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    La réplique › Vaccination contre le VPH

    Une prise de position irresponsable!

    Les risques reliés à l’infection par le VPH dépassent largement ceux qui sont associés à la vaccination

    8 octobre 2015 | Marc Steben, François Boucher, Juliet Guichon et Eduardo L. Franco* - Respectivement président du Réseau canadien de prévention du VPH; professeur agrégé de pédiatrie à la Faculté de médecine de l’Université Laval; professeure agrégée à la Cumming School of Medicine de l’Université de Calgary; professeur et directeur du Département d’oncologie, et directeur de la Division épidémiologie du cancer de l’Université McGill | Santé
    Les succès du programme québécois de vaccination sont clairs: il a diminué de façon importante les quatre VPH ciblés par le vaccin en plus d’avoir diminué de 50% les verrues génitales chez les femmes de moins de 20 ans.
    Photo: John Amis Associated Press Les succès du programme québécois de vaccination sont clairs: il a diminué de façon importante les quatre VPH ciblés par le vaccin en plus d’avoir diminué de 50% les verrues génitales chez les femmes de moins de 20 ans.
    L'article d’opinion publié lundi dernier dans Le Devoir exige de façon irresponsable un moratoire sur le programme de vaccination contre le VPH au Québec. Ce programme public d’immunisation vise à prévenir l’infection par un virus qui peut conduire à un certain nombre de cancers — potentiellement mortels. Ce vaccin prévient également la plupart des formes cliniques de verrues génitales, qui affectent considérablement la qualité de vie.  


    Les succès du programme québécois de vaccination sont clairs : il a diminué de façon importante les quatre VPH ciblés par le vaccin en plus d’avoir diminué de 50 % les verrues génitales chez les femmes de moins de 20 ans. Ce n’est vraiment pas le moment de suspendre ce programme ! Mais c’est ce que l’article exige sur la base d’arguments qui sont fallacieux, ou simplement faux.

     

    Tout d’abord, on y critique le formulaire de consentement à la vaccination. Mais la brochure du ministère déclare à juste titre que des réactions allergiques peuvent survenir à la suite de la vaccination, et que celles-ci sont très rares.

     

    Deuxièmement, l’article affirme à tort qu’il n’y a pas de recherche longitudinale fiable sur la sécurité du vaccin contre le VPH. Précisons que plus de 72 millions de personnes ont été vaccinées à ce jour contre le VPH. Une revue récente de plus de 15 études portant sur plus de un million de personnes a démontré que le vaccin Gardasil est généralement sécuritaire et bien toléré, et que seul un épisode occasionnel de perte de connaissance y est associé, ce qui n’est pas surprenant ni inquiétant, à l’âge où il est administré. Le vaccin a été analysé soigneusement par l’OMS en 2013, qui a conclu à son innocuité.

     

    Troisièmement, les auteurs confondent la coïncidence avec la causalité quand ils suggèrent qu’il existe des problèmes graves et des décès associés à la vaccination contre le VPH. En effet, après la vaccination contre le VPH, certaines personnes pourraient avoir gagné à la loterie. Est-ce à dire que le vaccin a causé ces heureux gains ? Certes pas ! Attribuer des effets dévastateurs — mais naturels — à un vaccin exige des preuves de causalité, pas seulement une association par coïncidence temporelle.

     

    Les signalements d’effets secondaires possiblement reliés au vaccin VPH continuent à être recueillis et vérifiés. Des chercheurs ont étudié ces bases de données à l’échelle mondiale après que plus d’un demi-million de doses de Gardasil eurent été administrées. L’unique — et très rare — effet secondaire sérieux des vaccins VPH qu’ils aient pu déceler était une réaction allergique.

     

    Les auteurs accusent faussement le Canada et le Québec d’opérer un système de pharmacovigilance post-vaccinale déficient. Au contraire : le système de surveillance post-commercialisation du Canada est un exemple à l’échelle mondiale.

     

    Les auteurs suggèrent également que la lutte contre l’infection au VPH est une fausse priorité de santé publique. Rappelons que l’infection par le VPH est responsable de presque tous les cancers du col utérin et des cancers de la vulve, du vagin, du pénis, de l’anus et de la gorge. Les infections par leVPH au Canada mènent chaque année à 85 000 consultations médicales pour verrues génitales, 1450 nouveaux cas diagnostiqués de cancer du col utérin, et 106 000 patientes atteintes de lésions cervicales qui nécessitent des traitements coûteux et souvent douloureux, pouvant entraîner l’infertilité ou une naissance prématurée. Au Québec, chaque année, près de 53 000 femmes ont un test de dépistage du cancer du col de l’utérus anormal qui nécessite un suivi ou un traitement. Au Canada, 380 femmes meurent du cancer du col chaque année, nombre d’entre elles dans la fleur de l’âge. En résumé : les infections par le VPH constituent une menace très réelle pour la santé.

