En août, son décès subit, alors attribué à une leucémie foudroyante, a d'ailleurs surpris ses plus proches collègues. Issue d'une famille très catholique et sans enfant ni conjoint actuel, Maria Di Lorenzo est décédée dans l'anonymat le plus total, à l'Hôpital général juif de Montréal. Selon nos informations, seuls ses médecins traitants étaient au fait des causes véritables de sa mort.
Ce n'est qu'au moment des obsèques, en août dernier, que certains médecins de Sainte-Justine ont appris que leur collègue était en fait décédée des complications du VIH. À l'époque, il semble qu'aucune de ces personnes n'ait jugé bon d'en aviser la direction de l'hôpital.
Diplômée en médecine de l'Université de Sherbrooke, le Dr Di Lorenzo a complété sa spécialité en chirurgie générale en 1995 et a parfait sa formation de chirurgienne à l'hôpital Sainte-Justine en 1988. Avant d'y établir sa pratique, elle s'est cependant rendue aux États-Unis pour y compléter un fellowship spécialisé en chirurgie pédiatrique. Ce n'est qu'en 1991, alors qu'elle était âgée de 35 ans, que le Dr Di Lorenzo a dévoilé à ses supérieurs être porteuse du VIH.
La divulgation de la séropositivité de ce médecin a d'ailleurs causé une onde de choc dans sa famille qui, selon nos informations, ignorait tout des vraies causes de son décès. En état de choc, ses parents ont d'ailleurs choisi ces derniers jours de quitter temporairement leur domicile, harassés par les appels de parents en colère qui proféraient des injures contre leur fille. Triste histoire.
Chose certaine, le Dr Di Lorenzo a réussi à garder son état de santé totalement secret, tout au long de sa carrière, sans éveiller l'ombre d'un soupçon parmi ses proches. Et cela, malgré toutes les mesures de sécurité auxquelles elle s'astreignait dans sa pratique quotidienne.
La divulgation par plusieurs médias hier de l'identité de Maria Di Lorenzo, cette chirurgienne séropositive qui, sans que la haute administration de l'hôpital Sainte-Justine ne soit informée de son état de santé, a opéré 2614 enfants entre 1990 et juin 2003, a causé une onde de choc parmi les médecins et le personnel de la santé de l'hôpital Sainte-Justine qui l'ont connue.
Compte tenu du tollé soulevé dans l'opinion publique par le choix de la chirurgienne de cacher sa séropositivité et de continuer sa pratique, Le Devoir a cru bon, maintenant que son identité a été dévoilée, de faire la lumière sur la façon dont elle pratiquait son métier et les gestes qu'elle acceptait ou refusait de faire pour protéger ses patients.
Chose certaine, le secret aura été gardé jusqu'à la fin. Maria Di Lorenzo était considérée par son entourage comme une femme extrêmement discrète, voire solitaire par moments. Plusieurs de ses amis et collègues qui la côtoyaient presque quotidiennement n'ont appris que jeudi ce volet caché de sa vie, qu'elle tenait à taire à tout prix.
Selon nos informations, même ses plus proches collaborateurs, notamment sa secrétaire et ses assistantes en salle d'opération, ignoraient tout de son état de santé. Hormis son supérieur immédiat, le chef du département de chirurgie, et quelques chirurgiens, personne, jusqu'à tout récemment, ne connaissait le drame humain et professionnel qu'elle vivait en secret depuis 13 ans.
Encore en juin dernier, lorsque, amaigrie et malade, elle avait discrètement annoncé à ses supérieurs qu'elle quittait son travail pour des raisons de santé, elle aurait alors invoqué un grave problème du système immunitaire. Depuis janvier 2003, elle s'était plainte de nombreux problèmes de santé et d'une grande fatigue.
Tous la trouvaient extrêmement compétente mais parfois capable d'un zèle un brin intempestif. Un médecin de Sainte-Justine qui a requis l'anonymat affirme même que plusieurs médecins jugeaient la chirurgienne un peu trop exigeante en ce qui a trait aux conditions d'asepsie en salle d'opération. Une attitude qui rassure et qui s'explique fort bien aujourd'hui mais qui apparaissait surprenante à l'époque.
