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    Université de Montréal

    L’approche patient partenaire gagne le Québec

    28 novembre 2015 | Martine Letarte - Collaboratrice | Santé
    Les patients participent aux activités d’enseignement à la Faculté de médecine de l’UdeM avec la collaboration du Bureau de l’éthique clinique et du Comité interfacultaire opérationnel de formation à la collaboration interprofessionnelle.
    Photo: Source IStock Les patients participent aux activités d’enseignement à la Faculté de médecine de l’UdeM avec la collaboration du Bureau de l’éthique clinique et du Comité interfacultaire opérationnel de formation à la collaboration interprofessionnelle.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    L’arrivée de l’approche du patient partenaire il y a cinq ans à la Faculté de médecine de l’Université de Montréal (UdeM) a permis de réaliser une véritable révolution dans les salles de classe alors que plus de 200 patients ont été embauchés et formés afin d’enrichir l’enseignement. Ce changement se propage maintenant dans plusieurs établissements de santé de la province.


    Un centre d’hébergement de soins de longue durée (CHSLD) décide d’intégrer ses patients à ses efforts d’amélioration continue. L’équipe clinique choisit des patients pour travailler avec eux et une première rencontre a lieu. Autour de la table se trouve entre autres une patiente de 40 ans en fauteuil roulant. Elle est arrivée au CHSLD à 19 ans, elle y travaille et y est complètement intégrée socialement. Personne ne connaît mieux qu’elle le CHSLD et elle a une foule d’idées concrètes de changements. L’équipe clinique saisit alors à quel point l’expérience de cette dame est précieuse dans le processus d’amélioration des soins.

     

    « Une fois que les professionnels réalisent la valeur ajoutée du savoir du patient qui expérimente le réseau de la santé tous les jours, ils ne reviennent plus en arrière », constate Vincent Dumez, codirecteur, Direction collaboration et partenariat patient (DCPP), Faculté de médecine, UdeM.

     

    « Nous avons aidé une trentaine d’établissements de soins au Québec à réaliser un partenariat avec les patients dans leur processus d’amélioration continue, affirme André Néron, directeur associé, DCPP. Au total, depuis 2011, nous avons rencontré plus de 30 000 professionnels de la santé à travers le Québec et à l’étranger. »

     

    De nombreux changements demandés par les patients entourent l’annonce des diagnostics. « Plusieurs patients veulent plus d’informations concernant la maladie et le processus de soins, explique Vincent Dumez. Ils veulent être plus impliqués dans les décisions, dans l’élaboration du plan de soins. Ils veulent développer de meilleures compétences afin de devenir autonomes pour assumer une partie des soins une fois rendus à la maison. On assiste à un changement de culture majeur. Historiquement, le patient était pris en charge ; on ne lui demandait pas vraiment son avis. »

     

    Pour de meilleurs résultats

     

    C’est avec Vincent Dumez que le virage du patient partenaire a été entrepris en 2010 à la Faculté de médecine de l’Université de Montréal. Hémophile et victime du scandale du sang contaminé, qui lui a valu de contracter le VIH et les hépatites, Vincent Dumez n’a eu d’autre choix que de développer une très bonne connaissance du milieu de la santé avec ses visites régulières à l’hôpital.

     

    Même s’il est devenu assez autonome — il s’autoperfuse tous les deux jours et prend quotidiennement un cocktail de médicaments—, il doit tout de même encore se retrouver à l’hôpital environ une fois par mois pour différents suivis.

     

    La gestion des soins demeure un enjeu quotidien pour lui, mais il voit des résultats. Son état a progressé et il a même réussi à se débarrasser de sa récalcitrante hépatite C. Toutefois, bien des plans de traitement n’ont pas un tel succès.

     

    « La moitié de la population canadienne est atteinte d’au moins une maladie chronique et le taux d’inobservance du traitement se situe entre 50 et 80 %, indique Vincent Dumez. Ces gens ne suivent pas le traitement prescrit par le médecin, ou le suivent mal, ou peu. Très souvent, c’est parce que le médecin n’a pas construit le processus de soins avec le patient en tenant compte de sa vie et d’où il est rendu dans son cheminement. »

     

    Cela augmente bien sûr les risques de complications et de progression de la maladie.

     

    La DCPP, codirigée par Paule Lebel, médecin spécialiste en santé communautaire et professeure à la Faculté de médecine de l’UdeM, a donc comme mission de revoir l’enseignement pour les futurs professionnels de la santé afin de mieux intégrer la réalité des patients.

     

    Signe du sérieux de la démarche : Vincent Dumez, ancien consultant en management, a même obtenu, comme patient, un poste de professeur associé au département de médecine familiale et de médecine d’urgence. Une première.

     

    Les quelque 200 patients formés et embauchés par l’UdeM ont été choisis d’abord pour la richesse de leur expérience. Ils viennent de tous les milieux, de toutes les classes sociales.

     

    « Nous les amenons à développer la capacité de prendre du recul sur leurs expériences et à être en mesure d’arriver avec des propositions concrètes », explique André Néron.

     

    Enseignement et recherche

     

    Les patients participent aux activités d’enseignement à la Faculté de médecine de l’UdeM avec la collaboration du Bureau de l’éthique clinique et du Comité interfacultaire opérationnel de formation à la collaboration interprofessionnelle. Ils sont impliqués dans les cours magistraux.

     

    « Ils ont participé à l’élaboration du contenu et ils enseignent en duo avec un professeur, explique Vincent Dumez. C’est vraiment une nouvelle approche pédagogique. »

     

    Du mentorat et des ateliers réflexifs ont également été développés avec des patients expérimentés afin de permettre aux étudiants de discuter des situations humaines complexes auxquelles ils sont confrontés lors de leurs stages.

     

    La révolution commence aussi à se manifester dans la recherche, avec environ 90 patients impliqués. « Plusieurs réseaux de recherche canadiens, comme celui sur la transplantation, ont décidé d’engager davantage de patients, notamment pour leur gouvernance et pour définir leurs orientations de recherche, explique Vincent Dumez. Finalement, les patients pourront aussi être impliqués dans la réalisation des recherches. Le patient n’est donc plus qu’un sujet de recherche, il est aussi maintenant un partenaire. »













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