     

    Les auteurs affirment à juste titre que l’organisme humain possède la capacité d’éliminer dans la plupart des cas uneinfection par le VPH sans intervention médicale. Mais il est évident que certaines personnes se verront dans l’incapacité d’éliminer cette infection.

     

    En plus, les auteurs présentent l’argument fallacieux que l’efficacité de ce vaccin n’a pas été démontrée dans la prévention du cancer. Le cancer prend beaucoup de temps à se développer. L’efficacité du vaccin a été clairement démontrée pour la prévention de l’infection qui provoque le cancer, et par conséquent le cancer lui-même.

     

    Les auteurs affirment à tort que le vaccin Gardasil est inefficace pour réduire l’incidence globale des lésions précancéreuses du col de l’utérus. Nous savons maintenant que le vaccin prévient l’apparition de telles lésions pendant au moins huit ans après la vaccination. Or, le Gardasil a été homologué au Canada seulement après que sa sécurité a été démontrée dans des essais cliniques ayant enrôlé plus de 29 000 participants.

     

    Il serait très malheureux et déraisonnable que les lecteurs mettent en doute à la fois les preuves scientifiques apportées par la recherche et les recommandations du Comité consultatif national de l’immunisation, du Comité d’immunisation du Québec, de l’Association médicale canadienne, de la Société des obstétriciens et gynécologues du Canada, du Collège des médecins de famille du Canada, de la Société canadienne de pédiatrie, de l’Association des pharmaciens du Canada et de la Société canadienne du cancer.

     

    La preuve a été clairement faite que les risques reliés à l’infection par le VPH dépassent largement ceux qui sont associés à la vaccination. Nous espérons que les lecteurs du Devoir continueront à accorder leur confiance aux recommandations de santé publique fondées sur des preuves scientifiques, afin de contribuer à protéger les membres de nos familles contre le cancer.

     

    *Ont également signé ce texte :

     

    Michel Alary, médecin au Centre de recherche du CHUQ et professeur à l’Université Laval

    Zeev Rosberger, médecin à l’Hôpital général juif et professeur à l’Université McGill

    David Scheifele, médecin au BC Children’s Hospital et professeur émérite à l’Université de la Colombie-Britannique

    Anne Doig, médecin et professeure à l’Université de la Saskatchewan

     

    Marc Ouellette, Ph. D. MSRC, FACSS, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en résistance antimicrobienne, et professeur de microbiologie, d’infectiologie et d’immunologie à l’Université Laval, Québec ;

     

    Arnaud Gagneur, M.D., Ph. D., professeur agrégé au Département de pédiatrie, médecin à l’Unité de néonatalogie au CHUS Fleurimont, Sherbrooke ;

     

    Vardit Ravitsky, Ph. D., professeure agrégée aux programmes de bioéthique du Département de médecine sociale et préventive de l’École de santé publique de l’Université de Montréal, Montréal ;

     

    Carolyn Sanford, DVM, Ph. D., épidémiologiste provinciale, chef de l’Office de santé publique du ministère de la Santé et du Bien-Être, Île-du-Prince-Édouard ;

     

    Catherine Dubé, MD, MSc, FRCPC, gastro-entérologue et responsable de clinique pour le Programme de dépistage du cancer colorectal de l’Ontario, Université d’Ottawa, Ottawa ;

     

    Samara Perez, candidate au Ph. D. à l’Université McGill, Montréal ;

     

    Gilla K. Shapiro, MA (Cantab), MPA, MPP, doctorant au Département de psychologie à l’Université McGill, Montréal ;

     

    Harriet Richardson, Ph. D., professeure agrégée et directrice du programme de maîtrise de sciences en gestion au Département des sciences de santé publique, divisions NCIC Clinical Trials Group et Cancer Care and Epidemiology, Université Queen’s, Kingston ;

     

    Aled Edwards, Ph. D., membre de la Chaire Banbury of Medical Research de l’Université de Toronto, et professeur au Département de biophysique médicale de l’Université de Toronto, Toronto ;

     

    David Fisman, MD, MPH, FRCPC, professeur à la Dalla Lana School of Public Health de l’Université de Toronto, Toronto ;

