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    Explosion de diagnostics du TDAH chez l’adulte

    Au Québec, 39% des prescriptions de Ritalin sont faites aux adultes

    25 juillet 2015 |Isabelle Paré | Santé
    Il y a 20 ans, les adultes n’étaient à l’origine que d’une prescription sur dix au Québec.
    Photo: Fuse images Il y a 20 ans, les adultes n’étaient à l’origine que d’une prescription sur dix au Québec.

    Les diagnostics et les prescriptions de stimulants pour traiter le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) chez les adultes ont littéralement explosé ces dernières années au Québec. Des chiffres obtenus de la Régie de l’assurance-maladie du Québec (RAMQ) démontrent que le nombre d’adultes en traitement pour le TDAH est plus de 25 fois plus élevé qu’en 1996 et que ces derniers consomment désormais près de 40 % des psychostimulants prescrits au Québec.

     

    Une tendance qui colle aux chiffres dévoilés cette semaine par la firme Shire qui commercialise un des psychostimulants les plus prescrits au pays, démontrant que le marché des adultes, en hausse de 14 % l’an dernier, représente désormais 36 % de la consommation totale au Canada.

     

    Il y a 20 ans, les adultes n’étaient à l’origine que d’une prescription sur dix au Québec.

     

    À la lumière de cette escalade inquiétante, des chercheurs de l’Université McGill mettent en garde contre une tendance au surdiagnostic chez l’adulte, amplifiée notamment par les exigences de performance de plus en plus élevées des milieux de travail.

     

    Selon les docteurs Joel Paris et Brett Thombs de l’Université McGill, auteurs d’une recension des études récentes réalisées sur le TDAH, une frénésie de diagnostics chez les adultes s’observe dans plusieurs pays occidentaux, notamment aux États-Unis où le nombre de prescriptions de psychostimulants issues des bureaux de psychiatre s’est multiplié par six entre 1994 et 2009, alors qu’il a doublé au Royaume-Uni.

     

    « Le surdiagnostic est un phénomène nouveau, qui touche aussi d’autres champs de la médecine, et il semble que ce soit le cas avec le déficit de l’attention chez l’adulte, pour toutes sortes de raisons sociales et culturelles », a expliqué vendredi en entrevue le Dr Brett Thombs, coauteur de l’étude, professeur et chercheur au Département de psychiatrie de l’Université McGill.

     

    Critères trop vagues

     

    La montée en flèche de diagnostics du TDAH, une condition rare chez l’adulte avec une prévalence estimée à 4 % (aux États-Unis), pourrait s’expliquer en partie en raison des critères vagues utilisés pour définir cette condition dans la dernière édition du DSM (Manuel diagnostique des troubles mentaux). « Il y a peut-être plus de cas détectés, mais aussi de faux diagnostics. Plusieurs personnes affectées par un manque de concentration ou une désorganisation peuvent avoir le TDAH mais souffrent en fait d’autres conditions comme la dépression, l’anxiété ou même des troubles bipolaires, qui peuvent présenter des symptômes apparentés. Il y a aussi des conditions qui ne sont pas pathologiques et ne requièrent pas une médication », insiste le Dr Thombs.

     

    Selon ce dernier, d’autres facteurs sociaux entrent en jeu, notamment l’important lobby exercé par les compagnies pharmaceutiques, l’influence des informations circulant sur Internet, la pression sociale et la perception des patients face à leur propre performance. « Des gens viennent consulter le Dr Paris en souhaitant sortir du bureau avec un diagnostic et une prescription », dit-il.

     

    Le surdiagnostic, qui se traduit par une médication nonnécessaire, n’est pas anodin, croit ce médecin, puisque les psychostimulants peuvent entraîner des problèmes d’hypertension, de l’arythmie et dans certains cas, des pensées suicidaires.

     

    Selon les données récentes, la moitié des enfants souffrant d’un TDAH n’auront plus de symptômes à l’âge adulte, alors que l’autre moitié continuera à éprouver certains problèmes. Cela dit, le déficit de l’attention dépisté à l’âge adulte trouve ses sources dans un déficit déjà existant dans l’enfance, affirment les auteurs de l’étude.

     

    « À mon avis, il y a un lien entre la recherche de la performance et la consommation de stimulants. Il faut être prudent quand on dit aux gens qu’ils ont un problème mental. Plus on traite faussement ceux qui n’en ont pas besoin, plus on aggrave la condition de ceux qui en souffrent vraiment en diminuant l’accès aux évaluations psychiatriques et en augmentant les délais pour voir un psychiatre. »

     

    Dans un rapport publié en mars dernier, le commissaire à la santé, Robert Salois, avait sonné l’alarme face à la consommation de psychostimulants chez les jeunes Québécois, deux fois plus élevée que dans le reste du Canada.

     

    Le Collège des médecins avait déjà indiqué que ses lignes directrices sur le diagnostic du TDAH seraient revues.













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