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    Santé mentale

    Faire mieux avec moins

    28 novembre 2015 | Claude Lafleur - Collaborateur | Santé
    « L’un des problèmes qu’on a actuellement, c’est que, tant que les jeunes sont suivis par la pédopsychiatrie, ça va. Mais arrivés à 18 ans, ils passent à la psychiatrie adulte et c’est souvent là qu’on les échappe… Et finalement, ce sont eux qu’on retrouve dans la rue quelques années plus tard », explique M. Latulippe.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir « L’un des problèmes qu’on a actuellement, c’est que, tant que les jeunes sont suivis par la pédopsychiatrie, ça va. Mais arrivés à 18 ans, ils passent à la psychiatrie adulte et c’est souvent là qu’on les échappe… Et finalement, ce sont eux qu’on retrouve dans la rue quelques années plus tard », explique M. Latulippe.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    Le 9 octobre dernier, Gaétan Barrette a procédé au lancement du Plan d’action en santé mentale 2015-2020, intitulé « Faire ensemble et autrement ». Ce plan vise à aider les personnes atteintes de troubles mentaux et leurs proches à obtenir des soins et des services, ainsi qu’à favoriser la prévention de la maladie mentale et du suicide. Ce plan, qui fait suite à celui énoncé en 2005, est, comme le déclarait le ministre de la Santé et des Services sociaux, « en continuité avec ce qui a été fait jusqu’à maintenant, dans un esprit de concertation qui rallie tous les partenaires du milieu ».

     

    Mais est-ce bien le cas ?

     

    Ce plan était attendu depuis longtemps par le milieu communautaire puisqu’il détermine l’organisation des soins en santé mentale à travers le réseau de la santé.

     

    « On constate qu’il est en grande continuité avec l’autre plan, confirme Yves Blanchette, directeur du ROBSM 04-17, et donc qu’il y a beaucoup de choses qui n’ont pas encore été réalisées. »

     

    Le premier plan remonte à dix ans et devait s’étendre sur cinq ans, rappelle pour sa part Daniel Latulippe, directeur par intérim du RACOR. « Ce plan a eu beaucoup de difficulté à s’implanter et a eu toutes sortes de ratés puisqu’il proposait un important changement de culture. »

     

    Yves Blanchette dirige le Regroupement des organismes de base en santé mentale des régions administratives de la Mauricie (04) et du Centre-du-Québec (17). Ce ROBSM 04-17 regroupe 35 organismes communautaires oeuvrant notamment en prévention du suicide, en hébergements de toutes sortes, en entraide et centres de jour, des regroupements de parents et de proches, ou pour l’accès au logement et au travail, etc. Pour sa part, Daniel Latulippe dirige par intérim le Réseau alternatif et communautaire des organismes en santé mentale de l’île de Montréal (RACOR), donc le regroupement des organismes communautaires en santé mentale de Montréal.

     

    « Nous disons que c’est un beau plan, qui exprime de belles intentions, pose M. Blanchette. Mais est-ce que ce sera comme le précédent, où on aboutira finalement à certaines choses mais pas à ce qu’on aurait voulu ? »

     

    Objectif : accéder aux soins en santé mentale

     

    Ces plans en santé mentale sont l’oeuvre d’une équipe dirigée par le Dr André Delorme, explique Daniel Latulippe. « Le premier plan devait s’étendre sur cinq ans, mais, comme il proposait un grand changement de culture, ç’a été ardu, compliqué et long. »

     

    Il visait à donner accès aux soins de santé mentale en créant une « première ligne », c’est-à-dire la possibilité d’obtenir des premiers soins et d’entrer dans le réseau — ce qui est aujourd’hui encore problématique. « C’est une bonne idée que de créer un véritable service de première ligne, déclare Daniel Latulippe. Au terme des cinq premières années, ça commençait à s’établir, mais il y a eu ensuite cinq années de flottement, de sorte que dix ans plus tard, on est loin d’avoir atteint l’objectif. »

     

    « Dans le fond, ce que le ministre Barrette nous dit, c’est: “Ce que nous faisons depuis dix ans, on continue de le faire et on va essayer de le faire mieux”, poursuit-il. Il n’y a donc pas de changements d’orientation ni rien de spectaculaire sur le plan de l’organisation ; tout ce qu’on fera, ce sera de chercher à installer correctement une première ligne en santé mentale. » Ce changement touche toutefois le personnel de la « deuxième ligne », c’est-à-dire les services de psychiatrie des hôpitaux, « qui ont offert une certaine résistance », observe M. Latulippe.

     

    Les bons côtés du plan

     

    À cette fin, le plan crée un programme de suivi dans la communauté. « Envoyer du personnel sur le terrain pour qu’il aille dans le milieu de vie des patients est une excellente chose, pose Daniel Latulippe, puisque ça permet de comprendre la réalité de ce qu’ils vivent. »

     

    Il s’agit en fait d’aider la personne atteinte d’une maladie mentale à développer des habiletés de vie. « Voilà qui est très intéressant pour la qualité de vie de la personne et pour diminuer les risques qu’elle retourne à l’hôpital », observe-t-il.

     

    Mais le plan ratisse aussi plus large, puisqu’il englobe l’itinérance et fusionne les programmes de santé mentale et de dépendance. Il rappelle également la primauté de la personne, la reconnaissance des membres de l’entourage, la promotion et la défense des droits. « Tout ça devrait avoir un bon impact à long terme », commente le directeur par intérim du RACOR.

     

    Le ministère souhaite en outre la création de centres intégrés pour les 12-25 ans. « L’un des problèmes qu’on a actuellement, c’est que, tant que les jeunes sont suivis par la pédopsychiatrie, ça va, explique M. Latulippe. Mais arrivés à 18 ans, ils passent à la psychiatrie adulte et c’est souvent là qu’on les échappe… Et finalement, ce sont eux qu’on retrouve dans la rue quelques années plus tard. C’est dire que d’étendre le suivi jusqu’à 25 ans est une excellente chose ! »

     

    Le financement au rendez-vous ?

     

    Par contre, tant Daniel Latulippe qu’Yves Blanchette s’inquiètent du financement des « belles mesures » énoncées dans le plan. « Ça requiert du financement, indique ce dernier. Or, malheureusement, le ministre nous annonce 70 millions de dollars de plus dans trois, quatre ou cinq ans, et en lien avec la réorganisation du réseau et des économies qu’il pourrait faire… »

     

    En outre, la reconnaissance des groupes communautaires est un peu timide, estime Yves Blanchette. « Elle est là, on nous reconnaît, mais on sait aussi que, comme groupes communautaires, il y aura peu d’argent pour financer ce qu’on nous promet, dit-il. Aussi, le type de financement pourrait remettre en question notre autonomie… »

     

    Néanmoins, le directeur du ROBSM 04-17 rapporte que, pour avoir rencontré récemment le Dr Delorme, « les volontés sont là et celui-ci veut travailler en collaboration avec nous. Le Dr Delorme ne nous dit pas que ce sera facile, mais je pense qu’il a la volonté… bien que l’application de tout ce que renferme le plan soit complexe et tributaire de la façon dont le système de santé réussira à se refinancer ».

     

    « Si le plan était appliqué, ce serait une avancée remarquable », de conclure Daniel Latulippe.













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