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    Dossier santé infomatisé

    Barrette fait la leçon aux médecins réfractaires

    14 juillet 2015 |Jessica Nadeau | Santé
    Gaétan Barrette n’exclut pas de prendre des moyens contraignants pour stimuler l’adhésion.
    Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Gaétan Barrette n’exclut pas de prendre des moyens contraignants pour stimuler l’adhésion.

    Exaspéré par la lenteur d’adhésion des médecins au Dossier Santé Québec (DSQ), le ministre Gaétan Barrette envisage de « prendre des décisions plus drastiques » pour contrer la « résistance au changement ». D’ici là, il n’hésite pas à intervenir lui-même en faisant la leçon à un médecin consulté par un membre de sa famille.

    « Il va falloir que les médecins se réveillent à un moment donné et qu’ils se servent des outils qui sont à leur disposition », lance le ministre Barrette sur un ton exaspéré.
    Au bout du fil, il raconte comment il est intervenu lui-même auprès du médecin qui traitait un membre de sa famille pour lui montrer comment faire son travail. « J’ai accompagné quelqu’un de ma famille chez le médecin, qui lui a demandé d’appeler le pharmacien pour qu’il lui faxe ses prescriptions. Alors j’ai dit au médecin : “Ben là, c’est parce que là, ici, on est dans un hôpital, et je vois ici sur votre ordinateur qu’il y a l’application DSQ. Vous n’avez pas votre clé [d’identification des médecins] ?” »

    Devant la réponse négative du médecin, le ministre a sorti sa propre clé USB pour lui montrer sur sa tablette le dossier du patient qu’il accompagnait. Le dossier comprenait des données provenant de plusieurs établissements, dont les résultats d’une clinique de radiologie qui pouvaient lui être utiles. « Le médecin a regardé ça, il m’a répondu : “Ah, bien, je ne savais pas.” Mais “Je ne savais pas”, ça fait des années que c’est là ! »

    En effet, le Dossier Santé Québec existe depuis 2006. Des délais d’implantation, des dépassements de coûts et de nombreux problèmes ont été soulevés à maintes reprises par le vérificateur général et les médias. Le résultat, c’est qu’aujourd’hui, à peine 35 % des médecins sont branchés au DSQ, déplore le ministre, qui a lui-même reconnu les ratés du système dans le passé.

    Or, selon le ministre Barrette, le DSQ sera complété à travers tout le Québec d’ici « la fin janvier, début février ». C’est-à-dire que toutes les informations concernant les prescriptions pharmaceutiques, les résultats de laboratoires et d’imagerie médicale d’un patient seront disponibles dans la base de données centralisée.

    Le ministre Barrette espère donc que l’adhésion des médecins suivra, bien que celle-ci soit volontaire et qu’elle n’ait pas été concluante depuis toutes ces années. « C’est la résistance au changement, c’est toujours ça, répond-il. Inquiétez-vous pas, la résistance au changement, ça se gère. J’ai déjà géré ça et je vais le gérer aussi. Ça demande parfois de prendre des décisions plus drastiques, disons ça comme ça. » Gaétan Barrette refuse d’en dire davantage sur la façon dont il pourrait contraindre les médecins à adhérer au programme du DSQ.

    Le message est clair, constate Dr Serge Dulude, directeur de la planification et de la régionalisation de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) qui y voit une nouvelle menace de coercition. « Est-ce qu’il pourrait arriver avec des pénalités ? Il nous a brassés pas mal avec le projet de loi 20, est-ce qu’il oserait arriver avec quelque chose comme ça ? Peut-être. Mais qu’ils [les gens du ministère] respectent leur plan de match avec l’implantation d’un système robuste et il n’aura pas besoin de pousser dans le dos des docteurs. »

    Adhésion en marche

    Ce dernier constate par ailleurs une nette amélioration depuis deux ans en raison d’un programme ministériel négocié avec la FMOQ qui rembourse 70 % des frais d’implantation du dossier médical électronique (DMÉ).

    Le DMÉ est un logiciel qui permet au médecin d’inscrire toutes les notes liées à l’état de son patient dans un document numérique plutôt que sur papier, ce qui facilite la transmission de l’information entre professionnels de la santé. Le DMÉ est complémentaire au DSQ. C’est aussi l’outil de prédilection pour y accéder. « Sur les 6000 médecins de famille qui font de la prise en charge dans les cabinets, on est rendu à 4300 médecins inscrits au DMÉ. C’est une excellente courbe de croissance, ce qui veut dire qu’à l’été prochain, on ne sera jamais à 100 %, mais on ne sera pas loin. »

    Comme le dossier médical électronique est intimement lié au Dossier Santé Québec, le Dr Dulude estime que le niveau d’adhésion au DSQ devrait logiquement « doubler » d’ici l’an prochain, ce qui constituerait « un pas de géant » dans ce dossier qui traîne en longueur. « J’ai confiance. Le ministre Barrette a envoyé son message qu’il faut que ça se déploie et l’équipe du ministère pousse fort. »

    Sur l’intervention personnelle du ministre auprès d’un médecin qui traitait un membre de sa famille, le directeur de la FMOQ n’y voit pas d’interférence nuisible. « Ça ne me heurte pas, et je serais étonné que ça ait offusqué le médecin, répond-il. Le ministre était là pour accompagner un membre de sa famille, il avait une information qu’il a partagée. Tout est dans le ton, mais je ne vois pas cela d’un mauvais œil. »













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