     

    Lori D. Frappier, Ph. D., professeur au Département de génétique moléculaire de l’Université de Toronto, membre de la Chaire de recherche du Canada en virologie moléculaire, Toronto ;

     

    Scott Gray-Owen, Ph. D., professeur au Département de génétique moléculaire de l’Université de Toronto, Toronto ;

     

    Christopher Mackie, MD, MHSc, CCFP, médecin-conseil en santé publique au Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada (FRCPC) et p.-d.g. du Bureau de santé Middlesex-London, et professeur agrégé au Département d’épidémiologie et biostatistique à l’Université McMaster, Hamilton ;

     

    Shelly McNeil, MD, FRCPC, chef de la Division des maladies infectieuses de l’Autorité de la santé de Nouvelle-Écosse, Halifax ;

     

    Andrew Morris, MD SM FRCPC, directeur du programme de gestion des antimicrobiens de l’hôpital Mount Sinai, University Health Network, professeur agrégé au Département de médecine à l’Université de Toronto, Toronto ;

     

    Mary Vearncombe, MD, FRCPC, directrice médicale de la prévention et du contrôle des infections au Sunnybrook Health Sciences Centre, professeure agrégée au Département de médecine de laboratoire et pathobiologie à l’Université de Toronto, Toronto ;

     

    William A. Fisher, Ph. D., professeur distingué au Département de psychologie et au Département d’obstétrique et de gynécologie à la Western University, London, et membre de l’Académie canadienne des sciences de la santé ;

     

    Mark Joffe, professeur de médecine à l’Université d’Alberta, Edmonton ;

     

    Brian J Ward, MSc, DTM H, MDCM, professeur de médecine et de microbiologie à l’Université McGill, Montréal ;

     

    Robert Strang, MD, chef médecin-conseil en santé publique au ministère de la Santé et du Bien-être, Halifax ;

     

    Karen Mossman, professeur à la Chaire de biochimie et sciences biomédicale de l’Université McMaster, Hamilton ;

     

    Noni MacDonald, MD, professeur de médecine pédiatrique à l’Université Dalhousie, Halifax ;

     

    Matthew S. Miller, Ph. D., professeur agrégé au Département de biochimie et de sciences biomédicales de l’Institute for Infectious Diseases Research de l’Immunology Research Centre à la Faculté des sciences de la santé de l’Université McMaster, Hamilton ;

     

    Ian Mitchell, MBChB, MA, DCH, MRCP (R.-U.), FRCPC, FCCP, professeur émérite de médecine pédiatrique à l’University of Calgary, pneumologue-pédiatre à l’Alberta Children’s Hospital, Calgary ;

     

    Tara Moriarty, Ph. D., Faculté de dentisterie (Matrix Dynamics Group) et Faculté de médecine (médecine laboratoire et biologie cellulaire) à l’Université de Toronto, Toronto ;

     

    Jane Heffernan, Ph. D., membre de la Chaire de recherche York, directrice du Centre for Disease Modelling, Mathematics Statistics de l’Université York, Toronto ;

     

    Stacey Page, Ph. D., membre de la Chaire Conjoint Health Research Ethics Board, professeure agrégée au Département de sciences de la santé communautaire de la Cumming School of Medicine de l’Université de Calgary, Calgary ;

     

    Jeffrey Pernica, MD, FRCPC, FAAP, DTMH, chef de la Division des maladies infectieuses du Département de médecine pédiatrique, professeur agrégé à l’Université McMaster, Hamilton ;

     

    Daniel Gregson, MD, FRCPC, ABIM, ABID, professeur agrégé au Département de pathologie et de médecine laboratoire, division microbiologie médicale, et au Département de médecine, division des maladies infectieuses à l’Université de Calgary, Calgary ;

     

    Shannon MacDonald, RN, Ph. D., boursière postdoctorale au Département de médecine pédiatrique, Cumming School of Medicine de l’Université de Calgary, chargée de cours à la Faculté de sciences infirmières de l’Université de l’Alberta, Edmonton ;

     

    Jeff Kwong, MD, MSc, CCFP, FRCPC, préposé principal à la recherche à l’Institute for Clinical Evaluative Sciences Scientist de l’Office de santé publique de l’Ontario, médecin de famille au Toronto Western Family Health Team, professeur agrégé au Département de médecine familiale et communautaire et à la Dalla Lana School of Public Health de l’Université de Toronto, Toronto ;

     

    La Société des obstétriciens et gynécologues du Canada













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