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    Les infirmières-pivots au coeur de la lutte contre le cancer

    Les patients apprécient les infirmières-pivots, qui, malgré tout, demeurent encore trop peu nombreuses

    23 mai 2015 | Marie Lambert-Chan - Collaboratrice | Santé
    Les individus qui sont entrés en relation avec une infirmière-pivot dans les deux semaines ayant suivi l’annonce d’un diagnostic de cancer perçoivent de façon beaucoup plus positive leur expérience de soins en oncologie, comme le démontre une étude.
    Photo: Gosia Wozniacka Associated Press Les individus qui sont entrés en relation avec une infirmière-pivot dans les deux semaines ayant suivi l’annonce d’un diagnostic de cancer perçoivent de façon beaucoup plus positive leur expérience de soins en oncologie, comme le démontre une étude.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    L’infirmière-pivot porte bien son nom : c’est autour d’elle que gravitent les professionnels en oncologie et que s’organisent les soins prodigués aux patients. Ses rôles sont multiples : elle évalue les besoins de la personne atteinte de cancer et de ses proches ; elle coordonne les soins ; elle donne des renseignements au patient et à sa famille au sujet de la maladie, des traitements, des effets secondaires, de la gestion des symptômes et des ressources disponibles, en plus de les soutenir dans cette épreuve.

     

    « Elle est incontournable », déclare Dominique Tremblay, chercheuse au Centre de recherche de l’Hôpital Charles-Le-Moyne, qui a étudié les répercussions du travail de l’infirmière-pivot.

     

    À preuve, les individus qui sont entrés en relation avec une infirmière-pivot dans les deux semaines ayant suivi l’annonce d’un diagnostic de cancer perçoivent de façon beaucoup plus positive leur expérience de soins en oncologie, a découvert la chercheuse après avoir interviewé 538 patients. Encore mieux : ceux qui ont discuté avec une infirmière-pivot dans les 48 heures après avoir appris la terrible nouvelle ont manifesté moins de détresse ainsi qu’une meilleure capacité à identifier leurs besoins.

     

    L’Enquête québécoise sur la qualité des services de lutte contre le cancer 2013 est arrivée à une conclusion similaire : « […] les patients s’étant fait assigner une IPO (infirmière-pivot) sont plus susceptibles d’évaluer comme excellente ou très bonne la qualité des soins et services reçus dans leur ensemble […]», peut-on y lire.

     

    Comment expliquer une telle réussite ? L’infirmière-pivot est la pierre d’assise des équipes interdisciplinaires en cancérologie, formées en moyenne de sept ou huit professionnels : oncologue, pharmacien, nutritionniste, infirmière, psychologue, travailleur social, physiothérapeute, etc. « Sa position lui permet de bien informer ses collègues au sujet de chaque patient et ainsi d’assurer à ces derniers une meilleure prise en charge », fait remarquer Mme Tremblay, qui travaille aussi comme professeure adjointe à la Faculté de médecine et des sciences de la santé de l’Université de Sherbrooke.

     

    Appréciées, mais débordées

     

    Les infirmières-pivots ont été introduites dans les services d’oncologie en 2001, dans la foulée de l’implantation du Programme québécois de lutte contre le cancer. À l’heure actuelle, les hôpitaux du Québec en comptent 243, dont 218 à temps plein. Un nombre insuffisant au regard des 50 000 nouveaux cas de cancer diagnostiqués chaque année au Québec — sans compter les récidives.

     

    « Les infirmières-pivots ont du mal à répondre à la demande et doivent prioriser, observe Carmen G. Loiselle, professeure agrégée à l’École des sciences infirmières Ingram et au Département d’oncologie de l’Université McGill. Dans certains hôpitaux, elles travaillent seulement avec les patients ayant des besoins complexes, comme des problèmes de santé mentale ou une situation familiale difficile. »

     

    Résultat : tous les patients n’ont pas un accès équitable à une infirmière-pivot. « À Montréal, il n’existe pas de poste d’infirmière-pivot à temps plein assignée aux adultes atteints de cancer et âgés de 18 à 39 ans, donne en exemple Carmen G. Loiselle, qui agit aussi à titre de codirectrice et de chercheuse principale au Centre du cancer Segal de l’Hôpital général juif. Par ailleurs, on retrouve davantage d’infirmières-pivots pour soigner certains types de cancer, comme celui du sein. À l’inverse, elles sont moins nombreuses auprès des patients souffrant du cancer de la thyroïde. »

     

    Par chance, plusieurs infirmières exécutent les mêmes tâches que leurs collègues-pivots sans toutefois porter le même titre. « Elles ont des rôles plus ciblés et plus ponctuels dans la trajectoire de la maladie, précise Mme Loiselle. Ainsi, l’une sera présente lors du dépistage et une seconde prendra le relais quand viendra le temps de commencer les traitements. »

     

    Le défi de la formation

     

    Selon Dominique Tremblay, la formation des infirmières appelées à oeuvrer en oncologie, qu’elles soient pivots ou assignées aux soins généraux, est un enjeu préoccupant : « Elles doivent suivre une formation ciblée afin d’acquérir les outils pour bien naviguer dans un univers où les besoins des patients se complexifient et où les percées scientifiques se succèdent à une vitesse fulgurante. »

     

    C’est pourquoi Dominique Tremblay est convaincue qu’une formation initiale de premier cycle est essentielle pour les futures infirmières engagées dans les soins généraux en oncologie. « Certaines infirmières auront aussi besoin d’une formation plus poussée pouvant se traduire par une formation universitaire de deuxième cycle, une certification en spécialité ou encore de la formation continue », ajoute-t-elle.

     

    Carmen G. Loiselle constate aussi le besoin de formation continue chez les infirmières en cancérologie. « Elles passent un temps fou sur Internet pour garder leurs connaissances à jour », dit-elle.

     

    En octobre 2014, la Direction québécoise en cancérologie a annoncé le déploiement du Programme de formation en ligne pour les infirmières-pivots en oncologie — offert également à tous les professionnels de la santé travaillant auprès des personnes atteintes de cancer. « C’est un pas dans la bonne direction, mais il faut en faire davantage », estime Carmen G. Loiselle.













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