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    Aide médicale à mourir

    La loi n’épuise pas les enjeux moraux

    11 septembre 2015 | Louis Dugal - Enseignant de philosophie et secrétaire du Comité d’éthique du Réseau de soins palliatifs du Québec | Santé
    Les soins palliatifs sont par excellence des soins interdisciplinaires, ce qu’a le mérite de reconnaître la loi. Le médecin n’a pas plus le droit de décider à la place de son patient, de sa famille ou d’aucun membre de l’équipe de soins que l’inverse.
    Photo: Fred Dufour Agence France-Presse Les soins palliatifs sont par excellence des soins interdisciplinaires, ce qu’a le mérite de reconnaître la loi. Le médecin n’a pas plus le droit de décider à la place de son patient, de sa famille ou d’aucun membre de l’équipe de soins que l’inverse.

    La rédactrice en chef du Devoir critiquait la semaine dernière (Le doc décide !, 3 septembre) la sortie des 29 maisons de soins palliatifs du Québec, qualifiant de paternaliste leur refus d’offrir une aide médicale à mourir aux patients qui, satisfaisant les critères prévus par la loi 52, le demanderaient. L’éditorial mérite cependant quelques mises au point.

     

    Ce refus n’est pas un rejet de la loi, mais l’application d’une de ses dispositions (article 31). Un médecin peut refuser d’euthanasier un patient qui le lui demanderait si cette pratique contredit ses valeurs personnelles.

     

    D’ailleurs, suggérer que ces valeurs relèvent essentiellement de croyances religieuses est malhonnête : les grandes religions n’ont pas le monopole de l’horreur de tuer. Même si l’euthanasie est réellement inspirée par la compassion, elle reste à proprement parler une forme de meurtre et non un soin. Il est déjà inquiétant qu’une de nos lois balise (voir banalise) cette pratique sans qu’on oblige de surcroît certains citoyens à l’exercer.

     

    Les médecins qui refusent d’euthanasier les patients qui le leur demanderaient ne se prennent pas pour Dieu. Bien au contraire, ils semblent plutôt refuser ce droit de vie ou de mort que leur octroie la loi. Évidemment, le médecin est un acteur clé des soins palliatifs, et ce n’est pas pour rien que la loi lui confère la responsabilité d’évaluer la demande du patient en fin de vie : évaluation rendue d’autant plus difficile par l’élasticité de certaines définitions clés de la loi (« souffrances intolérables », « maladie grave et incurable », etc.).

     

    Patate chaude

     

    Mais les soins palliatifs sont par excellence des soins interdisciplinaires, ce qu’a le mérite de reconnaître la loi (articles 3 et 7). Le médecin n’a pas plus le droit de décider à la place de son patient, de sa famille ou d’aucun membre de l’équipe de soins (infirmiers, travailleurs sociaux ou bénévoles) que l’inverse. Le patient est le point focal des soins, mais il n’en est pas le dictateur. Toute décision concernant la fin de vie dépend du dialogue que doivent avoir tous les acteurs concernés par la fin de vie, dialogue auquel la mort prématurée du principal intéressé risque de couper court.

     

    Bien sûr, le refus en bloc exprimé la semaine dernière pose un défi à l’application de la loi 52. Qu’un médecin, individuellement, refuse de mettre à mort un patient qui en aurait fait la demande en bonne et due forme, et un de ses collègues peut (doit, selon la loi) prendre la relève. Mais lorsque c’est tout un département hospitalier, ou même tout un réseau d’institutions de soins, qui d’une même voix lève une objection de conscience contre l’obligation d’euthanasie, et on ne sait plus à qui passer la patate chaude.

     

    Mais si la loi 52 était aussi consensuelle que le prétendent Gaétan Barrette et Véronique Hivon, il ne devrait pourtant pas être si difficile de trouver des médecins prêts à la mettre en application. Or qui veut avoir les mains sales ? C’est une chose de se dire favorable à l’aide médicale à mourir dans un sondage, c’en est une autre de la pratiquer soi-même, sous la contrainte d’une loi. Au moins, certains ont eu cette semaine le courage de le dire tout haut.

     

    Le consensus auquel se targuent d’être arrivés les auteurs de la loi n’est pas aussi large qu’ils le croient. Les intervenants du milieu de la santé sont encore, de toute évidence, divisés sur la question. On peut les comprendre ! Les problèmes moraux, juridiques, médicaux soulevés par la fin de vie sont d’une complexité vertigineuse, que n’épuise pas le texte légal.

     

    Contrairement à ce que déclarait le ministre de la Santé la semaine dernière, le débat n’est pas clos. La loi 52 ne sera un réel progrès social et un réconfort pour les Québécois que si le seul volet qui y est totalement consensuel — la valeur des soins palliatifs, en tant qu’ils accompagnent le patient en fin de vie sans hâter ni retarder sa mort — y est dûment valorisé. Or, ses menaces de couper les maigres fonds voués aux maisons de soins palliatifs ou de congédier les médecins qui refuseraient d’offrir l’aide médicale à mourir vont précisément à l’encontre de ce but.













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