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    Vaccination contre le VPH

    Les jeunes Canadiennes et leurs parents sont peu informés

    11 avril 2015 | Émilie Corriveau - Collaboratrice | Santé
    La très grande majorité des jeunes vaccinées ayant été interrogées pour l’étude de Mme Rail n’avaient aucune idée de ce qu’est le VPH.
    Photo: John Amis Associated Press La très grande majorité des jeunes vaccinées ayant été interrogées pour l’étude de Mme Rail n’avaient aucune idée de ce qu’est le VPH.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    Chaque année depuis 2007, des milliers de filles et de jeunes femmes sont vaccinées au Canada contre le virus du papillome humain (VPH). Que savent-elles de cette affection et du vaccin qu’on leur administre pour les en protéger ? Bien peu de choses, révèlent les résultats préliminaires de l’étude intitulée Discours sur la vaccination contre le VPH : impact sur les corps et les subjectivités des jeunes au Canada, dirigée par Mme Geneviève Rail, professeure à l’Université Concordia et directrice de l’Institut Simone-De Beauvoir.

     

    S’intéressant aux questions sociologiques et culturelles qui touchent la santé des femmes depuis plus d’une vingtaine d’années, Mme Rail a, au cours de sa carrière, mené des travaux de recherche sur toutes sortes de sujets. Elle s’est particulièrement consacrée à l’étude des discours dominants sur l’image corporelle, l’obésité, la santé et l’activité physique des femmes. Intriguée par la vaste campagne de vaccination contre le VPH qui a suivi l’homologation du Gardasil (vaccin développé par la société pharmaceutique Merck) au Canada à l’été 2006, elle a, en 2011, commencé à fouiller la question.

     

    Aussi, après avoir obtenu le soutien des Instituts de recherche en santé du Canada et l’appui d’Abby Lippman, professeure émérite de l’Université McGill, Mme Rail a entamé la réalisation d’une étude pancanadienne portant sur le déploiement des discours sur la vaccination contre le VPH et son impact sur les jeunes Canadiennes. Menée en collaboration avec une dizaine de collègues canadiennes, son enquête comprend des conversations avec des jeunes filles de 12 à 16 ans provenant de quatre provinces, soit la Colombie-Britannique, le Manitoba, l’Ontario et le Québec, ainsi qu’avec certains des adultes avec lesquels elles interagissent, comme leurs parents, leurs enseignants, des infirmières et des médecins.

     

    « Nous avons veillé à obtenir des entretiens avec des gens qui provenaient d’univers sociodémographiques différents. Nous voulions entendre des personnes issues de diverses communautés culturelles, des jeunes qui proviennent des minorités sexuelles, des parents immigrants, etc. Nous souhaitions que notre échantillon soit le plus diversifié possible, de façon à fouiller en profondeur la question », commente Mme Rail.

     

    Résultats préliminaires

     

    Bien que la chercheure en soit encore à colliger les données, les résultats préliminaires qu’elle a obtenus soulèvent déjà d’importantes questions. Par exemple, la très grande majorité des jeunes vaccinées ayant été interrogées n’avaient aucune idée de ce qu’est le VPH.

     

    « On a entendu toutes sortes de choses ! Pour certaines, le papillome humain, c’était un virus transmis par des piqûres de papillons dangereux ! Pour d’autres, il s’agissait plutôt du virus responsable du cancer du colon (confondu avec cancer du col). Certaines ont relevé que ça concernait les parties génitales ou les infections transmises sexuellement, mais leur compréhension du VPH était, de façon générale, assez floue », note la chercheure.

     

    Leurs parents, qui pour la plupart étaient un peu mieux informés, n’étaient pas pour autant bien au fait de ce qu’est réellement le VPH. Plusieurs ne savaient pas, par exemple, qu’il existe plus de 100 types de VPH, ni que dans 90 % des cas, une fois contracté, le VPH disparaît naturellement du corps dans les deux ans qui suivent l’infection. La plupart ne savaient pas non plus que, bien que certains types de VPH soient associés au cancer, il est très rare que celui-ci se développe comme suite directe d’une infection au VPH.

     

    « Au Canada, il y a relativement très peu de décès dus au cancer du col de l’utérus, et le dispendieux vaccin anti-VPH ne va pas changer grand-chose à la situation, ajoute Mme Rail. Je sais que nos professionnels de la santé agissent de bonne foi, mais il y a tant à faire en santé publique ; les trop maigres ressources ne devraient pas être détournées des vraies priorités. »

     

    Innocuité et efficacité

     

    Dans le même esprit, lors de leurs entretiens avec les chercheures, la très grande majorité des filles et des jeunes femmes approchées ne connaissaient pas les effets secondaires pouvant être engendrés par le vaccin contre le VPH. De plus, elles ont presque toutes affirmé qu’elles étaient désormais pleinement protégées du VPH puisqu’elles avaient reçu le vaccin.

     

    « On ne dit pas aux filles qui se font vacciner, ni à leurs parents d’ailleurs, que le vaccin est, d’après ce qu’on en sait aujourd’hui, effectif pour une période limitée : des études parlent de cinq à sept ans. Ça signifie qu’il y a de bonnes chances que la petite fille qui se fait vacciner à 12 ans ne soit plus protégée lorsqu’elle atteindra 19 ans, malgré ce qu’elle croit », signale Mme Rail.

     

    « On ne leur parle pas non plus des effets secondaires potentiels, poursuit la chercheure. Pourtant, lors des essais cliniques du vaccin, certains effets secondaires graves ont été dénombrés. Mais, comme il y a un nombre extrêmement limité d’individus à qui ça arrive, on n’en parle pratiquement jamais. Par exemple, au Québec, dans les brochures envoyées aux parents pour les informer du vaccin, il n’est pas question de ces effets secondaires-là. On mentionne les rougeurs au bras et de petites choses comme ça. Le résultat, c’est que c’est ça qui est retenu par la majorité des enfants, de leurs parents et du personnel médical aussi ! »

     

    Sur les plans éthique et social, ces constats s’avèrent préoccupants. Ils révèlent que la majorité des jeunes femmes et des parents consentent à la vaccination juvénile et presque exclusivement féminine contre le VPH sans être correctement informés.

     

    « Ce que ça met en évidence, indique la chercheure, c’est que le discours biomédical qui met l’accent sur l’efficacité et l’innocuité du vaccin a tout à fait été intégré par l’ensemble de nos participants. On note peu de remises en question de la médecine actuelle. Également, nos résultats démontrent que les gens font en majorité confiance à la Santé publique, aux établissements de santé et aux médecins. Donc, s’ils se font dire par les professionnels de la Santé publique qui organisent les campagnes de vaccination que tout est beau, la plupart ne vont tout simplement pas se poser de questions ! »

     

    Or, au terme de leur entretien avec Mme Rail et ses collègues, plusieurs participants de l’étude se sont montrés inquiets de constater qu’ils avaient finalement été très peu informés sur le VPH et son vaccin. « Les gens avaient beaucoup d’interrogations. Ça ne veut pas dire qu’ils auraient nécessairement agi autrement s’ils avaient disposé des informations qu’on leur a transmises, mais ils auraient au moins apprécié savoir ces choses », relève la chercheure.













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