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    Rapport

    Plus du tiers des ménages menacés par l’insalubrité

    Les locataires montréalais sont plus à risque de maladies que les propriétaires

    14 septembre 2015 |Isabelle Paré | Santé
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir
    Coquerelles, punaises, rongeurs et infiltrations d’eau : les problèmes d’insalubrité touchent à divers degrés 38 % des ménages en location de la métropole qui risquent de voir, à court ou long terme, leur santé affectée par ces piètres conditions de logement, affirme un nouveau rapport de la direction de la Santé publique de Montréal (DSP).

    Le rapport Pour des logements salubres et abordables, dont Le Devoir faisait état dans son édition de samedi, et qui sera dévoilé lors d’un forum sur le logement à Montréal ce lundi, consacre une partie importante de ses plus récentes observations aux conditions de salubrité du parc immobilier montréalais.

    À l’occasion d’une enquête menée auprès de 1600 ménages en juin 2014, la DSP constate que ce sont 30 % des ménages montréalais (y compris les propriétaires et les locataires) qui sont aux prises avec de la vermine ou de l’humidité excessive. Ce problème est deux fois plus présent chez les locataires que chez les ménages propriétaires de leurs logements (voir tableau).

    Les traces d’infiltration d’eau et les moisissures apparentes ont été rapportées chez 28% des ménages de locataires. Une situation préoccupante pour la DSP puisque des environnements trop humides entraînent la prolifération de moisissures, d’acariens et de bactéries pouvant causer des infections respiratoires, des rhinites allergiques et de graves problèmes d’asthme chez les personnes qui en souffrent.

    Certaines mycotoxines engendrées par les moisissures peu- vent aller jusqu’à causer des réactions inflammatoires, associées à des douleurs ou à de la fatigue chronique.

    Les problèmes de moisissures sont particulièrement criants dans les arrondissements de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension, Saint-Léonard et Montréal-Nord où le taux de ménages affectés oscille entre 11 et 15%. Tous les autres secteurs de l’île sont touchés (8,6 % en général), mais dans une moindre mesure.

    « Cela ne nous surprend pas, car on voit depuis des années sur le terrain qu’il n’y a pas de changement. Notre enquête sur la santé respiratoire des enfants en 2006 montrait que 10 000 enfants avaient des problèmes d’asthme et d’autres problèmes respiratoires liés aux moisissures. Mais les adultes de toutes les tranches d’âge sont aussi affectés », affirme le Dr Richard Massé, directeur de la santé publique de Montréal.

    L’enquête trace par ailleurs un portrait précis de l’infestation de punaises observée à Montréal ces dernières années. La présence de punaises ne toucherait que 2,7 % des ménages en général à Montréal, mais frappe 5,5 % des locataires. Le problème affecte jusqu’à 10 % des locataires dans les arrondissements de Ville-Marie, du Plateau Mont-Royal, de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension et Ahuntsic-Cartierville. L’impact de ces infestations sur la santé physique et mentale des occupants a été largement démontré, ces petits insectes occasionnant des lésions qui peuvent s’infecter, alors que les démangeaisons privent les victimes de sommeil, et entraînent de l’isolement social et de l’anxiété.

    La carte dressée à l’aide de l’enquête SALAM (Salubrité et abordabilité des logements à Montréal) montre que les Montréalais ne sont pas en reste, côté coquerelles, puisque ces bestioles partagent le logement de 5,2% des locataires. La situation est particulièrement aiguë dans certains quartiers où se concentrent des multiplex et des tours d’habitation propices à leur prolifération, notamment dans les arrondissements de Côte-des-Neiges, de Saint-Laurent et de Pierrefonds-Roxboro.

    Le problème n’est pas un simple désagrément, car de 15 % à 20 % des enfants sont allergiques aux déjections de ces insectes. En sus, les blattes qui circulent souvent dans les pou- belles, cuisines et endroits humides peuvent être porteuses de bactéries pathogènes comme la salmonelle, le staphylocoque et le streptocoque.

    La direction de santé publique s’inquiète notamment des risques d’intoxication liés au mauvais usage des pesticides utilisés pour combattre ces indésirables. Au cours de 2014, des insecticides ont d’ailleurs été utilisés dans un logement sur cinq à Montréal et dans le quart des logements occupés par des locataires.

    Tout comme les moisissures et les acariens, les coquerelles peuvent entraîner des problèmes de rhinites allergiques et de l’asthme. Plusieurs études ont démontré que les enfants souffrant d’asthme exposés à ces bestioles sont hospitalisés 3,4 fois plus souvent que les autres enfants asthmatiques.

    Rongeurs égalitaires

    Mince consolation, les rongeurs semblent être la seule vermine ne faisant pas de discrimination sociale, investissant également environ 9 % des ménages de locataires et de propriétaires. Quand ils sont en grand nombre, les souris et les rats contaminent l’air de leurs allergènes, tout comme les coquerelles et acariens.

    Mais de façon générale, les ménages les plus pauvres, soit ceux qui injectent plus de 30 % de leurs revenus dans leur loyer, sont ceux qui se retrouvent le plus souvent dans les logements infestés.

    « Les enfants sont particulièrement à risque dans les cas d’insalubrité, car ils doivent souvent changer de logement, donc d’école. Quand on change trois fois d’école dans l’année, cela a un impact direct sur la réussite scolaire et la santé des enfants », explique le Dr Massé.

    Ce dernier pressera d’ailleurs lundi, lors de ce forum sur l’état du logement, les décideurs et acteurs de tous horizons d’en faire plus pour s’attaquer aux problèmes d’insalubrité. Il recommandera aux autorités de santé d’en faire une de leurs priorités d’intervention auprès des clientèles les plus vulnérables. «Le gouvernement provincial doit réinvestir dans la rénovation de logements privés par le biais de crédits d’impôt, affirme le Dr Massé. Tandis que les municipalités et les arrondissements doivent donner plus de dents à leurs règlements sur l’insalubrité, renforcer leurs inspections et, surtout, hausser les amendes.»

     












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