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Un hôpital est poursuivi pour le suicide d'une patiente

9 janvier 2004  Santé
Gatineau — Des problèmes d'organisation des soins au Centre hospitalier des Vallées-de-l'Outaouais sont à l'origine du suicide d'une patiente dépressive, a soutenu hier l'avocat Jean-Pierre Ménard en déposant une poursuite de 762 000 $ contre l'établissement. La poursuite, intentée par le conjoint et la famille de Nicole Cloutier, vise l'hôpital et trois de ses médecins.

Le samedi 14 septembre 2002, Mme Cloutier, âgée de 43 ans, est admise au pavillon de Gatineau du CHVO, où le médecin de garde diagnostique une dépression, lui prescrit un anxiolytique léger et demande une consultation en psychiatrie.

Le lendemain, selon la poursuite, une travailleuse sociale remarque que Mme Cloutier a des idées suicidaires, mais l'hôpital ne fait rien pour surveiller étroitement la patiente. Vers 22h30, un infirmier aperçoit Mme Cloutier ramasser ses effets personnels et s'apprêter à quitter les lieux «sans que personne ne lui pose de questions», affirme Me Ménard.

Quatre jours plus tard, on a retrouvé la patiente noyée dans la rivière des Outaouais.

«Comment expliquer à de jeunes enfants de cinq et neuf ans qu'ils ne verront plus leur maman?», a demandé, en pleurs, le mari de Mme Cloutier, Yves Gauthier, en conférence de presse à Gatineau. «Comment leur dire que l'hôpital a tout fait pour la sauver?»

«Mme Gauthier n'a pas fait l'objet d'une évaluation médicale suffisante de son état mental, plus précisément en ce qui concerne son risque suicidaire», a déclaré Me Ménard, qui dit avoir soumis le dossier à l'analyse de psychiatres avant d'intenter la poursuite. «Aucune mesure de surveillance particulière n'a été prescrite pour faire face à la situation.»

M. Gauthier aurait offert à l'hôpital que des membres de la famille surveillent eux-mêmes son épouse, mais le personnel aurait refusé. Depuis la mort de Mme Cloutier, personne à l'hôpital n'aurait repris contact avec M. Gauthier.

Selon l'avocat, cette affaire démontre qu'il existe de sérieuses «lacunes» dans l'organisation des soins au CHVO — voire dans l'ensemble de l'Outaouais — en ce qui a trait au traitement des patients psychiatriques.

«Le décès de Mme Cloutier nous apparaît clairement comme un décès qui aurait pu être évitable», a estimé Jean-Pierre Ménard, qui s'est fait connaître dans le dossier de l'hôpital Saint-Charles-Borromée, à Montréal, le mois dernier.

Dans son rapport sur la mort de Nicole Cloutier, le coroner Claude Paquin avait insisté sur le fait que «le comportement de la patiente demeurait imprévisible et aurait nécessité une observation étroite ou encore le transfert d'urgence» à un établissement psychiatrique. Il avait recommandé au CHVO de mettre en place un protocole d'encadrement étroit pour les patients «avec éléments psychotiques et idéations suicidaires».

«Il faut que le personnel infirmier soit formé pour fournir à ces patients-là divers degrés de surveillance [...], pour éviter qu'ils quittent [l'hôpital] et qu'ils aillent commettre l'irréparable, comme c'est arrivé dans ce cas-ci», a souligné Me Ménard.
 
 
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