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    Santé

    Couper maintenant, réfléchir ensuite

    17 juillet 2015 |Jessica Nadeau | Santé
    Ce texte a été modifié depuis sa publication.

    Le ministère de la Santé demande aux établissements de revoir la « pertinence des soins et des services en santé physique » à la hauteur de 150 millions de dollars dans le budget actuel. Mais les chantiers de l’Institut national d’excellence en santé (INESSS), qui doivent élaborer les lignes directrices pour aider les établissements à définir ce qui est pertinent ou non, viennent à peine de débuter et les résultats ne seront pas connus avant de 12 à 18 mois, a appris Le Devoir.

     

    En août 2014, le ministère de la Santé a mandaté l’INESSS pour qu’il revoie la pertinence de certains services offerts dans le réseau. En se basant sur les données scientifiques les plus récentes, les experts de l’INESSS vont ainsi plancher sur 14 chantiers pour déterminer les meilleures pratiques et répertorier les soins et services qui ne sont plus pertinents.

     

    On se penchera notamment sur l’utilité d’avoir recours à l’imagerie par résonance magnétique (IRM) pour des douleurs musculo-squelettiques, sur le bilan de santé chez l’adulte, l’antibiothérapie et différents projets en cardiologie tertiaire. « Ça touche autant les technologies que les pratiques cliniques que l’usage optimal des médicaments, ça touche vraiment à tout », explique Olivia Jacques, conseillère en communication à l’INESSS.

     

    Au ministère, on estime qu’il serait ainsi possible « de réduire jusqu’à 30 % les coûts du système de santé », précise la porte-parole Noémie Vanheuverzwijn. En se basant sur cette prémisse — mais « de façon plus conservatrice » —, le ministère demande aux établissements de couper 150 millions dans leur budget actuel.

     

    « Les chantiers avec l’INESSS, c’est à l’échelle nationale, mais c’est sûr que lorsqu’on parle de la pertinence clinique des interventions, ça touche évidemment [les établissements] sur le terrain. Les établissements sont donc encouragés à revoir leurs façons de faire avec leurs équipes de travail sur le terrain pour mieux utiliser leurs ressources. »

     

    Concrètement, le ministère estime que les établissements sont en mesure d’aller chercher des gains « en révisant leurs pratiques, la pertinence de certains [soins] ou le recours de certaines interventions, quand on parle de surdiagnostic ou de choses comme ça », illustre la porte-parole du ministère.

     

    Début des travaux

     

    Le problème, c’est que l’INESSS vient à peine d’entamer ses travaux. « On est au tout début parce que ça a pris assez de temps pour déterminer les projets qu’on allait évaluer et les chantiers sur lesquels on allait travailler », explique Olivia Jacques de l’INESSS. Et les résultats de leurs travaux ne seront pas connus avant la fin du présent budget.

     

    Un premier guide sur « l’usage judicieux de 14 analyses biomédicales » a été publié en avril dernier, soit avant le début officiel du mandat, mais pour le reste, Québec s’attend à avoir des résultats « dans de 12 à 18 mois ». Certains chantiers visent même « du plus long terme », confirme la porte-parole du ministère.

     

    Comment, dans ces circonstances, les établissements de santé peuvent-ils déterminer les soins et services en santé physique qui sont pertinents ou non ? « Ce n’est pas nécessairement juste avec les chantiers de l’INESSS, répond Noémie Vanheuverzwijn. Ce qu’on demande aux établissements, c’est de mettre en place des initiatives dans ce domaine-là pour répondre à la cible budgétaire qui leur a été donnée en révisant leurs processus. C’est aux établissements à déterminer comment ils vont y arriver. Certains vont agir sur les médicaments, d’autres, sur les analyses de laboratoire, mais ce qu’on leur demande, c’est d’optimiser leurs processus en termes de pertinence des soins avec leurs équipes sur le terrain parce qu’on est dans un domaine qui est très clinique et pratique. »

     

    En attendant les recommandations de l’Institut national d’excellence en santé, le ministère n’a pas jugé bon d’offrir des lignes directrices pour aider les établissements à déterminer ce qu’ils doivent couper dans la catégorie des soins et services non pertinents. « Le ministère n’a pas acheminé au réseau de directives précises ni n’a ciblé d’analyses ou de tests sur lesquels ils devaient spécifiquement agir. Ce sont les établissements qui sont imputables de répondre aux cibles budgétaires sans affecter l’accès aux services », précise Mme Vanheuverzwijn.

     

    Révision de l’offre de services

     

    Pour certains établissements, on parle de plusieurs millions de dollars à récupérer dans cette catégorie. Et chacun y va de son interprétation. « Plusieurs [des mesures] ont déjà été mises en oeuvre comme la diminution des heures supplémentaires et l’amélioration de méthodes de travail », répond Sylvie Robitaille, du Département des communications du CHUM, qui doit récupérer 11,3 millions en soins non pertinents.

     

    Au CISSS du Bas-Saint-Laurent, c’est 4,9 millions qui doivent être coupés. « On va revoir nos pratiques cliniques, regarder les coûts qui sont liés à une fin de contrat, essayer d’optimiser au niveau des médicaments, des fournitures, de revoir la pertinence clinique, de se fier sur les données probantes et les pratiques qui sont reconnues », explique la porte-parole, Lise Chabot.

     

    L’établissement devra revoir son offre de services, concède-t-elle. « Tous les services qui étaient offerts continuent à être offerts, sauf qu’on va essayer de voir les opportunités qu’on a, les départs à la retraite, les postes vacants vont nous permettre de revoir notre offre de services. [Nous voulons revoir] comment on offre les services, sur quel territoire on les offre : est-ce que c’est le bon professionnel à la bonne place pour le bon service. »

     

    À l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé (APTS), on estime que l’existence même de cette catégorie dans le budget des établissements risque de se traduire par une « révision du panier de services », comme en témoigne Chantal Mantha. « Ça permet aux gestionnaires de justifier de supprimer des services ou de limiter l’accès à des services en disant : c’est moins pertinent et j’ai des cibles de pertinence à atteindre. Au sein des établissements, ça crée des situations difficiles aussi parce qu’on dit aux équipes : si ce n’est pas ça [qui va être coupé], ça va être ça. Alors entre deux maux, des fois, ils acceptent des décisions jugées inacceptables. »













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