«Elle portait toujours deux paires de gants et réagissait fortement lorsque certaines procédures n'étaient pas suivies à la lettre. Son perfectionnisme dérangeait même certaines personnes. On peut la comprendre aujourd'hui», a raconté ce médecin hier.
D'autres médecins se surprenaient de voir qu'elle refusait systématiquement certaines de leurs demandes de consultation. «Elle refusait catégoriquement d'opérer des femmes enceintes, mais elle ne nous disait pas pourquoi. Parfois, cela choquait certains médecins, qui attribuaient cela à son caractère», a expliqué un spécialiste du Centre Mère-Enfant.
Cette chirurgienne refusait aussi, au grand étonnement de ses collègues qui ignoraient les mesures de précaution auxquelles elle devait se soumettre, de procéder à toute chirurgie impliquant une intervention sur des os.
De façon générale, on se souvient de Maria Di Lorenzo comme d'une professionnelle discrète et réservée, qui se mêlait peu aux activités sociales de l'hôpital, même si elle y travaillait depuis 1990. À l'Université de Montréal aussi, où elle avait récemment décroché un poste de professeur de carrière en 2002, une position hautement convoitée et attribuée aux seuls professeurs s'étant distingués par leurs contributions scientifiques et professorales, on ignorait tout de son état de santé. Avant cette nomination, elle enseignait la chirurgie aux étudiants de la faculté de médecine à titre de professeur de clinique.
«Elle était très à son affaire. En 2002, nous l'avions recrutée comme professeur titulaire sur la base de son dossier, qui était excellent, tant sur le plan de la recherche que sur celui de l'enseignement», a soutenu hier un autre médecin, qui a tenu lui aussi à conserver l'anonymat.
Son départ soudain, en juin dernier, a semé la surprise parmi ses collègues. Pendant toute son agonie, le secret total a été gardé sur la cause véritable de son état de santé déclinant. En août, son décès subit, alors attribué à une leucémie foudroyante, a d'ailleurs surpris ses plus proches collègues. Issue d'une famille très catholique et sans enfant ni conjoint actuel, Maria Di Lorenzo est décédée dans l'anonymat le plus total, à l'Hôpital général juif de Montréal. Selon nos informations, seuls ses médecins traitants étaient au fait des causes véritables de sa mort.
Ce n'est qu'au moment des obsèques, en août dernier, que certains médecins de Sainte-Justine ont appris que leur collègue était en fait décédée des complications du VIH. À l'époque, il semble qu'aucune de ces personnes n'ait jugé bon d'en aviser la direction de l'hôpital.
Diplômée en médecine de l'Université de Sherbrooke, le Dr Di Lorenzo a complété sa spécialité en chirurgie générale en 1995 et a parfait sa formation de chirurgienne à l'hôpital Sainte-Justine en 1988. Avant d'y établir sa pratique, elle s'est cependant rendue aux États-Unis pour y compléter un fellowship spécialisé en chirurgie pédiatrique. Ce n'est qu'en 1991, alors qu'elle était âgée de 35 ans, que le Dr Di Lorenzo a dévoilé à ses supérieurs être porteuse du VIH.
La divulgation de la séropositivité de ce médecin a d'ailleurs causé une onde de choc dans sa famille qui, selon nos informations, ignorait tout des vraies causes de son décès. En état de choc, ses parents ont d'ailleurs choisi ces derniers jours de quitter temporairement leur domicile, harassés par les appels de parents en colère qui proféraient des injures contre leur fille. Triste histoire.
Chose certaine, le Dr Di Lorenzo a réussi à garder son état de santé totalement secret, tout au long de sa carrière, sans éveiller l'ombre d'un soupçon parmi ses proches. Et cela, malgré toutes les mesures de sécurité auxquelles elle s'astreignait dans sa pratique quotidienne.
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