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L'attente aux urgences - La conséquence de la perte de 5000 lits sous le PQ

Isabelle Paré   22 janvier 2004  Santé
Pour expliquer la montée en flèche du nombre de séjours excessifs dans les urgences depuis 1995, le cabinet du ministre de la Santé et des Services sociaux allègue essentiellement les coupes de 5000 lits faites au cours des huit dernières années par le gouvernement précédent dans le secteur des soins de longue durée.

«Avec les fermetures d'hôpitaux, le nombre de lits de soins de longue durée disponibles au Québec est passé de 46 000 en 1995 à 41 000 en 2002. Au même moment, la promesse de développer des soins à domicile n'a jamais été remplie. Ce n'est pas pour rien qu'on dit qu'il faut développer des places en soins de longue durée», a défendu hier Cathy Rouleau, attachée de presse du ministre de la Santé et des Services sociaux, en lieu et place du ministre Philippe Couillard, actuellement en vacances.

Dans son édition d'hier, Le Devoir révélait que le problème des séjours excessifs dans les urgences du Québec non seulement n'a pas été réglé au fil des ans mais a atteint des sommets inégalés en 2002, avec une proportion de patients en attente depuis plus de 48 heures de près de trois fois plus élevée qu'en 1995. La situation est particulièrement critique dans la grande région montréalaise, où près de 12 % des patients admis à l'urgence poireautent 48 heures et plus. Pour l'ensemble des urgences du Québec, cette proportion a atteint une moyenne de 7 % en 2002.

La porte-parole du ministre Couillard a reconnu que cette situation est inacceptable et que le gouvernement actuel prône une politique de «tolérance zéro» pour ce qui est des «séjours excessifs». Cependant, a-t-elle expliqué, cette situation ne pourra pas être corrigée rapidement compte tenu du manque criant de ressources, notamment dans les soins à domicile et les soins de longue durée.

«On ne connaît pas encore l'enveloppe qui nous sera attribuée dans le prochain budget, mais le ministre a déjà indiqué que sa priorité irait au développement de soins à domicile», a-t-elle insisté, précisant que l'argent ne peut pas résoudre «tous les problèmes» des urgences.

Les gestes faits depuis août dernier par le nouveau directeur du Centre de coordination nationale sur les urgences (CCNU), le Dr Jacques Bachand, auraient déjà commencé à donner des résultats positifs, a affirmé Mme Rouleau hier. «On est dans une meilleure posture que l'an dernier à pareille date et la période des Fêtes a été beaucoup moins difficile. On ne dit pas que c'est parfait, mais ça s'améliore», a-t-elle plaidé.

Mme Rouleau soutient par ailleurs que le ministre de la Santé mise beaucoup sur la création des nouveaux réseaux locaux de services intégrés pour atténuer le problème de l'achalandage des urgences. La loi 25, adoptée en décembre dernier, obligera bientôt les établissements d'un même territoire à fusionner leurs conseils d'administration pour former de tels réseaux. Cela, estime le ministre, devrait améliorer la collaboration entre les hôpitaux, les CLSC et les centres d'hébergement et de soins de longue durée. Le Dr Bachand est d'ailleurs issu de la Régie régionale de la santé de l'Estrie, où un tel système de réseaux de services intégrés a été mis en place avec succès dans la région de Sherbrooke.

Hier, des spécialistes de la médecine d'urgence avaient plusieurs diagnostics pour expliquer cette descentes aux enfers dans les urgences. Selon Alain Vadeboncoeur, urgentologue à l'Institut de cardiologie de Montréal, c'est la détérioration de la situation dans la couronne de Montréal qui est frappante. «Ç'a toujours été difficile à Montréal, mais là, c'est devenu dramatique dans la couronne. Ça prend beaucoup de conditions dans une urgence pour que ça marche. Là où ça fonctionne, c'est que c'est une préoccupation constante de la direction», croit-il.

À la Cité de la Santé de Laval, qui affiche un des meilleurs scores au Québec (2,2 % en 2002) après avoir longtemps été la pire salle d'urgence en province (20 % en 1995), on expliquait ainsi la recette de ce succès hier. «Des médecins coordonnateurs évaluent la situation à l'urgence et les lits disponibles dans l'hôpital à plusieurs moments de la journée. Nous avons aussi acheté des lits intermédiaires à des hôpitaux de soins de longue durée de Montréal pour y transférer les patients qui récupèrent ainsi que des lits dans des résidences privées pour placer les patients en attente d'hébergement», a expliqué le Dr Gilles Bastien, directeur des services professionnels à la Cité de la Santé. La création du Centre hospitalier ambulatoire régional de Laval (CHARL) en 1999 a aussi permis d'augmenter les services à domicile et de prévenir plusieurs hospitalisations, notamment chez les malades chroniques. «Cela nous a énormément aidés», a affirmé le Dr Bastien.






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